mardi 30 mai 2017

Fils de Laufey

Du coup, je remets en ordre des notes sur le Trickster. En voilà une autre volée (revenant sur une histoire dont je suis loin d'avoir fait le tour) :

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Loki est généralement considéré comme un trickster, un dieu fripon, à la fois malicieux qui joue des tours, héros civilisateur qui apporte des innovations, mais aussi fauteur de troubles et de catastrophes. Le personnage est dès l'origines porteur de cette double nature, c'est un dieu ambigu, mais pas dieu du mal en soi, ce qu'il ne deviendra que plus tard, peut-être sous l'influence culturelle du monde chrétien.

Mais il n'est pas porteur initialement de la caractéristique eschatologique du "dieu du mal". Par contre, un de ses avatars la contient peut-être en germes :

S'il est un personnage très mystérieux et très mal connu du panthéon nordique, c'est Utgarda Loki. Dans le mythe qui nous est conservé dans la Gylfaginning (La Mystification de Gylfi, une section de l'Edda prosaïque de Snorri Sturluson, dans laquelle des dieux déguisés racontent un certain nombre de mythes à un roi de Suède, Gylfi. C'est pour l'auteur un prétexte à dresser un panorama de mythes qui sinon seraient perdus du fait de la christianisation).

Dans celui qui m'intéresse là, Thor, Loki et Thjalfi voyagent jusqu'aux confins de la terre des géants et sont reçus dans le château du plus grand de tous, Utgarda Loki, ou Loki « Hors-les-murs ». D'emblée, l'homonymie entre le maitre des lieux et son invité dérange. Qui est qui ? D'autant que Loki lui-même est fils de géants, et qu'Utgarda Loki s'avère être un maitre de l'illusion, comme sait l'être Loki lui-même à l'occasion. Mais tout, chez le maitre d'hors-les-murs semble être démesuré, y compris ses pouvoirs. Il semble être un Loki libéré de toute contrainte, un reflet gigantesque. Mieux encore, dans les épreuves qu'il impose à ses hôtes, Utgarda Loki oppose Loki à une personnification du feu, la flamme Logi. Si l'on considère que Loki, le rouquin ourdisseur de pièges et de tours, le trickstera une affinité forte avec l'imagerie du feu, condition nécessaire de toute industrie, cela fait donc trois avatars d'un même personnage qui se rencontrent. Voilà qui semble curieux, et même vertigineux. Si Odin s'offre en sacrifice à Odin, Loki se met lui-même à l'épreuve en s'opposant à Loki. Et c'est Loki qui perd.

Par ailleurs, Loki est un personnage porteur de caractères eschatologiques. C'est lui qui déclenche le Ragnarok à la fin de l'âge héroïque des dieux vikings. Mais par son qualificatif même, Utgarda Loki est lui aussi une créature eschatologique, au sens le plus pur : il est aux confins, au bord du monde, là où le monde se dilue dans le chaos. Si l'on imagine le monde des dieux comme une série de cercles concentriques, Asgard, le clos des dieux est le centre autour duquel tourne le reste, Midgard, terre des hommes et « du milieu » est la bande médiane encerclant les terres divines, et Utgard, c'est l'outback, c'est ce qui est au-delà des lieux bornés et reconnus. C'est un lieu inquiétant et fuyant, chaotique, où les apparences sont trompeuses, et où les archétypes s'incarnent : chacune des épreuves imposées par Utgarda Loki oppose nos héros à une personnification à taille humaine d'un concept ou d'une entité qui échappe à l'échelle humaine : le feu, l'océan (et une deuxième fois sous la forme du serpent du monde Iormungandr, créature aquatique eschatologique, image classique du chaos primordial et créateur), l'esprit, et enfin la vieillesse elle-même, limite absolue que l'homme est incapable de franchir et que même les dieux craignent. Par l'exemple, Utgarda-Loki démontre au dieux qu'ils sont soumis à des lois universelles, à des forces fondamentales qu'il maitrise, lui, et dont il est donc affranchi.

dimanche 28 mai 2017

Tricky Snake

Vous me connaissez, depuis le temps, vous savez sans doute que j'accumule des notes sur des tas de sujets farfelus, et que je mène des recherches poussées dans des directions parfois bizarroïdes.

Dernièrement, à l'occasion de ma conférence sur le Roman de Renart, j'ai remis en ordre des notes concernant la figure du "trickster", ce personnage mythologique qu'on retrouve dans pas mal de cultures sous diverses formes, et qui est le Coyote d'Amérique du Nord, l'Anansi d'Afrique, Renart le Goupil par chez nous, Loki plus au Nord, etc.

Mais il y a aussi un trickster dans la Bible, à un endroit où l'on ne s'y attend pas. Je vous livre, brutes de décoffrage, mes notes sur le sujet que j'ai remises à jour suite à une conversation avec un de mes frangins.

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Le récit du Serpent d’Airain (Nombres, ch 10), pose question. La représentation la plus ancienne du serpent, dans la Bible, est celle du serpent d’Eden, le tentateur qui entraîne la chute de l’homme. Les textes plus tardifs finissent par l’assimiler au Diable, mais ce concept d’Adversaire n’existe pas à l’époque des transmissions orales de ce récit de création (il n'arrive qu'à l'époque de l'exil à Babylone, quand les Hébreux sont mis en contact avec les Perses, des dualistes dont la religion suppose un dieu de la lumière et un dieu des ténèbres). Le serpent du jardin n’est pas le Diable, et surtout, il ne ment pas : l’Homme a effectivement accès, après avoir mangé le fruit, à un niveau de connaissance plus élevé. Et la mort, qui accompagne cette connaissance, n’est pas contenue dans le fruit : elle ne résulte que du bannissement par Yahweh, qui prend dès lors la responsabilité de la mortalité de l'homme (en étant chassé du Jardin, l'homme n'a plus accès à "l'arbre de vie" qui n'est pas l'arbre de la connaissance, mais un autre) (on peut rapprocher ce serpent, toujours dans le Croissant Fertile, de celui qui vole l'herbe d'immortalité à Gilgamesh).

En dispensant de la connaissance (fut-ce au prix fort), le serpent se comporte donc non pas comme un adversaire, mais comme un personnage civilisateur, dont les caractéristiques sont celles du « trickster », le « fripon divin » dont les mauvaises farces sont compensées par les astuces et pouvoirs qu’il révèle à l’Homme (Prométhée donnant le feu, Loki inventant le filet de pêche, etc.).

L’histoire du Serpent d’Airain semble confirmer cette hypothèse. Pour punir le peuple qui se plaignait d’être confiné au désert, Yaweh lui envoie une « plaie de serpents brûlants ». Quand il s’agit d’enfin lever la punition, Moïse dresse un poteau autour duquel est enroulé un serpent d’airain. Poser le regard sur ce serpent, c’est être guéri.

L’histoire pose un sérieux problème. Si l’interdiction des idoles et des images tailées est en vigueur, d’où Moïse tient-il le droit de dresser son serpent ?

Si l’on part du principe que les fulminations contre les idoles sont beaucoup plus tardives (datant de l'époque des rois de Juda), alors Moïse est dans son rôle de guide spirituel, et pioche dans l’arsenal symbolique de son temps.

Utiliser l’image d’un serpent pour guérir une morsure de serpent relève des bases de la « magie sympathique », reposant sur des analogies de cette sorte (guérir l’impuissance avec la corne dressée du rhinocéros, l’ictère par une plante à la même couleur jaune, etc.). Mais si le serpent, dans l’ancien folklore hébraïque, est un trickster, qu’il doive réparer ce qu’il a produit est dans la pure logique des mythes impliquant ce genre de personnage. Car le trickster est ambivalent. S’il interroge les limites et viole les règles, c’est aussi pour mieux les renforcer. Dans la hiérarchie des panthéons, le trickster est toujours présenté comme un personnage assez mineur, un serviteur, par exemple (c’est le cas de Loki, dans les mythes nordiques) ou un être en marge. Un trickster a-t-il pu exister dans l’ancien panthéon des hébreux polythéistes ? A-t-il fait l’objet d’un culte quelconque ?

Peut-on retrouver des traces matérielles de ce serpent trickster vénéré dans la région ?

Si l’on repart sur les terres de l’Exode, on peut découvrir un endroit curieux à Timna, ancien centre minier où l’on extrayait le cuivre, à 20 km au Nord d'Eilat. Il s’agit d’un temple égyptien abandonné vers le 12ème siècle AvJc, puis occupé par les Midianites (les initiateurs de Moïse, puisque c’est chez eux qu’il a trouvé non seulement sa femme, mais aussi le Buisson Ardent). Le temple midianite était sous une tente (comme le tabernacle hébraïque) et on y a retrouvé un serpent de cuivre, qui était l’idole vénérée en ces lieux. Ce lieu, dans le désert, était situé en pleine zone d'errance des nomades décrits dans l'Exode. Coïncidence ?

vendredi 26 mai 2017

Where next ?

Hop, un petit rappel de mes prochaines sorties :

Jeudi 15 juin à 19 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est organisé par un libraire d'e-books qui m'a interviouvé au passage, mais si vous voulez amener des exemplaires papier pour avoir un grigris dessus, vous pouvez !




Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris.

Et en octobre, une table ronde sur Kirby à la Sorbonne, je vous tiendrai au courant d'ici-là.

mardi 16 mai 2017

Déesse 19

Je reviens vite fait sur cette question, lors du colloque de Lyon, qui nous avait entraîné si loin.

Le colloque portait sur les figures du Héros, et mon intervention sur l'us et abus du schéma campbellien de voyage initiatique (ce qu'on appelle aussi, dans notre jargon, le cycle de Skywalker, vu que le petit Luke en est l'exemple paradigmatique).

La question posée en fin de conférence portait sur ce schéma omniprésent, justement. Elle était formulée approximativement ainsi : "mais tout ça, c'est une initiation masculine. pourquoi n'y a-t-il pas un équivalent féminin ?"

L'explication elle-même est assez simple : les messieurs ont le machin tourné vers l'extérieur et les dames vers l'intérieur, et les schémas initiatiques correspondants suivent ça. Pour devenir un homme, le jeune guerrier quitte le village pour aller tuer un bison/ours/ennemi, pour devenir une femme, la jeune fille s'enferme dans la hutte des femmes et apprend les secrets de la vie. Et, assez souvent, ce qui est appris entre femmes l'est dans une langue particulière que les hommes ne savent pas parler.

Cette différence a deux effets.

Le récit héroïque colle mieux à une initiation de type masculin (même si le héros peut être une fille), parce qu'il est tout simplement plus spectaculaire. Le voyage effectué dans la hutte est intérieur, et demanderait du coup beaucoup plus de brio à un auteur qui voudrait l'exploiter dans le cadre d'un récit.

L'ethnologie a très rarement eu accès aux récits des femmes. Et quand il y a eu christianisation ou sécularisation, nombre d'entre eux ont tout simplement été perdus, quand les récits masculins survivant souvent au moins sous forme de contes populaires.

On ne s'en rend pas forcément compte de nos jours, mais beaucoup, beaucoup de mythes ont été perdus, y compris dans des ensembles que nous croyons bien connus. Il ne reste presque plus rien des mythes spécifiquement romains, et ils ont du coup importé ceux des Grecs pour combler le vide qui s'était creusé. Mais même chez les Grecs, nous n'avons plus accès qu'à des transcriptions tardives, qui ne rendent pas comptent de la richesse des variantes, et occultent certaines figures. Ne parlons même pas des mythes celtes et nordiques, dont il ne nous reste que des sources datant de l'époque chrétienne, ou des mythes slaves dont il ne reste presque rien, hormis des mentions cryptiques de missionnaires.

Et quand on remonte plus loin encore, c'est le Mystère pur. On sait qu'il a existé au paléolithique deux grandes figures divines ou sacralisées, une mère aux formes plus que généreuses, et un sorcier portant des bois de cerf (qui a peut-être laissé des traces en Cernunnos et quelques autres). Au néolithique le plus ancien, en Anatolie, émerge une figure divine nouvelle, féminine, dont voici l'image :


Elle est à l'évidence l'héritière des "Vénus" de temps plus anciens, mais, et c'est nouveau, la voilà flanquée de deux lions (ou lionnes) (difficile à dire : les lions du Proche-Orient et des Balkans n'avaient pas de crinière). Cette déesse aux deux bêtes se retrouvent ailleurs, ce sont parfois deux loups ou deux chiens, dans d'anciennes traditions, parfois deux ourses, ou plus curieusement, en Crête, deux serpents. Qui est-elle ? Faute de sources écrites, nous n'en savons pas grand-chose. Mais la présence des deux bêtes dangereuses indique peut-être un motif initiatique, une confrontation à la mort. C'est ça qui est nouveau, dans ce personnage, par rapport à ces ancêtres de la pierre taillée. L'association entre la fertilité, et donc la vie, et le danger, le risque de mort. Qu'est-ce que cela peut signifier, du point de vue de nos voyages initiatiques ? Sans doute pas mal de choses. Mais lesquelles ?

dimanche 14 mai 2017

Dans la jungle, terrible jungle

Il existe au fin fond de la jungle amazonienne un bras mort non pas du fleuve, mais de l'affluent d'un affluent, voire peut-être même de l'affluent d'un affluent d'un affluent. Bref. N'importe où ailleurs, on le qualifierait de « bayou ». Sauf qu'ici, il n'y a plus personne pour se soucier de lui donner un nom. Ou peut-être la tribu jivaroïde qui s'était installée brièvement dans les parages et en était repartie peu après avec armes et bagages en appelant l'endroit « ah-také-na-baga-no-taka », ce qu'on pourrait approximativement traduire par « putain-restons-pas-là-ça-craint », mais ça sonne mieux en Jivaro, surtout qu'ils mettent l'accent tonique sur la troisième syllabe, eux.

Quand on dit qu'il n'y a personne pour se soucier de lui donner un nom, ça ne veut pas dire qu'il y ait personne-personne. Juste personne pour s'en soucier, ce qui est tout à fait différent.

En effet, le bayou ah-také-na-baga-no-taka se trouve actuellement occupé par un caboteur aventurier pris au piège de son niveau fluctuant, et qui se fout bien de lui donner un nom autre que « quel merdier à la con » (ce qui en Jivaro pourrait se dire « noké-ta-bako », avec l'accent tonique sur la deuxième syllabe, pour le coup, si vous ne voulez pas passer pour un plouc). Il attend à présent la saison des pluies qui suivra, ou pas, la saison des brumes, pour que le niveau remonte, dégage son bateau et lui permette de repartir.

Dans l'intervalle, la moiteur humide du lieu le défrise. Ou au contraire, le fait friser.

Le problème de cette moiteur, c'est qu'elle a tendance à pourrir les cartouches de fusil. Et que quand on n'a plus de conserves à bord, qu'on attend la saison des pluies dont on ne sait pas quand elle viendra, et qu'on en a marre du piranha sous la cendre, il ne reste qu'une solution. Chasser le pécari à la matraque, ce qui demande une grande concentration, une rapidité exceptionnelle et un mental en acier nickelé, qui résiste mieux au climat.







Oui, ce texte peut sembler complètement random. Je viens de le retrouver dans une vieille archive, je l'avais même oublié. C'était le début de… Le début d'un truc dont j'ai jamais fait la fin. Donc je pose ça là, comme ça, ça ne sera pas perdu.

mardi 9 mai 2017

Gna

Me voilà bien fracassé, avec plus de voix et un bon coup de fatigue.

Faut dire que j'ai enchaîné deux jours de dédicaces au Salon Fantastique (Peter a l'air de bien intriguer les gens, c'est cool) qui est un nid à courants d'air, et que ce matin, c'était intervention dans une bibliothèque pour expliquer mon métier à des lycéens. Tout ça, c'est toujours très sympa, mais en fait c'est crevant. Me voilà par terre. Bon, encore une conférence jeudi et ça va se tasser un peu après, tout ça. Et puis il serait temps de me remettre au boulot, en plus.

Pour la peine, je vous remets un extrait de L'île de Peter, rien que pour vous donner envie :

L’équipage affichait un air inquiet et cela, pour le coup, combla effectivement d’aise son capitaine. Il aimait à régner par la terreur. Il se demanda si, finalement, il n’avait pas fait exécuter le professeur de clavecin. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Cela n’avait de toute façon aucune importance, il avait depuis bien longtemps perdu le compte des supplices capitaux.

« Messieurs, comme vous le savez, le Jolly Roger doit aujourd’hui faire face à la plus infâme et la plus déplorable des trahisons ».

On aurait entendu une mouche voler si le ressac n’avait pas couvert tous ces menus sons. Le bruit des vagues. Voilà qui ajoutait encore à la bonne humeur de Crochet. Plus que vivant, il se sentait marin, pirate, capitaine. Lui-même, en somme.


Voilà. Bon, mangeaille et dodo. Demain, j'ai du boulot.

vendredi 5 mai 2017

El Cid is back !

Passé en coup de vent sur Paris. J'avais un rendez-vous chez un de mes éditeurs pour relancer un vieux projet.

En sortant, je suis passé voir l'expo d'un pote dans une galerie… qui avait, aussi, dans un dossier, des originaux de Palacios, auteur espagnol que j'affectionne (je parlais pas plus tard que ce week-end encore de son formidable Roland à Roncevaux qui est une tuerie à tous les niveaux). Et donc, je me suis pris en pleine face ces planches étonnamment petites (j'aurais cru qu'il travaillait en plus grand, vu à quel point son dessin est gratté) de McCoy et du Cid. Pour découvrir qu'il sortait ces jours-ci une intégrale du Cid par Palacios.



Il me la faut. J'ai plus une thune, là, mais il va falloir que je craque les 32 balles très bientôt. Et je vous encourage à faire pareil.

Toute l'actu

Bon, L'Île de Peter est dans les bacs depuis hier (mais quelques apifiou s'en sont fait signer à Lyon dimanche dernier) et les parisiens pourront venir se le faire dédicacer dimanche et lundi au Salon Fantastique (au Paris Event Center de La Villette, sur le stand des Indés de l'Imaginaire).

J'en profite pour faire le point sur mes prochains déplacements. Plusieurs trucs ont sauté depuis le dernier point, et d'autres sont venus se greffer. Cette liste, selon l'expression consacrée, annule et remplace les précédentes :

Donc dimanche 7 et lundi 8, vous avez déjà noté.

Jeudi 11 mai à 18h30 conférence sur le Roman de Renart et son époque, à la bibliothèque de Commeny (95), c'est dans le Vexin, vers Chars, Magny, etc.

Dimanche 21 mai toute la journée, aux Imaginales d'Epinal, avec les Indés de l'Imaginaire.

Jeudi 15 juin à 18 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est une espèce de speed dating auteur-lecteurs, organisé par un libraire d'e-books, j'ai pas la moindre idée de ce que ça peut donner. Mais ça a toute les raisons d'être sympa, le lieu est cool et en plus y aura de la bière.

Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris

jeudi 4 mai 2017

Au bord de l'eau, sur le fleuve du souvenir

Je m'aperçois que ça m'a pas fait pas de mal, l'autre jour, de causer d'iris et de poules d'eau, en fait. Ce sont des sujets qui me touchent plus que les Macron, Lepen et autres Francis Heaulme qui trustent l'actu.

En repassant devant ces iris dont je causais, je repensais à cette histoire évangélique des "lys des champs qui ne tissent ni ne filent" et aux "oiseaux du ciel dont pas un ne tombe sans que le big boss barbu ne soit au courant" (je paraphrase).

Ça m'a renvoyé à un vieux souvenir. Quand j'étais môme, on allait faire de grandes balades à vélo avec mon grand-père. Fils d'un champion cycliste qui avait fait plusieurs fois le Tour à l'époque héroïque, il utilisait encore pour tailler la route les bicyclettes paternelles. Du coup, j'ai abattu des centaines de kilomètres sur des clous qui avaient fait la grande boucle juste avant et après la grande guerre. Rien à voir avec les machins en fibre de carbone de maintenant, c'était du bon cadre d'acier bien lourd et absolument increvable, et plutôt que d'aller faire la course, on allait faire nos courses chez les petits producteurs de crottin de Chavignol et autres bienfaiteurs des papilles gustatives de l'humanité. Bon, sachant que la côte de Chavignol à vélo, c'est une horreur absolue, hein. Dans mes meilleurs moments, j'arrivais à en monter le quart (un tout petit quart) avant de déclarer forfait et de poser pied à terre, pendant que Papy, pourtant retraité depuis une paye, continuait vaillamment.

Au fil de ces longues promenades, on faisait la tournée des petits patelins avec leurs vieilles églises pittoresques, leurs granges médiévales retapées, leurs vieux moulins et manoirs. Dans un petit patelin, un "Saint Martin" quelconque (y en avait une tripotée, que je confondais tous plus ou moins), nous nous sommes arrêtés devant une très ancienne halle de marché transformée en salle des fêtes. Il y avait une expo de peintres locaux que mon grand-père saisissait l'occasion de visiter.

En entrant, nous sommes accueillis par une petite dame dans tous ses états.

"Il est arrivé un malheur", nous dit-elle.

Et elle nous montre, au centre de la pièce, le corps d'un petit oiseau, qui s'était laissé enfermer l'avant-veille au soir dans la halle, et a vainement cherché la sortie toute la nuit et la journée suivante, alors que la halle était fermée. Le pauvre piaf était finalement tombé d'inanition, et venait d'être découvert à l'ouverture par la dame qui avait fermé la porte une quarantaine d'heures auparavant et se sentait, du coup, coupable.

Pourquoi est-ce que je repense à cette dame et à cet oiseau, tout d'un coup, tant de décennies plus tard ? Comme je le disais, je repensais à ces quelques textes de l'évangile parlant des oiseaux du ciel qui ne se préoccupent pas du lendemain, mais dont pas un ne tombe sans que ne le sache le Père (ou sans que ce ne soit la volonté du Père, d'ailleurs).

Cela s'est croisé, dans ma tête, avec cette vieille notion selon laquelle l'on n'est pas vraiment mort tant qu'il existe quelqu'un pour se souvenir de vous. C'est réconfortant pour Gilgamesh, qui croyait avoir échoué dans sa quête d'immortalité, mais dont le souvenir ne s'est pas encore totalement perdu. Pour cet oiseau et cette pauvre petite dame toute secouée par ce qui s'était passé (qui, depuis le temps, doit être aussi morte que lui), peut-on pourtant dire que je m'en souvienne réellement ? Je serais bien incapable de retrouver ce lieu. Si je peux encore convoquer l'image de cet oiseau, le visage de cette dame, dont j'ai toujours ignoré le nom, est irrémédiablement perdu. En couchant ce souvenir si parcellaire sur le papier, je contribue à leur conférer une sorte d'immortalité. Mais de quel ordre ? En était réduits à une anecdote, à un instant déconnecté de ce qu'ils ont pu être par ailleurs, est-ce que je ne leur donne pas plutôt une vie larvaire, celle du Schéol des anciens, où ce qui a vécu est réduit à un spectre vague ?

mercredi 3 mai 2017

Le chaos final

Une fois encore, j'ai du mal à venir m'épancher sur la War Zone. Parce qu'une fois encore, c'est le souk par ici. Entre divers trucs de boulot que je dois concilier, encore un de mes proches qui vient de passer une petite semaine à l'hosto (pour un truc pas grave, mais qui a dérapé), une cavalcade à Lyon qui m'a accessoirement permis de prendre le petit dèj avec deux auteurs que j'apprécie fort, à savoir Thomas Day et Norman Spinrad (en fait, Spinrad était à la table d'à côté, on n'a échangé que quelques phrases, mais ça m'a fait quelque chose) (c'est Spinrad, quoi) (bon, à présent, l'écrivain le plus punk de sa génération est devenu un vieux monsieur, c'est très étrange) (et j'ai pu me faire signer son dernier bouquin sorti) (qui m'a agacé, parce qu'il reprend une idée que j'ai échoué à développer en BD y a quelques années) (mais tant qu'à voir ses idées trouvées par quelqu'un d'autre, autant que ce soit par un type dont on aime le travail) (j'avais pas dit, y a quelques années, que j'arrêtais ces chaînages de parenthèses, moi ?) (si, je l'ai dit, mais là, je suis crevé) (donc je m'arroge le droit à chaîner les parenthèses comme un goret) (au fait, si vous ne savez pas qui est Spinrad, je ne vous parle plus. Allez lire d'urgence Jack Baron et l'Eternité, ou Les Miroirs de l'Esprit, ou n'importe quel autre de ses livres qui m'ont mis des claques)

La conférence à Lyon s'est bien passée, mais a débordé sur la fin, au moment des questions du public, de son sujet initial (le schéma campbellien de narration épique) à une digression sur un sujet passionnant qu'il faudra que j'évoque plus longuement à l'occasion (les grandes déesses proche-orientales du néolithique). Merci à toute l'organisation, au passage, et notamment à un certain Vil Faquin de ma connaissance.

Allez, je me remets au boulot. Fhtagn à tous !









PS : en rangeant mes rayonnages, je viens de découvrir que j'ai prêté Rêve de Fer, En Direct et Les Miroirs de l'Esprit. Et jamais récupérés. Bigre, faut que j'en reprenne des exemplaires.