vendredi 20 octobre 2017

Galactique !



Je serai aux Galactic Days dimanche, de 10 à 18 heures, au complexe sportif des hauts d’Auxerre, boulevard de Verdun. J'y dédicacerai l'île de Peter et les Dieux de Kirby, et sans doute d'autres choses en fonction de ce qu'aura prévu le libraire, et à 11 heures je donnerai une conférence sur le voyage interstellaire. Il devrait y avoir aussi une table ronde sur les littératures de l'imaginaire, et je passerai sur le stand Monolith pour participer aux présentations du futur jeu Batman.

jeudi 19 octobre 2017

Je serait Chateaubriand ou sinon ça va chier des bulles, motherfucker

Peut-être est-ce le fait de veiller tard pour finir un boulot urgent dans les temps, mais il m'est venu une idée dérangeante.

Pas forcément aussi dérangeante qu'un panty shot de R2D2, mais pas loin


Quand on examine l'œuvre de George Lucas, son côté ultraréférentiel apparait vite. Star Wars est un patchwork post-moderne qui mêle films de Kurosawa, pulps, serials de Flash Gordon, esthétique de Valérian et comics de Jack Kirby. American Graffiti est un hommage aux films des années 50 (et l'Episode One revient à cette esthétique avec ses vaisseaux spatiaux à la Raymond Loewy ou à la René Leduc). Quant à Indiana Jones, quoique réalisé par Spielberg, il porte en maints endroits la patte de Lucas, et les Aventuriers cite plus qu'à son tour le Secret des Incas avec Charlton Heston. Lucas, c'est la revanche des je cite.

Et en fait, je crois que George Lucas, il voulait être Quentin Tarantino à la place de Quentin Tarantino. Mais que comme Quentin Tarantino n'existait pas encore, du coup il n'a pas pu.

dimanche 15 octobre 2017

Débris

Non, par ce titre, je ne voulais pas parler de nos sénateurs qui prévariquent comme des gorets, mais tout simplement poursuivre, comme promis, ce que j'ai commencé cet été dans ce post : publier de vieilles nouvelles qui dormaient dans mes tiroirs. Celle-ci a vingt ans et est totalement inédite. J'y repensais dernièrement, parce qu'une expression tapée dans mon prochain bouquin faisait vaguement écho à certains trucs que je développais dans ce texte. Oh, à la relecture, il me semble maladroit, et la symbolique un peu assénée avec des moufles. J'ai résisté à la tentation de l'amender, et je vous le livre tel quel.



Débris

“Il y eut tempête d’épées et nourriture de corbeaux.”
Saga de Grettir


La neige était souillée de sang.

Deux corbeaux tournoyaient au dessus de la plaine. Les yeux mi-clos, Eghill contemplait leurs évolutions complexes. Qui connaît les tours et les détours de la pensée, et ceux de la mémoire ? Car tels étaient leurs noms, Huggin et Munnin, les yeux d’Odin parcourant le monde… L’un d’entre eux - Munnin ? - se posa à ses pieds.

Eghill tenta de se redresser mais n’y parvint pas. La lance qui l’avait transpercé lui avait ôté l’usage des jambes. Il ne ressentait aucune douleur, pourtant. Pas même de gène. Il regardait le corbeau, tentait de le comprendre. Mais le regard noir de l’oiseau n’offrait pas de prise à ses interrogations. Munnin picorait ici et là, gobant un oeil ou arrachant un lambeau de chair.

Suivant les corbeaux, des pillards se glissaient entre les corps, achevant les blessés pour leur prendre leurs armes ou leurs ceintures ouvragées. Il y avait là des Saxons autant que des Sanois, réconciliés dans leur sinistre besogne, parfois se disputant un casque ou une fibule d’acier. Eghill savait que l’un d’eux viendrait s’emparer du médaillon et se préparait à se défendre, à mériter sa place dans les halles d’Odin. Mais son bras était désormais trop faible pour brandir le glaive ; Eghill perdait trop de sang. Peut-être le pillard n’aurait-il même pas à le tuer…

- Je te salue, Eghill Skaldaspillirson.

Eghill leva péniblement la tête vers l’arrivant. Il avait parlé en Danois, mais portait le costume fourré des Saxons d’Angleterre. L’homme s’accroupit au pieds du blessé et commença à l’examiner.

- Je n’y survivrai pas, je le sais.

- C’est ce qu’il me semble, mon frère. Et tu as quelque chose qui dès lors me revient.

Eghill frémit. Ainsi, le médaillon resterait dans la famille, à défaut de rester dans le clan.

- Pourquoi le veux-tu, banni ? Quelle valeur saurait-il avoir pour un homme chassé de ses terres, déchu de son nom ?

- Déchu de son sang, c’est cela que tu veux dire, Eghill ?

- Je ne le crois pas. Même combattant sous la livrée des Saxons honnis tu demeure mon frère, Brodir.

Une clameur retentit au loin. Brodir se redressa et jeta un coup d’oeil derrière lui, puis se tourna à nouveau vers son frère.

- Sache que c’est ton camp qui a gagné, Eghill. Les saxons sont en déroute.

Eghill tenta à grand peine d’esquisser un sourire.

- Mais c’est toi, le vaincu, qui te tiens debout malgré la défaite honteuse. Moi, je soupe ce soir chez Odin.

Sa poigne se desserra et il laissa tomber son épée. Le corbeau vint se poser sur la garde et le regarda d’un œil critique. Brodir tenta de le chasser du revers de la main, mais l’oiseau resta là, impassible.

Un cavalier passa au loin, brandissant un étendard à tête de dragon. Un Franc, peut-être, sans qu’on sache ce qu’il pouvait venir faire là, ou un Danois exhibant une prise de guerre. Brodir passa la main sur le front brûlant de son frère.

- Il est triste que ce soir nous ayons combattu dans des camps ennemis. La guerre est un jeu martial tant que le frère ne se dresse pas contre le frère. Là, elle se fait sombre et porteuse de mauvais présages.

- Les frères ressentaient-ils de la haine en combattant, Brodir ?

- Non. Je prie Odin que non.

- Alors elle n’est que jeu, comme l’étaient nos batailles dans le fjord. Qui l’a emporté, cette fois ?

- Je te l’ai dit… Ton camp… Non, pardonne-moi.

- Tu m’as compris. Le médaillon de Skaldaspillir, qu’il tenait de Skirnir, reviendra au dernier de ses fils.

- Un fils qui l’a renié.

- Le médaillon reviendra à son meurtrier. Peut-être vaut-il mieux qu’il en soit ainsi, finalement… Brodir. Mon frère.

Eghill ferma les yeux et se détendit. Son frère le veilla quelques instants, puis prit le médaillon. Il se releva et s’éloigna à pas lents. Le corbeau le suivit à peu de distance. On aurait cru qu’il se lasserait vite, mais quand Brodir atteignit les collines l’oiseau était toujours là.


vendredi 13 octobre 2017

Du haut de ces murs vénérables, le Cardinal vous contemple

Bon, reviendu de ma petite intervention à la Sorbonne, aux côtés de ces forts estimables camarades que sont Jean Depelley, Alain Delaplace et Mickael Géreaume pour causer de Jack Kirby, le ze king de les comics. Merci d'ailleurs à Guillaume Prevost pour cette opportunité de causer d'un sujet qui nous tenait à cœur à tous dans cette institution prestigieuse.

Bref, nous nous sommes retrouvés sous le regard sévère du Cardinal de Richelieu (le premier vrai super-vilain de l'histoire de la littérature, grâce à Monsieur Alexandre D. de Villers-Cotterêts, ce qui nous a semblé curieusement approprié) pour la première conférence consacrée par la vénérable institution à un auteur de comics. Que de chemin parcouru depuis le premier mémoire de maîtrise consacré à ces sujets il y a 25 ans (si jeune Mabuse, il était signé par un certain Jean-Marc Lainé, qui a continué à sévir dans ce domaine par la suite) (son bouquin sur Stan Lee est en vente dans toutes les librairies) et du coup nous étions tous un peu émus et tendus.

Plutôt que de résumer mon intervention (à base de fins du monde, de batailles eschatologiques originelles et de comparaisons avec Tolkien), je vais vous faire part d'une astuce de vieux briscard pour ce genre de colloque où l'on arrive en mode terrorisé. Garder sa contenance est primordial. Et il suffit d'un rien pour la perdre. Genre partir dans une boucle à répéter un argument déjà donné trois minutes avant, se décaler par rapport à son iconographie, louper un enchaînement, etc.

L'astuce, et les assistants hier (et à d'autres confs) l'auront peut-être remarqué, c'est quand on bugge, de se racler la gorge, éructer un "scusez-moi", prendre le temps de se servir un verre d'eau et de la boire. Les cinq à huit secondes permettent de se remettre dans le fil, ou de balancer un "par ailleurs" qui permet d'enchaîner sur tout à fait autre chose sans que ça ait l'air random.

Bon, c'était cool, et le public était super avec plein de questions intéressantes. Merci à tout le monde !

mardi 10 octobre 2017

Végétations

L'ami Sébastien Célimon causait tout dernièrement de Vegeta sur son blog pop culturel. Il s'interrogeait sur la popularité durable de ce personnage pourtant conçu pour être antipathique. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Vegeta est un personnage de Dragonball Z, apparu au départ comme méchant, puis rejoignant les héros sans pour autant se départir d'une morgue et d'un mauvais caractère à rendre jaloux un Alan Rickman des grands jours.

C'est lui, pour faire simple.

Moi, de mon côté, j'ai toujours eu comme un menu souci avec ce super-saiyan (pour en savoir plus long sur les super-saiyans, n'hésitez pas à consulter ce petit article que j'avais commis il y a quelque temps), dès que je l'ai découvert à l'occasion d'une diffusion de Dragon Ball Z à la télé. Quand son nom a été prononcé, j'ai éclaté direct d'un rire tonitruant. Parce que pour moi, "Vegeta" ça renvoyait à un truc très précis et beaucoup moins bad-ass qu'un super-saiyan. Vegeta, pour moi, il a forcément la tête de ce cuisinier rigolard dont la toque ornait les boites en fer de cette épice bonne à tout (soupe, sauce, rôtis, rails à la sauvette après une cuite au rakija) que toutes les cuisinières yougoslaves connaissaient bien. Maintenant, signe des temps, le bazar est vendu dans des sachets mous, bof, et le cuistot a des joues plus roses avec un dégradé photoshop moche, mais en vrai, Vegeta, pour moi, c'est ça. Forcément, j'ai du mal à prendre le guerrier au sérieux.

bon, lui, je l'imagine pas avec la voix d'Eric Legrand


lundi 9 octobre 2017

Bouffer du Lyon

Bon, le week end aura été tendu. Très agréable, mais voué à la cavalcade. Un atelier samedi midi, un cours en début d'après-midi (pas dans la même ville) puis une conférence (dans la même ville que l'atelier) puis TGV, puis assister à une improbable partie de jeu de rôles, puis visiter accidentellement Lyon By Night et le tunnel de la Croix Rousse, puis dormir (un peu) puis tourner en rond dans Villeurbanne, puis dédicacer et participer à une table ronde, puis revenir. Ouf. On peut dire que je je n'aurai pas eu le temps de m'ennuyer. (encore merci à la médiathèque Visage du Monde, et à l'organisation d'Octogônes)

Et en fait, si. Au retour, dans le TGV. Parce qu'avec la fatigue cumulée depuis plusieurs semaines plus ce week-end en mode Jack Bauer, je n'étais plus dans un état de nerfs me permettant de lire posément dans le train, ni de roupiller.

Donc, je me suis ennuyé.

Dans l'économie actuelle, dite "de l'attention", l'ennui en tant que tel ne trouve plus sa place. Plus qu'un ennemi à abattre pour les marchands de temps de cerveau disponible, l'ennui est un vide dont ils semblent avoir horreur et qu'ils comblent avec des besoins. Ou qu'ils ouvrent sur des besoins, peut-être, créant une forme d'aspiration. Mais nous leur avons facilité la tâche en prenant plein de mauvaises habitudes, en allumant la télé à tout bout de champ ou en blindant nos ustensiles nomades de "passes-temps". Du coup, nous n'avons plus l'occasion de nous ennuyer.

Pourtant, quand il est convenablement domestiqué, l'ennui peut s'avérer autre chose qu'un gouffre vide. Dans bien des mythes des origines, le gouffre est le lieu du chaos fécond d'où peuvent sortir des mondes (et des monstres, d'où l'importance de le domestiquer). Je ne répéterai jamais assez ce que ma carrière doit à l'ennui généreusement prodigué par le système scolaire (puis par le monde de l'entreprise, avec ses tâches absurdes et répétitives, même quand d'aventure elles étaient qualifiées), qui m'a permis de bâtir des histoires et des mondes.

Comme je le disais, je sors d'une période très occupée. Je ne m'ennuie pas. Redécouvrir le goût de l'ennui sur mon fauteuil inconfortable de TGV a eu un côté surprenant.

Et j'en ai profité pour repenser à une plainte formulée un peu plus tôt dans la journée. Je n'ai pas le temps de m'ennuyer, mais ça fait quelques semaines que j'ai eu très peu de temps pour écrire. Oh, j'ai écrit quand même, j'ai même bouclé une nouvelle que j'avais promise à un anthologiste il y a déjà quelques mois. Mais ça fait quelques semaines que je calais sur mon prochain roman. Depuis, précisément, le début de cette période où je n'ai absolument pas eu le temps de m'ennuyer.

Coïncidence ? Je ne crois pas.

Non que j'écrive seulement parce que je m'ennuie. Mais parfois, quand mon écriture bute sur les chausses-trappes de mon récit, il faut que je le pense, mon roman. Trouver des solutions à des problèmes narratifs demande de prendre le temps de les nommer, de les décortiquer, de les retourner dans sa tête, de se projeter dans les situations.

M'emmerder dans ce train m'aura permis, en une heure de cogitation, de trouver si ce n'est une solution, tout au moins une piste me permettant d'avancer. Une heure pour résoudre une truc sur lequel je bute depuis au moins deux mois, parce qu'au départ, j'ai contourné le problème et poursuivi sur des séquences qui n'étaient pas impactées par le segment qui posait souci, même si elles étaient postérieures dans le récit. Mais ces contournements ne permettent d'avancer que jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de biaiser : il arrive fatalement un moment où tous les fils narratifs se regroupent, et où la suite dépend aussi de la séquence pas encore bouclée. Et là, il faut s'y attaquer de front.

Ça demande du temps de cerveau disponible. Impossible à trouver chez soi quand on a trop de boulot.  Et où plein de distractions sont à portée de la main, de ce blog aux étagères à bouquins en passant par la cuisine. Impossible à trouver dans une gare où le regard est sollicité par les étals de journaux. Un long voyage en train où l'on s'emmerde sec, dès lors, c'est idéal.

vendredi 6 octobre 2017

Asinus asinum invocat

J'ai une confession à faire. Il m'arrive assez souvent d'employer de façon péjorative des expression du genre "c'est un âne", "quel âne bâté" ou, sur du métal de dernière catégorie "c'est tout juste bon à ferrer les ânes", en appuyant le "â", d'ailleurs. Et c'est complètement idiot de ma part, parce que l'âne est un animal que j'aime beaucoup. Un âne bien traité est un animal très doux, très sympa, et pas du tout aussi têtu que ne le veut la sagesse populaire (en fait, ce sont surtout les mulets qui sont têtus). Bon, je dis bien traité, parce qu'enfant, j'avais une trouille bleue des ânes vu que le premier que j'aie vu de près était un âne assez psychopathe (mais malin, hein : le grand oncle, quand il allait voir ses vignes, se juchait dessus, laissait l'animal faire le chemin pendant que lui-même faisait sa sieste. L'à-coup de l'arrêt du bestiau suffisait à le réveiller une fois arrivé. c'était bien rodé) (mais si on n'était pas le grand oncle, fallait pas passer à portée de la bête) qui fait que ce n'est que bien plus tard, quasiment à l'âge adulte, que j'ai rencontré des ânes normaux et que j'ai appris à les apprécier.

Du coup, j'ai un peu honte quand je qualifie quelqu'un d'âââne. J'en profite pour demander pardon à mes amis les ânes, qui valent beaucoup mieux que les gens que je traite ainsi.

jeudi 5 octobre 2017

Permission de sortie

Samedi, je donne deux interventions à la médiathèque Visages du Mondes de Cergy le Haut :

à 11 heures, un atelier BD.
à 16 heures, une conférence sur l'histoire des comics.

Dimanche, je serai à Octogônes, à Lyon, pour dédicacer l'Île de Peter et participer à 14h une table ronde sur le jeu et l'imaginaire, avec Peter Watts et Davy Athuil, modérée par le Vil Faquin.

Si vous avez au passage des questions à propos du jeu de figurines Batman : The Board Game que prépare Monolith, ce sera l'occasion de me les poser !



(et Jeudi prochain, tous à la Sorbonne pour la conférence Kirby)

jeudi 28 septembre 2017

Rapido

J'ai démonté ce matin l'expo de Conflans, c'est déjà fini. Pour la petite histoire, ça ressemblait à ça :



30 panneaux explicatifs, richement illustrés, avec en plus des bouquins, des originaux, des posters anciens, du matériel de production (un rouleau "sortie de rotative" de La Dernière Cigarette, avec les pages à plat), j'avais essayé de faire quelque chose de chouette. Les panneaux devraient tourner. J'ai quelques demandes dans la région, et si vous représentez une structure que ça peut intéresser, typiquement une bibliothèque ou une école, n'hésitez pas à m'envoyer un mot.

Merci encore à la MJC Les Terrasses, qui m'a fait confiance sur ce truc.

Par ailleurs, et j'en ai déjà parlé, je fais deux interventions samedi prochain (le 7) à la médiathèque Visages du Monde de Cergy, et le lendemain je participerai à une table ronde à Octogônes, à Lyon. Un libraire m'y accueille, donc je pourrai dédicacer des choses, principalement de l'Île de Peter, je pense.

Et le jeudi suivant (le 12, donc), mini colloque à la Sorbonne, où l'on discutera du King.


Et y aura un peu de bouquins à signer pour qui en voudra.

dimanche 24 septembre 2017

Soirées japanime

Pour diverses raisons, je me suis revu ces derniers temps pas mal de films d'animation.

Et, dans le tas, ce ouiquende, deux de ceux que j'ai le plus revus dans ma vie, mais que je n'avais pourtant pas revus depuis un bail. Akira, de Katsuhiro Otomo, et le deuxième Patlabor, de Mamoru Oshii.

Akira, c'est même le film que j'ai le plus vu en salle. Parce qu'à l'époque de sa sortie, il représentait une telle déflagration dans le paysage que j'ai trainé plein de gens au petit cinoche, près de Ballard, qui l'a passé pendant plusieurs mois. Il reste baffesque, que ce soit sur le plan technique, pour sa musique énorme, pour sa montée graduelle du caniveau jusqu'au cosmique pur et pour ses scènes bien dérangeantes et bien plus fines qu'il paraît comme le cauchemar des nounours (où la charge de terreur et de dégoût s'inverse brutalement, nous ouvrant magnifiquement sur la caractérisation des personnages).

En ce qui concerne Patlabor 2, j'en avais causé un peu ici, mais c'était surtout à l'occasion de mon visionnage du troisième volet. Alors, pourquoi Patlabor 2 demeure un de mes films de japanime préféré ? Parce qu'Oshii y contourne les limitations de son budget en mettant le paquet sur la narration pure, avec des effets de mise en tension incroyablement efficace, une très belle bande son (Kenji Kawaï, quand même) et un discours bien vachard sur le confort des sociétés industrialisées, confort factice acquit au prix du sang des autres. Et puis les scènes d'occupation militaire sont épatantes, combinant violence symbolique et mise en scène paisible et contemplative avec un effet de de contrepoint très costaud.

J'avais à l'époque évoqué la folie qui dévore les antagonistes dans chacun des trois longs métrages. Un autre détail m'a frappé en revoyant le deuxième : une logique qui n'est pas seulement l'esprit de groupe contre l'aliénation du solitaire, mais le réseau de loyautés personnelles et croisées d'un groupe soudé face au solitaire qui manipule des gens sous ses ordres, mais dans un rapport à sens unique. Mais si la folie du solitaire s'accompagne d'une forme de génie (qui lui est d'ailleurs reconnue), c'est la cohésion des petites gens qui permet de lui tenir tête. En cela aussi, Oshii a un côté gaucho.

vendredi 22 septembre 2017

Fierté professionnelle

J'ai vu passer, dans le métro, des affiches pour un prochain dessin animé qui s'appellera "Superslip".

Alors soyons clairs, je ne revendique pas l'invention du mot : il traînait depuis des années dans les milieux traductionnels traductatoires tra, et puis merde, dans le Trad Pack, et je serais bien en peine de dire qui l'a trouvé, celui-ci. Autant, "Encapés", qui a été pas mal utilisé au moment de Civil War, il était de moi, autant "Superslip", bien malin qui pourra dire d'où il sort (si, de dessus un superpantalon, je sais).

Pourtant, j'ai travaillé dur à le populariser, notamment dans le cadre de ma traduction de la série de comics The Boys (qui annoncée en série TV pour prochainement) (ça va être croquignolet, ça, encore).

Et du coup, je me dis que si le mot "superslip" est devenu mainstream au point d'être affiché sur les murs de Paris, c'est un peu grâce à moi.


mardi 19 septembre 2017

Sur la route de Memphis

Alors je suis plongé depuis quelques jours dans la lecture studieuse d'un bouquin que je voulais depuis longtemps : 1177 avant J.-C., le jour où la civilisation s'est effondrée, d'Eric H. Cline. S'il traite de sujets que je connais déjà pas mal (la transition bronze-fer, l'invasion des "peuples de la mer", l'historicité de la Guerre de Troie, etc.), il les approfondit et surtout croise pas mal de trucs, dans l'idée de brosser un tableau global d'une période de crise, en évitant les explications mono-causales.

C'est là-dedans que j'ai trouvé les références de l'autre jour aux flammes précédant les armées (là, j'arrive à son chapitre sur l'Exode, et curieusement il ne fait pas le rapprochement qui moi, m'a sauté aux yeux direct, alors qu'il cite pourtant la colonne de flamme des Hébreux), et je prends plein de notes dans tous les sens. Ça servira forcément un jour.

Et puis, au détour d'une page, hop, l'auteur me résout un mystère qui me chagrine depuis que je suis tout petit.

Vous qui me connaissez depuis longtemps (les autres, c'est l'occasion de l'apprendre), j'attache du sens au fait curieux que plein de noms de peuples que nous utilisons n'ont rien à voir avec la façon dont ces peuples se nomment eux-mêmes. Les Gallois, les Finnois, les Grecs ou les Allemands ne se donnent pas ce nom à eux-mêmes. Et pour les Egyptiens, c'est pareil. L'ancien nom du pays, c'est Misraïm (toujours en usage, d'ailleurs, sous la forme Misr ou Masr), et les Coptes, quant à deux, l'appellent Kimi ou Kemi, qui est aussi une forme très ancienne.

La question qui me taraudait, c'était où les Grecs (pardon, les Hellènes) avaient été chercher ce nom d'Egyptiens dont ils affublaient les Misraïtes. D'où sortait le mot ? Eh bien, au détour d'un paragraphe sur les tablettes en linéaire B de Crète et de Pylos, M. Cline nous l'explique. Donc je fais passer le truc à ceux que ça pourrait intéresser.

En linéaire B, on trouve parfois des références à des personnages qualifiés de "mi-sa-ra-jo" (le linéaire B est une écriture syllabique) (elle transcrit une forme archaïque de la langue grecque, celle qu'ont dû parler les modèles d'Agamemnon, Achille ou Ulysse). "Mi-sa-ra-jo", vous l'aurez deviné, c'est tout simplement "l'homme de Misraïm", l'Egyptien. En grec mycénien, on appelait donc les Egyptiens par le nom qu'ils se donnaient eux-mêmes, à une époque où les échanges commerciaux entre les deux pays étaient apparemment intenses. Mais l'on trouvait aussi, par moment, un synonyme, "a-ku-pi-ti-jo", qui est bien sûr la forme ancienne de notre mot "égyptien", et qui a probablement fini par supplanter la forme correcte après l'effondrement de la civilisation mycénienne, quand les échanges se sont brutalement taris, et que le terme le plus exact de deux s'est perdu faute d'être confronté à l'expérience réelle de rencontres avec un "misarajo".

Mais d'où sortait cette deuxième forme, "akupitijo" ? Eh bien Cline le rapproche de l'ougaritique (une langue parlée dans le Sud de la Syrie, et c'est à Ougarit qu'a été inventé l'alphabet, soit dit en passant) "hikupta". Et vous me direz qu'on n'a fait que déplacer le problème. D'où les habitants d'Ougarit ont-ils été tirer ce mot ? Apparemment, du nom qu'ils donnaient aux habitants de la ville de Memphis, ancienne capitale de Misraïm. Ce qui ne fait une fois encore que déplacer le problème. Mais comme ce n'est pas un problème que traite Cline (ce n'est l'objet ni du chapitre, ni du bouquin), il s'arrête là.

Mais du coup, j'ai décidé de creuser encore un peu plus, et voilà enfin la solution du machin. La ville, à l'époque, s'appelait Men-Nefer (ce qui a donné en grec Memphis) mais aussi Ankh-Taouy, et c'est peut-être de cette dénomination-là que vient "hikupta", par le jeu des déformations phonétiques en passant d'une langue à l'autre. Le nom semble provenir d'un jardin contenant un "arbre de vie", et là encore, y aurait à creuser des trucs bibliques, mais c'est pas le propos du jour.

Enfin voilà. Je trouve ça toujours rigolo, d'aller rechercher les vraies origines des ces mots qui nous semblent tellement évidents qu'on n'y fait plus attention, et qui pourtant sont chargés d'histoire (et démontrent, par leur simple persistance, l'existence de réseaux commerciaux complexes en des époques très reculées).

dimanche 17 septembre 2017

Fight, King Size !

J'en ai causé l'autre jour, jeudi 12 octobre je participerai à un mini-colloque sur Jack Kirby, aux côtés de Jean Depelley (auteur de la biographie monumentale du King), Mickaël Géreaume & Alain Delaplace (Kirby and me), et moi.







Je note qu'il y a une billetterie. L'entrée et gratuite, mais il faut réserver. Je vous encourage donc à le faire.




Ce soir on vous met le feu

Puisque c'est le Jour du Seigneur*, je vais en profiter pour revenir sur un détail rigolo.

Peut-être vous souvenez-vous que, dans l'Exode, le Peuple était précédé dans le désert par une colonne de flammes qui lui montrait le chemin (le peuple n'est pas malin : il aurait compris plus tôt que la colonne le perdait délibérément, il aurait peut-être mis un peu moins de quarante ans à arriver à destination) (c'est un peu "Mamie n'a pas mis son GPS à jour", cette histoire). Classiquement, pour l'Histoire Sainte, cette colonne de feu (et la colonne de fumée qui va avec) est un miracle de Dieu, tout ça, comme la manne, l'armée égyptienne engloutie dans la Mer Rouge et ainsi de suite.

Tiens, parlons-en, de l'armée égyptienne. Parce que cette image d'une troupe précédée par les flammes, elle apparaît à plusieurs reprises dans des textes égyptiens de la fin de l'Âge du Bronze. Parfois de façon apparemment littérale (des peuples barbares brûlant tout ce qu'ils rencontraient devant eux), soit d'une façon plus métaphorique, dans les récits de campagnes des pharaons, où le sens est un peu moins clair, mais le grand roi se vante d'avoir été précédé par le feu.



Au fur et à mesure de ces occurrences égyptiennes, j'en vins à concevoir une petite théorie que je vous soumets, du coup.

La fin de l'âge du bronze fut une période de troubles dans tout le bassin oriental de la Méditerranée, et les descriptions de troupes barbares détruisant des villes s'inscrivent dans ce contexte, troubles qui coïncident apparemment avec l'installation des Hébreux au pays de Canaan (le terme "Palestine", incidemment, provient des Philistins, peuple ayant débarqué à peu près vers la même époque en provenance semble-t-il de la Mer Egée).

Mais si les événements décrits dans l'Exode sont censément contemporains de ces armées précédées de flammes, sa transcription est plus tardive. C'est le même cas que pour l'Illiade : événements datant selon la tradition de cette époque de transition, mais transcrits par Homère au moins trois siècles plus tard. La colonne de flammes de l'Exode ne serait-elle pas une sorte de fossile linguistique ou poétique, le rappel qu'à la fin de l'âge du bronze, une description d'armée incluait celle des flammes qui la précédaient, au même titre que le "bouclier haut comme une tour" d'Ajax, dans l'Illiade, n'existait déjà plus dans le faits au moment où l'Illiade est censée se dérouler, et encore moins à l'époque d'Homère ?

Ça vaudrait le coup de vérifier, un jour, si de telles descriptions perdurent dans les récits de campagne égyptiens datés de l'âge du fer.







*en fait, si j'en parle aujourd'hui c'est juste parce que je suis tombé là-dessus tout récemment

samedi 16 septembre 2017

Bas de chausses

Ça commence à peler grave. J'envisage très sérieusement de remettre des chaussettes quand je suis chez moi (c'est intéressant, hein ?).

Et d'un coup, je repense au vieil Albert. Einstein. Vous savez, le moustachu tellement obsédé qu'il voyait des courbes partout.

Einstein a dit : "du jour où j'ai compris que les chaussettes ne servaient à rien, j'ai totalement cessé d'en mettre".

Et là, pourrait-on dire, c'est le drame.

Parce qu'en effet, Einstein ne portait pas de chaussettes, même quand il donnait des cours à Princeton. Un personnage du roman Au dessous du volcan pourrait dire "que hombre" en le voyant, quoi.

Le gros problème, ce n'est pas la présence ou l'absence de chaussettes aux pieds, en ce qui me concerne, mais le fait que du coup, au lieu de mettre des chaussures, il portait de ces infâmes sandales de cuir façon Birkenstock. Alors vous pourriez me dire (à bon droit) ça pourrait être pire, il aurait pu porter des chaussettes AVEC ses sandales. Mais bien heureusement, la déchéance du personnage n'est pas allée jusque là (ça aurait pu, hein : sa langue maternelle, c'était quand même l'allemand).

Bref. à ma connaissance, papy Albert a été le premier à porter ce genre de sandales autrement qu'avec une toge/couche-culotte façon Gandhi. D'une certaine façon, il a contribué à rendre respectables ces horreurs, ouvrant la voie dans les décennies suivantes à tout ce que les universités comptaient de psychiatres hippies et de gauchos va-nu-pieds (c'était avant qu'Ivan Illitch popularise l'idée de médecins aux pieds-nus, qui constituent je crois le stade suivant de cette évolution).

C'est une très lourde responsabilité qui pèse sur les épaules d'Einstein. Pire que celle du développement des armes nucléaires : la fameuse lettre à Roosevelt, même s'il l'a signée, était essentiellement due à son collègue Leo Szilard (à sa place, un type portant un nom de super-méchant dans Heroes m'aurait demandé de signer un document pareil, je me serais méfié).

Donc voilà. Dites non aux sandales, avec ou sans chaussettes.

mercredi 13 septembre 2017

Publish or perish

Un petit mot sur mes sorties de ce mois-ci. Essentiellement de la traduction.

La nouveauté, c'est le comics book Silent Hill : Rédeption, chez un nouvel éditeur, Mana Books.

L'évènement, c'est le Supergods de Grant Morrison, qui sort enfin dans la collection Fantask. J'ai rendu la trad y a quoi ? Deux ans ? Je ne sais pas ce qui les a retenu comme ça.

Après, chez Urban, vous pourrez trouver dans les bacs les tome 2 de New Gotham et d'Injection (petite série bien sympa qui fait la synthèse des fixettes de Warren Ellis) et le tome 1 de Flash Rebirth.

Et sinon, j'ai commis quelques papiers dans Geek le Mag. Donc un gros dossier sur Thor Ragnarok qui déferle bientôt sur nos écrans, avec notamment l'interview d'un des concepts artists du film. Un vieux copain avec lequel j'avais justement bossé jadis sur un comic book, mais aussi… sur le Ragnarok. La boucle est bouclée, donc !


mardi 12 septembre 2017

Exposure

J'en parlais l'autre jour, mais la MJC Les Terrasses, à Conflans Ste Honorine (c'est en haut de l'avenue du Pont, à la sortie de la RN, vous pouvez pas la louper) organise une exposition sur la bande dessinée. Et m'a demandé de la concevoir et de la mettre en œuvre.

Je fais l'accrochage aujourd'hui et demain, et je ne suis pas rassuré. C'est la première fois que je me lance dans un truc pareil. Histoire de bien me mettre la pression, ils l'ont intitulée "La Bande dessinée… selon Alex Nikolavitch", et je vous jure que ce n'est pas moi qui ai choisi ce titre.

Du coup, j'ai essayé de faire ça simplement : une salle avec une rétrospective de l'histoire de ce média, et une autre sur le processus de création. Ça n'a rien de complet ni d'exhaustif, ça se veut une introduction.

Et il y a un vernissage samedi 16 septembre à 17 heures. Si vous êtes dans le coin, vous êtes les bienvenus.

lundi 11 septembre 2017

Ceux qui vont rester vous saluent bien

Une discussion récente autour de The Leftovers, la série écrite par Damon Lindelof, m'a conduit à expliciter un ou deux trucs. Et comme ça prolonge une réflexion que j'avais entamée dans Apocalypses ! Une brève histoire de la fin des temps (encore une toute petite poignée d'exemplaires dispo chez un éditeur évoquant Méchoui 100.000 volts, profitez-en tant qu'il en reste), je me suis dit que j'allais remettre ça en forme et vous l'expliciter.

Ça faisait un certain temps que pas mal de gens me disaient le plus grand bien de The Leftovers. Ça m'embêtait déjà parce que c'est signé Damon Lindelof. Et déjà, ça me ferait mal que ce type-là fasse quelque chose de bien dans sa vie. De "pas pourri", pourquoi pas. Mais de bien, c'est comme imaginer qu'Eric Ciotti puisse un jour dire un truc intelligent, dire que c'est de la science fiction serait insulter gravement la science fiction. Mais pour les besoins de la démonstration, on laissera de côté le fait que le mec ait trempé dans Lost, Cowboys vs Aliens et Prometheus. (Lindelof, je veux dire. Ciotti n'a rien à voir avec Prometheus, il ne peut pas avoir tous les défauts non plus, cet homme-là)

Comme j'ai OCS et que la série est dispo dessus, j'ai testé. Bon, ce que j’ai vu de The Leftovers m’a emmerdé. Ce qui n'a aucune importance, en fait : plein de séries qui ont cartonné ont échoué à m'intéresser et à m'y accrocher : Friends, Lost, 24, Prison Break* et j'en passe, ce sont des trucs dont les gadgets narratifs et les ficelles me semblent surfaits, et dont les personnages me sont globalement antipathiques. Si c'était ça, mon problème avec The Leftovers, je n'en parlerais même pas, d'ailleurs.

Ce qui me gène, c'est quand même que le pitch du truc soit basé sur ce qu'on appelle en français "le ravissement", faute de mieux, et que les Américains appellent "Rapture". Il s'agit d'un dogme religieux selon lequel, en préambule de l'Apocalypse, les "justes" seront enlevés au ciel et n'auront pas à assister au déchaînement de la colère de Dieu. C'est une doctrine née dans les milieux "évangéliques" qui font tache d'huile depuis quelques années dans le monde, mais qui sont quand même essentiellement un phénomène américain : c'est la mouvance des télévangélistes, des "born again christians" et du "prosperity gospel", qu'on peut considérer en première approximation comme une forme dégénérée du calvinisme.

Alors, pour commencer, le "Rapture", ça n’a rien de biblique, c’est une interprétation complètement distordue d’un passage pas clair d’une épitre de Saint Paul, 1 Corinthiens 15:51 si vous voulez voir de quoi il s'agit, et à l'arrivée, c’est une interprétation très libre et hyper pas solide sur le plan doctrinal.

Après, me direz-vous à raison, les gens ont le droit de croire à ce qu'ils veulent et même de le mettre en scène dans des fictions. Et globalement, je suis d'accord. Mais il y a ici une histoire de contexte, qui mérite qu'on s'y arrête.

Pour nous Européens (bon, je sais que je suis lu aussi un peu aux US et au Canada, si j'en crois les stats du blog, mais le gros de vous autres, c'est du local, du Français ou du Belge), le Rapture est une croyance complètement exotique, qui n'a aucun équivalent dans le Christianisme traditionnel (Catholique, Orthodoxe ou Luthérien). Aux Etats-Unis, si c'était au départ une croyance marginale, elle semble avoir gagné pas mal de terrain et faire partie du paysage : même ceux qui n'y adhèrent pas savent ce que c'est.

Voir se répandre une croyance (même en apparence anodine) venant d'une frange extrémiste est toujours inquiétant. Les évangéliques US, c'est un peu l'équivalent chrétien des wahabites pour l'Islam, un truc qui se veut un retour aux sources, mais dérive sur une conception totalitaire de la religion. C'est de là que viennent les attaques sur l'enseignement des sciences, notamment, et toutes les théories d'Intelligent Design qu'on voit aussi se répandre dans la fiction**.

Par ailleurs, c'est une doctrine qui fait assez sens dans un pays qui fait beaucoup la guerre par procuration et au loin, et gère très mal les incidents sur son propre sol (je ne dis pas que la France les gère mieux, hein, c'est pas le débat du jour). Le Rapture, c'est l'assurance pour ceux qui appellent de leurs voeux l'Apocalypse (et la destruction des méchants qu'elle entraîne) (méchants dont la définition très large est encore un autre problème, disons que quelle que soit votre valeur éthique, il y a 98% de chances si vous me lisez que vous fassiez partie de cette engeance condamnée) (et les 2% restants constituent une marge d'erreur statistique inévitable) de ne pas avoir à l'assumer en la contemplant en face de trop près.

Du coup, voir une série télé grand public diffusée à l'international mais basée sur le Rapture, surtout par les temps qui courent aux US, ça me semble plus que malsain. C’est la version « grand public », vendable à l'international et moins conspirationniste de Left Behind, un truc bien perché qui a cartonné dans les milieux évangéliques sous forme d'abord de bouquins, puis d'une série de films à petit budget, puis d'un machin avec Nicolas Cage (et là, on se disait chouette, sa présence suffit à planter le truc pour de bon, mais visiblement ses pouvoirs top moumoute n'ont pas suffi).

C'est là que le fait que The Leftovers soit apparemment bien écrit qui me gène : Left Behind avait cartonné en son temps auprès d'un public acquis à son idéologie, mais demeurait globalement de la merde, c'était à ranger avec le rock chrétien et ces tentatives d'avoir l'air cool tout en vendant de la bondieuserie : ça ne marche qu'avec un public de niche, assez acquis aux idées pour pouvoir le consommer, mais pas trop, parce que sinon ce genre de divertissement est encore trop entaché des pratiques "du monde" pour être admissible chez un vrai, un pur, un beau.

Dans une logique de soft power, le succès de The Leftovers prouve qu'on a franchi une espèce de seuil.

Mais là, un peu d'histoire et de temps long. Le protestantisme, et particulièrement dans sa version calviniste, s'est constitué en réaction aux excès de l'église catholique de l'époque. Le retour à une "pureté originelle" s'est accompagné d'une volonté de dépouillement, cette fameuse austérité protestante devenue chez nous un cliché convoqué dès qu'un protestant arrive à un poste à responsabilités (rappelez-vous ce qu'on disait de Lionel Jospin). Ce côté iconoclaste (au sens religieux du terme) a induit avec le temps un déficit structurel en termes d'imagerie et de culture de l'image. Les protestants peuvent être iconiques (les Puritains font partie du folklore mondial), mais leurs dogmes ne le sont pas. Les liens entre protestantisme et capitalisme moderne (je vous renvoie à Max Weber) font par ailleurs que de nos jours, le télévangéliste de base est visuellement indiscernable du capitaine d'industrie : même costume-cravate sombre, même montre luxueuse, même coupe de cheveux ostensiblement chère. Le prosperity gospel, selon lequel Dieu récompense par la richesse, et qui fait donc du pauvre quelqu'un d'intrinsèquement inférieur sur le plan moral***, conduit aussi à cette convergence dans la mise en scène de la respectabilité.

Ça pose problème quand la civilisation devient une civilisation de l'image. Vouloir diffuser son message dans une civilisation de l'image implique de se créer une imagerie propre. Et c'est comme ça, par exemple, que dans les années 70 le film l'Exorciste, produit donc par Hollywood et donc des protestants et des juifs, emprunte une imagerie catholique pour mettre en scène le sacré. Ses exorcistes sont jésuites et portent le col romain, excellent moyens de les iconiser, de les montrer directement comme religieux. S'ils avaient été pasteurs évangéliques ou mormons, ils auraient porté un costume sombre, un cravate sombre et une chemise claire, et on aurait pu les confondre avec des représentants de commerce, et le film aurait été gâché.

C'est parce que cet imaginaire du sacré est encore inféodé à l'imagerie catholique que, dans les années 60, Anton LaVey dota son église de Satan de rituels en latin. Au moment même où l'église catholique lève officiellement le pied sur l'obsession envers Satan, ses pompes et l'Apocalypse. Comme ces obsessions demeurent le fond de commerce des évangéliques et des mouvances marginales du protestantisme américain (toutes les branches du millerisme, etc.), une église de Satan n'a pourtant de sens que dans un contexte américain. D'où paradoxe dans le paradoxe.

Du coup, faute d'imagerie propre, cette mouvance évangélique, pourtant très militante et très active politiquement, se retrouve dans une impasse. On l'a vu avec le lent grignotage des idées de droite, dans la guerre d'usure que mène Poutine, dans la diffusion des idées conspirationnistes aussi grâce à la fiction, le combat politique se mène d'abord dans l'arène culturelle.

Pour les évangéliques, ça change avec Left Behind qui, si naze soit la série au départ, trouve dans le Rapture un élément spécifique aux évangéliques qui est dramatisable, inconisable, exploitable. Un marqueur. Un moyen de faire du soft power. Peut-être que j'ai tout faux, peut-être que je me fais des idées, mais pour moi, The Leftovers, du coup, c'est un peu le même principe que ces séries TV arabes basées sur les Protocoles des Sages de Sion.



*Et par ailleurs, plein de gens de mon entourage détestent Preacher ou la deuxième saison de True Detective, et moi j'adore. C'est très bien, sur le fond, qu'il y en ait pour tous les goûts, et que Friends existe pour les adultes en carton qui sont incapables de se prendre en charge. Comment ça, je trolle ?

**J'avais écrit il y a quelques temps de ça un papier évoquant ce point précis.

***Vous pigez maintenant pourquoi je me méfie de la diffusion des idées des protestants évangéliques ? Vous voyez les dégâts ?

dimanche 10 septembre 2017

Mémoires de guerre

Le fiston a attaqué, en cours d'histoire, un module sur la "Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale". Et râlait que la prof était pas à la hauteur, puisqu'elle avait parlé assez rapidement de "Pétain, héros de Verdun", sans mettre en perspective ce souvenir héroïque qu'avait la population avec la réalité de l'action entreprise à Verdun par le bonhomme (et j'ai constaté avec plaisir qu'il avait retenu ce que j'avais pu expliquer à l'une de ses frangines sur les fusillés pour l'exemple et autres grandes victoires de la baderne malfaisante).

Et du coup, hier, à table, on a causé de ce problème d'une mémoire historique qui vient à se figer, qui n'est plus vivante, parce que soit ceux qui ont vécu les faits n'en parlent guère (ce qui était le cas des anciens poilus en 40), soit disparaissent les uns après les autres (les poilus ont disparu, mais il ne reste plus non plus des masses de résistants et de déportés, ce qui permet d'ailleurs à des négationnistes de tout poil de s'intituler "résistants" sans que personne ne moufte plus).

Et je me suis aperçu que, du coup, moi qui suis né un gros quart de siècle après la fin de la guerre, je me retrouvais dépositaire de quelques bribes de mémoire qui m'avaient été confiés par des témoins directs. Et que, quelque part, c'était l'occasion d'en discuter.

Comme pas mal de gens de ma génération, j'ai été exposé aux souvenirs de mes grands parents, qui ne causaient pas beaucoup de la période, mais qui revenaient parfois dessus, à table généralement, pour expliquer (c'était surtout ma grand-mère qui en causait) que les topinambours et les rutabagas, c'était niet. Ils n'avaient quasiment mangé que ça sous l'Occupation, et du coup en avaient soupé pour le restant de leurs jours. Il a fallu que j'atteigne l'âge de 30 ans pour manger des topinambours et des rutabagas, du coup, le trauma étant dissipé avec la disparition progressive des gens qui avaient vécu la période, et ces légumes refaisant leur apparition ici et là.

De façon plus sérieuse, un de mes grands oncles m'avait parlé à mots couverts du STO. Il m'aidait à réviser mon allemand pendant les vacances, et l'avait appris à la dure dans ce cadre.

(là, je parle bien sûr de ma famille maternelle. mon grand-père paternel était résistant dans les Balkans, mais il en est mort, et n'a donc jamais pu me confier le moindre souvenir, et vu que je n'ai jamais vraiment parlé sa langue, j'aurais été de toute façon bien en peine de les recueillir).

Plus récemment, alors que je travaillais sur un album de BD consacré à la période, La Dernière Cigarette, je m'étais trouvé confronté au problème de décrire la libération des Camps par l'Armée Rouge en 45. On m'avait présenté un ancien déporté (le père d'une amie), qui avait vécu l'événement de l'intérieur, et qui acceptait de m'en parler.

Je lui explique mon problème, il me regarde froidement et me répond : "Libération des Camps ? Déjà, je vous arrête tout de suite. Vous n'employez pas les bons mots. Ce n'est pas comme ça que ça s'est passé."

Se sont ensuivies deux heures passionnantes, qui m'ont permis d'écrire la scène (oui, cette scène sur laquelle je coinçais ne représentait que deux ou trois pages de l'album, mais deux ou trois pages que je savais cruciales), en la réinterprétant à ma manière, bien sûr (puisque le narrateur était de l'autre côté du grillage), mais en espérant coller au plus près à la réalité de la chose.

Mon dernier témoin était un vieux toubib à qui je rendais de menus services (lui apprendre à se servir d'une boite mail, etc.) et qui à un moment a voulu savoir ce que j'écrivais. Je lui ai passé La Dernière Cigarette, et quand il me l'a rendu, il m'a dit : "j'ai quelque chose à vous montrer, parce que vous, je crois que vous saurez comprendre". Alors, il faut que je précise une chose : ce vieux médecin était la crème des hommes, quelqu'un dont toute l'attitude en toutes circonstances respirait une profonde bonté. Je ne l'ai entendu qu'une fois parler sur le coup de la colère (une colère contenue, et il avait l'excuse d'être mourant) et une fois dire quelque chose qui aurait pu passer pour méchant (une remarque en passant sur une vague connaissance commune, qui ne semblait méchante que parce qu'elle tapait très juste). Le reste du temps, il était d'une dignité et d'une gentillesse à toute épreuve. Et d'une profonde discrétion, hormis avec les gens qu'il connaissait bien.

Là, il parti chercher une boite dont il tira un cliché en noir et blanc, corné, représentant un jeune homme de l'âge de mon fils, assis sur une pierre au milieu de buissons desséchés. Sur les genoux, il tenait un fusil, et il portait des cartouchières et une besace.

"C'est moi. Dans le Vercors."

Il m'a laissé la regarder, puis l'a rangée sans rien ajouter de plus. Et en effet, cette image changeait la compréhension que j'avais de cette homme, de son attitude face à la vie et aux malheurs qui l'avaient frappé par ailleurs.

Du coup, puisqu'on parlait de cette mémoire directe qui disparaissait, je l'ai transmise à mon tour au fiston (sauf le coup des topinambours, vu que je radote sur le truc à chaque fois qu'on en mange). Bribes de ce qui m'avait déjà été transmis par bribes, mais bribes dans lesquelles subsistait, je l'espère, une étincelle de vie.

mardi 5 septembre 2017

Voyages, voyages

Ça fait 40 piges que Voyager 2 a été lancé, et ce gros bazar continue de temps en temps à nous envoyer de ses nouvelles., tout comme son grand frère Voyager 1 lancé quelques jours auparavant.

Dans l'intervalle, ces sondes, parmi les objets les plus rapides lancés par l'homme, ont parcouru respectivement quelque chose comme 17 et presque 21 milliards de kilomètres. C'est colossal. Et comptez à la louche une heure de route par milliard de kilomètre pour que leurs signaux nous parviennent.

Et là, sortons les calculettes, pour une fois. En quarante années de vol, ces sondes n'ont même pas parcouru un jour-lumière, à la vitesse de 17 kilomètres par seconde (en fait, 15 pour Voyager 2, qui a pris le chemin des écoliers), ce qui nous fait un Paris-Strasbourg en approximativement une demi-minute (le TGV est petit joueur en comparaison) et on ne s'approche même pas de 1% de la vitesse de la lumière.

Ce qui signifie qu'à cette vitesse pourtant considérable, il faudrait entre 75 et 80.000 ans à un engin de cette catégorie pour rejoindre l'étoile la plus proche.

Voilà à quel point l'univers est grand.

Méditez là-dessus.




vendredi 1 septembre 2017

September songs and energy crackles

Ah, déjà septembre.

Il est peut-être temps de vous mettre au jus de mes prochaines activités publiques. Parce que l'automne va être trépidante.

Du 14 au 27 septembre, la MJC les Terrasses, à Conflans Ste Honorine (78), présentera une expo que je me trouve avoir conçue à propos de l'histoire de la BD, et de comment on la fait.

Le samedi 7 octobre, une journée d'animation autour de la BD et des comics à la médiathèque Visages du Monde, place du Nautilus à Cergy (95).

Le dimanche 8 octobre, je dois participer à une table ronde à Octogônes, à Lyon.

Jeudi 12 octobre 2017 de 19h30 à 21h30 à la Sorbonne, je participerai au colloque Jack Kirby, l'éternel combattant, avec Jean Depelley (auteur de la bio de référence du King des comics), Mickaël Géreaume et Alain Delaplace, organisateurs de l'album hommage Kirby & Me.

Dimanche 22 octobre 2017, je viendrai signer mes bouquins à Galactic Days, Complexe sportif des Hauts d'Auxerre, Boulevard de Verdun à Auxerre (89) et donner une conférence sur rien moins que le voyage interstellaire.

jeudi 31 août 2017

HPL 2018

Bon, il en a été question ici ou là depuis le début de l'année, mais je peux en parler désormais plus en détail. Mon prochaine album de BD sera une biographie de H.P. Lovecraft. J'en assure le scénario, avec au dessins Gervasio et Carlos Aon, deux dessinateurs argentins qui ont fait du super boulot. Ce sera publié en février prochain chez 21g, dans la collection Destins d'Histoire (j'ai deux autres projets chez eux, un qui devrait sortir en juin prochain et un autre un peu plus tard, à propos d'autres icônes de la culture du XXe siècle, et mon vieux camarade Laurent Queyssi leur prépare un Philip K. Dick.

Et, bien entendu, l'album devrait être en avant-première à Angoulème.



mercredi 30 août 2017

Déesse 19 quater (je crois)

Toujours sur ces histoires de mythes féminins, ça vaut peut-être le coup aussi de revenir sur les structurations du bidule.

Tout était parti des discussions autour de Campbell et de la valeur essentiellement masculine de son "monomythe". Appliquer le monomythe campbellien à un personnage, c'est le faire passer à l'âge d'homme. Grosso modo et en simplifiant.

Quand on regarde les représentations de la déesse triple, on a souvent une vision cyclique de la femme : la jeune fille, la mère puis la vieille sage femme regroupées en un tout unique et cohérent. Les mécaniques de ce type appliquées au genre masculin sont par contre binaires : on a le jeune homme et le vieux sage, mais l'homme fait se retrouve seul. C'est la mécanique, en termes campbelliens, de la perte du mentor qui est un des jalons du passage à l'âge adulte. Chez la femme, la solitude ne fait pas partie de l'équation, chacun des rôles se définit dans son rapport avec les deux autres.

Alors, il y a des triades féminines dans lesquels cet aspect n'est pas si évident, par exemple celle des guerrières irlandaises Morrigane, Macha et Bodb (ou Nemain) dans lesquelles la classification en âge n'est pas claire (même si une histoire concernant une Macha, celle de sa course et de la malédiction jetée ensuite sur les Ulates implique clairement la maternité) mais pas complètement absente.

Dans d'autres cas, comme la triade du jugement de Pâris, même si la représentation classique ne donne pas d'âge aux personnages, les déesses Athéna, Aphrodite et Héra, on a une vierge, une femme voluptueuse et une tatie Danielle acariâtre, donc une structuration de ce type qui se superpose à la structure dumézilienne d'une déesse de la guerre, d'une déesse de la fertilité et d'une déesse souvernaine. (notons que, comme dans la triade irlandaise, le classement par "âge symbolique" donne les deux premières en allitération et pas la troisième, et j'ignore si ça pourrait avoir un sens*)

La déesse triple est souvent associée à la Lune, avec son système de phases cyclique (et la corrélation d'icelui avec les cycles féminins). Je me plains souvent que des tas de pans de mythologie passionnants aient sauté, mais tout ce qui concerne Hécate semble ne nous être arrivé que façon puzzle (et écrasé par la présence envahissante et tardive d'Artémis), et les pièces restantes ont probablement été noircies par l'assimilations aux rituels noirs (il est arrivé la même chose au czernobog slave)(l'absence de majuscule est intentionnelle). Les phases de la Lune (croissante, pleine lune, décroissante) rapprochée des âges. Mais il existe un certain nombre de cultures où c'est le Soleil qui est féminin et la Lune masculine (les langues germaniques en ont gardé trace) et il semble bien qu'à l'âge du bronze, elles étaient même majoritaires. Le premier système connu où apparaisse la répartition Lune/F-Soleil/M nous vient d'un peuple assez oublié, les Urartéens. Dont je ne sais pas grand-chose de plus à ce stade (là, il existe quand même de la doc. j'ai juste pas creusé à fond). Pourquoi le principe lunaire féminin a-t-il pris l'ascendant au point de nous sembler à présent complètement naturel ? Je n'en sais rien. Ça aussi, c'est à creuser.

Voilà, c'étaient encore quelques notations en vrac, des idées que je compile, balance et qu'il faudra que je continue de creuser.



*On a une triade allitérante si l'on regroupe les dieux grecs d'origine orientale, et on retombe sur une triade astrale de type babylonien, avec Artémis (Lune), Aphrodite (Vénus) et Apollon (Soleil). un jour je vous ferai un top détaillé sur les théories à ce sujet. D'autant que dans les triades sémitiques, la Lune est masculine. Le Veau d'Or, par exemple, en est une représentation.

mardi 29 août 2017

Swagnarok

Je viens de boucler un dossier Thor : Ragnarok pour un magazine, et comme j'ai largement débordé de la place qui m'était impartie (d'autant qu'il y avait une grosse interview d'un des concepts artists du film, interview copinage pur, quand vous verrez de qui il s'agit), et j'ai du sortir les ciseaux et ratiboiser à mort. Ce que je poste ici n'est donc pas vraiment un article, juste un encadré accompagnant d'autres trucs (sur la définition du Ragnarok, sur la déesse Hela et sur les films de gladiateurs)

Résultat, y a tout un bout de truc que j'ai fait sauter d'un bloc (on peut réduire un texte trop long en chassant l'adverbe et la virgule, mais y a toujours un moment où il faut être un peu plus hardcore) et comme je dis toujours que c'est pas bien de jeter, je me suis dit que j'allais vous en faire profiter. Parce que c'est trop la classe de jouer les journalistes maintenant que c'est devenu une profession encore plus méprisée que traducteur.



Au fait, y en a eu combien, des Ragnaroks chez Marvel ?
Ragnarok, c’est un peu comme les immortels chez notre High-Lambert national, il ne peut en rester qu’un. Sauf qu’une fois que c’est fait, c’est fini. Et qu’il faut trouver des solutions pour relancer la machine.

Au départ, Jack Kirby, créateur du comic book The Mighty Thor, voulait finir la série par un Ragnarok et la redémarrer sous un autre titre avec de nouveaux dieux (c’est ce qu’il fera l’année suivante chez DC, d’ailleurs, avec New Gods). Mais Stan Lee, son scénariste, s’y oppose violemment, parce qu’il ne veut pas sacrifier des personnages qui marchent bien, et ce sera la goutte d’eau qui met le feu à Asgard. Hormis un récit de deuxième partie qui raconte Ragnarok dans les Tales of Asgard, la série continue avec de nouveaux dessinateurs.

Roy Thomas, qui devient rédacteur en chef à la place de Stan Lee peu après, reprend l’idée. Sans les « nouveaux dieux » derrière. Son Ragnarok a lui est prétexte à une saga racontant une conflagration précédente, avec une génération antérieure de Thors et d’Odins. Les dieux étant des projections d’invariants universels, leurs aventures se réitèrent à chaque fois en un cycle sans fin, ce qui permet éventuellement à Marvel d’inventer de nouvelles versions du personnage.

Walt Simonson, qui réinvente la série quelques années plus tard, nous donne à voir des versions alternatives de Thor (dont une grenouille de deux mètres avec un marteau) et un superbe Ragnarok avorté avec un énorme démon du feu, Surtur (que visiblement on verra dans le film).

Depuis, après plusieurs remplacements du personnage principal, Thor a connu un ragnarok presque définitif il y a une dizaine d’années, juste avant la série Civil War. Et il a failli être le bon. Thor a disparu des pages de nos illustrés préférés pendant quelques années. Mais c’était sans compter avec J.M. Starczynski et Olivier Coipel qui sont parvenus à le réincarner, et tout son panthéon avec, y compris un Loki qui deviendra vite très troublant (c’est l’occasion de signaler qu’en vrai, dans les mythes nordiques, Loki est vachement moins séduisant que quand il a la tête de Tom Hiddleston). Depuis, Fear Itself, Siege et les autres catastrophes qui se sont abattues sur Asgard avaient toutes un parfum de Ragnarok sans en être vraiment et le pouvoir de Thor a à nouveau changé d’hôte humain. Combien de temps avant que Marvel ne redistribue les cartes, à présent ? Car qu’est-ce qu’un bon super-héros sans une bonne fin du monde, après tout ?

lundi 28 août 2017

Come as I am (ou : Conan as you are)

Vous vous souvenez sans doute de l'histoire de ce jeune homme qui, après le suicide de Kurt Cobain au fusil de chasse, avait voulu imiter son idole, s'était loupé et avait fini avec une tronche façon puzzle. Les lecteurs de comics en connaissent un avatar, puisque Garth Ennis et Steve Dillon s'en étaient inspirés pour créer le personnage de Arseface (Tronchedecul, dans la vieille VF, et je sais pas ce que c'est maintenant)(Nénesse, si t'es dans le coin…). Arseface finit d'ailleurs par devenir une rockstar à son tour, et par générer ses propres fans extrêmes et tout un tas de polémiques.

Le personnage a un avatar télévisuel depuis l'an passé, joué par Ian Coletti. Mais il est décorrélé de Cobain et, globalement, du rock, et donc il ne nous intéressera pas ici.



On peut mettre ce genre de réactions un peu extrêmes sur le compte de l'éthos rock n'roll qui a toujours été un peu propice à ça. Je ne sais pas s'il y a une stat des rockers morts suicidés, overdosés, étouffés dans leur propre vomi ou qui se foutent le feu avec leur propre clope parce qu'ils sont bourrés, mais je parie que c'est largement plus qu'un échantillon témoin pris dans la population générale. L'hystérie du fan qui se tire une balle quand un zicos le fait, c'est pour les fans de rockstars, par pour ceux de philosophes, de peintres ou de physiciens des particules. Et puis c'est, je crois, un phénomène un peu moderne.

Mais… Et si ça n'avait pas été le cas ? Et si s'immoler en hommage à ses idoles était un phénomène un tout petit peu plus ancien, et littéraire ?

Et là, j'ai la vision d'un "Arseface" fan de Conan le Barbare et de Solomon Kane qui se serait tiré un coup de pétoire à la mort de Robert E. Howard. Serait-il devenu, au début des années 40, la nouvelle star des Pulps ?

dimanche 27 août 2017

Po-pôle

J'ai déjà parlé ici même de certaines caractéristiques géographiques persistantes de mes rêves. Certains lieux imaginaires reviennent souvent, et d'autres qui ne sont que des assemblages baroques et des variations de plusieurs lieux réels reviennent toujours dans la même configuration. Il y a un Paris de mon monde intérieur qui a des propres quartiers, qui ressemblent un peu aux vrais tout en ayant leurs propres caractéristiques (les canaux de Saint Michel, par exemple, sans contrepartie à l'état de veille, ou celle île surélevée pas loin du Champ de Mars devant laquelle je passe souvent (mais sans remettre les pieds dans le restaurant depuis un incident absurde*). Il y a des vallées de montagne qui sont toujours les mêmes, un petit bout de côte mixant des morceaux de Bretagne et de Croatie toujours dans le même ordre. Un quartier de New York complètement défini, et complètement imaginaire.

Et puis, il y a le Pôle Sud. Jamais le Pôle Nord, mais de temps en temps le Pôle Sud.

C'est toujours un lieu géographique qui m'a fasciné, le Pôle Sud. Depuis bien avant The Thing et ma lecture des Montagnes Hallucinées. Et donc, des fois, je rêve du Pôle Sud. Et j'ai bien dans l'idée que le Pôle Sud de mon monde onirique est très différent de celui qui est porté sur la carte.

Oh, il a ses ressemblances. C'est couvert d'une neige épaisse, déjà, très dure, tassée. Et il y a bien un décalage entre le Pôle Sud géographique et le poteau qu'on montre au touristes. En cela, ma cervelle et son activité nocturne sont raccord avec ce qui existe vraiment. Après, la configuration des lieux autour du poteau, telle que je la vois, avec cette légère descente du couloir taillé dans la glace et cette salle circulaire en sous-sol, je ne sais pas si ça a une contrepartie dans le monde réel. Mais c'est crédible. Et c'est un passage obligé pour passer à la suite, il y a un autre couloir de l'autre côté qui mène au vrai pôle.

C'est tout le reste qui est complètement foutraque. Au lieu de baraquements sommaires, de gros immeubles façon stations de ski des alpes. Et sur l'emplacement géographique, une fosse cylindrique, verticale, large de plusieurs dizaines de mètres et profonde de peut-être une centaine, avec au fond du truc une espèce de laboratoire avec plein d'appareils de détection, de mesure, de trucs et de machins. Je ne sais pas ce qu'on y fait exactement. Mais ça a l'air important, parce que chaque fois que je rêve de cet endroit, il y a des histoires louches, genre espionnage, genre paranoïa, genre poursuites. Et en général, je me demande vraiment ce que je fous là, pourquoi je suis mêlé à tout ça.

Pourquoi je cours ? Pourquoi je dévale ces escalators menant aux profondeurs d'un souterrain taillé à même la glace ? Pourquoi est-ce qu'ils me courent après ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?










*incident qui m'a donné l'occasion de créer un personnage que j'ai réutilisé depuis. non pas Cruella Gault&Millaud, mais le très smart Alexis-Nicolas de la Vitche, qui sévit à l'occasion dans certaine gazette stellaire.

mercredi 23 août 2017

Nouvelle formule

ah, voilà une info que j'avais pris au vol à la radio, mais sans en avoir tous les morceaux, et que j'ai pu creuser via la presse écrite.

Des patients se plaignent de soucis avec la nouvelle formule d'un produit qui s'appelle Levothyrox, et une partie du corps médical pige pas, sachant que seuls les excipients (les produits qu'on ajoute au principe actif pour pouvoir en faire un comprimé) ont changé.

Moi, de mon côté, je suis pas totalement surpris du truc.

Alors, quelques explications, qui valent ce qu'elles valent, parce que ça fait quand même un paquet d'années maintenant que je n'ai plus enfilé la blouse blanche.

Le Levothyrox, c'est un médicament conçu pour compenser des problèmes de production de l'hormone thyroïdienne, qui commande plein plein de trucs dans le métabolisme*. Autant dire que c'est puissant. Et c'est bien pour ça que c'est dosé à minima. le "µg" ça signifie "microgramme",  donc dans un comprimé à 75 µg, le plus usuel vous avez 0,075 milligrammes, ou 0,000075 grammes, si je ne me goure pas d'un zéro.

Il y a quelques années, quand a été introduit un générique du Levothyrox, il a eu des plaintes de patients auprès des soignants. Dans la pharmacie où je bossais (je sais pas dans les autres), on les a prises très au sérieux, et on a vite arrêté de délivrer le générique. Ça doit être le seul générique qu'on refusait de donner, d'ailleurs. Voilà pourquoi :

Un générique, c'est le même produit chez un autre fabriquant (et parfois chez le même fabriquant, pour des raisons commerciales). Ce qui importe, c'est le principe actif (que les pros appelleront "molécule", ou "DCI", ou tout autre jargonnerie). Si Clamoxyl est une gélule à 500mg, vous pouvez vendre à la place n'importe qu'elle autre gélule à 500mg d'amoxicilline. Qu'importe si la paroi de la gélule est en gélatine ou en cellulose, ou si la bourre de la gélule est en lactose ou en carbonate de calcium (sauf si vous êtes intolérant au lactose, et la notice mentionne à part les produits de ce genre qui peuvent poser problème, ce qui vous permet de demander une autre amoxicilline au même dosage). Le changement d'excipient, grosso modo, il change pas grand-chose. Si vous êtes un peu intolérant au lactose, au pire, sur les 500 mg de produit, votre intestin en refusera d'en absorber quelques milligrammes. Même si c'est 50mg qui repassent direct dans les chiottes, c'est pas très grave, ça ne nuira globalement pas à l'efficacité du produit. Pareil pour le Doliprane 1000mg que vous pouvez remplacer par un paracétamol 1g, et ainsi de suite**.

Là où ça change tout avec le Levothyrox, c'est qu'avec des dosages exprimés en microgrammes, et qu'on fait évoluer par tranche de 25 microgrammes (si ça n'a pas bougé depuis mon époque, le produit est dispo en 25, 50, 75, 100, 125, 150 et 200 µg, de mémoire) et qu'il est puissant, ça veut dire que la moindre différence dans l'absorption du truc au niveau intestinal, même si elle n'est que de 10 ou 20µg (ce qui est, je le répète, une quantité minuscule) va conduite à surdoser ou sous-doser le produit par rapport à ce qui était prévu, et surtout par rapport aux habitudes de dosage prises. Vu la puissance du produit, c'est vite la cata. Des gens un peu fragile peuvent le ressentir très fortement. Ce qui fait que tout changement de formule du bazar, même sans changer la teneur en principe actif, peut avoir des conséquences.

Mais comme le dosage est exactement le même, et que l'excipient est réputé globalement inerte, la plupart des gens concernés dans le corps médical n'arrivent pas à comprendre le problème. Qui, si la sécu ou les médecins avaient fait remonter correctement les infos il y a quelques années, au moment de la sortie du générique, aurait déjà été identifié depuis longtemps.








* c'est pour ça qu'il est d'ailleurs souvent détourné de son usage dans le cadre de régimes amaigrissants. j'ai même eu jadis entre les pattes une ordonnance d'un nutritionniste vedette auteur de best sellers à base de régimes miracles qui en prescrivait, c'est dire à quel point il croyait lui-même en ses propres salades (et cerise sur le gâteau, c'était accompagné d'un diurétique, ce qui signifie qu'il était deux fois dans l'illégalité en deux lignes, le mec)(ce salopard n'est plus toubib, d'ailleurs, il a été radié pour d'autres raisons). alors oui, c'est très efficace, mais je déconseille vivement de s'en servir pour ça, vu le bordel que ça fout à tous les niveaux. Une erreur de dosage dans une préparation amaigrissante à base de thyroïde, il y a quelques années, avait tué quelqu'un.

** après, la forme galénique peut avoir son importance : une gélule ne fond pas à la même vitesse qu'un comprimé, et c'est pas une bonne idée de filer des gélules au même dosage à quelqu'un qui prend son traitement par demi-comprimés, par exemple.

Trump card

Même si je n'avais pas un accès très ouvert aux infos du fond de ma cambrousse (le journal de TF1 ne compte pas, et I-Télé… pardon, Bollo-truc-pour-vieux non plus. Et BFM (je crois que c'était sur BFM) où un débile parlait de "l'impossibilité d'empêcher le risque zéro", n'en parlons même pas.) j'ai quand même tenté de suivre les évènements du monde, ne serait-ce que de loin. Donc, le drame de Barcelone mais surtout cette crise internationale qu'on nous a vendu comme la guerre nucléaire à venir, la crise des missiles de Cuba de notre temps.

Revoyons les faits : King Jong Trois a sorti une grosse rodomontade, ça lui a encore pris comme une envie de pisser. Mais les derniers essais balistiques de la Corée du Nord semblent démontrer qu'il a désormais, à peu près, les capacités de suivre ses provocations par des actes. Pour peu que ses missiles parviennent à échapper aux contremesures modernes, ceci dit. Et je suis le premier à admettre que c'est inquiétant.

Mais contrairement aux autres fois, où ce genre de situation se sont réglées dans des arrières cuisines par des concessions, et où les chefs d'états concernés ont joué la carte du sérieux et de la dignité, il est tombé sur un client différent. Parce qu'en termes de grosses rodomontades débiles, Donald Is the New Black a trouvé le moyen de surenchérir.

Et le plus beau, c'est que King Jong semble s'être déculotté aussi sec (enfin bon, non, ça a pris quelques jours quand même).

Alors je sais qu'il y a de bonnes chance que l'embargo chinois décrété en cours de route ait joué.

Mais vu d'ici, ça ressemblait beaucoup à une situation du genre "le sale gosse pourri tombe sur un sale gosse encore plus irresponsable que lui et ça lui coupe la chique". En d'autres termes, les grosses gesticulations merdiques de Donald "tremendous" ont calmé le jeu et évité la guerre. Et une telle notion est quand même à se faire sous soi, et ne préjuge rien de bon pour la suite.

mardi 22 août 2017

22, v'là les livres

Tiens, le 22 août, c'est le "Ray's Day", hommage à Ray Bradbury, dont c'est l'anniversaire de la disparition, et que de bonnes âmes ont décidé de consacrer à la lecturen ce qui est une bonne idée : Fahrenheit 451 nous semblait farfelu, mais dernièrement, en Californie, des fachos ont tenté d'organiser un autodafé, et la censure du livre se fait plus insidieuse par ailleurs.

Et l'idée, c'est la gratuité de la lecture. Donc je me suis dit que j'allais mettre une nouvelle en ligne. Ce n'est pas un inédit (mais j'en ai quelques uns dans mes tiroirs, peut-être que je les mettrai aussi en ligne à l'avenir, si vous êtes assez nombreux à les demander), ni une nouveauté (il date d'une petite quinzaine d'années) et il est court (sur un blog, c'est quand même plus pratique). Voilà voilà, Happy Ray's Day à tous !



Réveil
Alex Nikolavitch
Première publication dans Fantask 1, éditions Semic

J’essaie de bouger.

Pas évident. Les articulations ont du mal à se dé-gripper. Il me faut attendre un peu, que je me réchauffe. Chaque réveil est pire que le précédent. Je suis froid. Il fait trop froid. Et mes circuits ont besoin de plus en plus de temps pour chauffer. Cette sensation doit ressembler à ce que les humains appellent “avoir la tête dans le cul le matin”. Je n’ai jamais compris l’image, mais j’en viens à comprendre l’idée.

Un peu tard, peut-être.

Un peu d’énergie me revient, le temps que les câblages la transmettent à puissance nominale. Il n’ont pas été prévus pour fonctionner dans ces conditions.

L’horloge m’indique un chiffre aberrant. D’après elle, j’ai dormi trois siècles. Ridicule. Le froid a dû avoir raison de ce délicat cristal qui est son âme. Trois siècles. Insensé. Les secours ne devraient plus tarder, de toute façon. Au moins pour compter les morts.

Je me relève péniblement. Les ordinateurs de la station ne démarrent plus. Pourtant le générateur était en parfait état la dernière fois que je l’ai vérifié. Un de ces micro-piles nucléaires destinées à durer des années. Le froid a sans doute soudé un relais électro-mécanique. Le pire hiver qu’on ait subi dans le secteur. La fenêtre me montre une étendue gelée sous un ciel uniformément plombé. Du jamais vu dans cette portion de désert. Peut-être une conséquence paradoxale du réchauffement climatique, qui sait ? Si l’ordinateur marchait, je lancerais une requête sur le réseau pour avoir des informations à ce propos.

Mes circuits sont complètement chauds, à présent. A part un parasitage sur l’oculaire gauche, tout fonctionne correctement.

Je sors.

Mes pieds métalliques s’enfoncent dans la neige. J’inspecte le corps de bâtiment. Cette lézarde n’étais pas là, la dernière fois. L’accident a dû causer des dommages structurels aux fondations pour que le bâtiment se détériore si vite.

Un lichen mutant pousse sur certains murs. Conséquence de la radio-activité, sans doute. Elle a pourtant beaucoup baissé depuis mon précédent réveil.

Je pousse jusqu’aux silos. Le cratère est toujours là, disparaissant à demi sous une épaisse couche de neige. C’est ici que l’accident a eu lieu. Une explosion nucléaire imprévue, un de nos missiles qui a dû avoir une mal-fonction. Mes collègues humains ont été tués sur le coup. Ils s’inquiétaient depuis plusieurs semaines déjà. Mais pas pour des raisons techniques. ils auraient dû, pourtant.

Non, ils ne discutaient que de tension internationale, des sujets que je ne comprenais pas. De la fédération est-asiatique. Des colères d’un président. Des provocations en Afrique. J’ai été créé pour entretenir le système informatique de la base, pas pour comprendre ces passions humaines. Mes collègues se disaient en première ligne. Ils étaient un objectif prioritaire. J’ignore pour qui, et à quel propos.

Et puis l’accident a tout remis en cause. Mes collègues attendaient un ordre du président d’un instant à l’autre. Et les silos ont explosé. J’ai essayé de comprendre ce qui s’était passé. La seule trace qui reste, c’est un message d’alerte transmis par un satellite d’observation, message coupé en cours de route. Quand les secours arriveront, ils me donneront plus d’éléments pour comprendre. La procédure est comme ça : en cas d’accident, je suis là pour témoigner, rapporter les faits. C’est à présent ma mission : maintenir la base en état jusqu’à ce que les secours arrivent. Et me souvenir de tout.

Je remets mes circuits en veille pour économiser l’énergie. Le système devrait me réveiller dans trois jours, à moins que l’horloge ne fasse à nouveau des siennes.

Sauf si les secours me ré-activent avant, bien sûr.

Ils ne devraient plus tarder, maintenant.


lundi 21 août 2017

Reading a la playa, oh-oho-oh oh

Bon, c'était la saison, et j'en ai profité pour partir un peu à la cambrousse me reposer. Ce qui signifie globalement qu'au lieu de bosser sur des articles, des interviews ou des traductions, j'ai avancé tranquillement sur mon prochain bouquin. Et que je me suis empiffré de bonnes choses solides et liquides, que je suis allé un peu apprendre à la petite des techniques ninja pour les châteaux de sable, et et que j'ai rattrapé du retard de lecture.

J'ai lu deux Disque Monde que je n'avais pas encore lus (il en reste quelques uns), j'ai relu American Gods dans la foulée de mon visionnage de la série télé (pour découvrir qu'elle s'écartait en fait assez vite du bouquin, plus que dans mon souvenir) et cette relecture s'est faire en VO et dans l'édition augmentée des dix ans (je me fous encore des baffes pour le coup de Wednesday dans l'île de Peter, mais d'un autre côté, je ne vois pas comment j'aurais pu actualiser Wendy sans en passer par là)(oui, dans la VF d'American Gods, pour des raisons tout à fait solides, Wednesday ne s'appelle pas Wednesday, et donc je me suis vautré dans une idée déjà exploitée, même si c'était très différemment, par Gaiman).

J'ai aussi chopé à l'aller, à la librairie Payot de la Gare Montparnasse (j'avais eu peur en voyant que leur rayon essais, où ils avaient des caisses de Champs Flammarion, avait été remplacé par un rayon sandwiches, mais en fait même s'ils ont réduit et déplacé l'étagère Champs, elle demeure assez bien fournie) un chouette bouquin d'Alessandro Barbero (celui du Jour des Barbares, bouquin que je recommande à tous les cuistres qui comparent la crise actuelle des réfugiés à la fin de l'empire romain : il y a effectivement des points de comparaison très nets, la crise qui déboucha sur la bataille d'Andrinople démontre que les CRS et la maire de Calais refont exactement les mêmes saloperies que les fonctionnaires romains de l'époque, à part peut-être la vente de ragoût de chien, et que si les responsables impériaux avaient fait preuve d'un poil d'humanité, la face du monde en raurait peut-être été changée) (c'est juste moi, ou je recommence avec mes orgies de parenthèses ?). Donc, j'ai pu lire dans le train Le Marchand qui voulait gouverner Florence, un recueil de six textes contextualisant six personnages historiques du moyen-âge, via les paroles et les écrits qu'ils ont laissés. Très pointu, mais d'une écriture très accessible, le bouquin a parfois des fulgurances ironiques à la Umberto Eco (qui est d'ailleurs directement cité à un moment). Je recommande assez vivement.

Bouquin en cours, par contre (il faut prendre le temps de le digérer tranquillement), le SPQR de Mary Beard, qui m'avait été vivement recommandé par plusieurs personnes, et qui est effectivement très bon. Ce n'est pas, contrairement à ce qu'on pourrait croire, un bouquin sur l'histoire de Rome. Il traite, en fait, de la façon dont Rome se voyait. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Et c'est passionnant. Et très vivant, aussi, un peu à la manière du Barbero. Bon, et à propos, je rappelle à tout hasard que "Quousque tandem abutere, Catiline" ne signifie pas "Catherine, aboule un couscous pour deux".

Voilà voilà !

mercredi 9 août 2017

Sourcier

Ça n'a pas traîné, hein ? Quelques jours à rebosser sur mon prochain bouquin, et me voilà reparti en mode gravement obsessionnel.



J'en suis à corriger une séquence parce que j'ai découvert que non seulement, l'endroit où je situais une scène était plus boisé à l'époque que je ne le dis, mais ne présente pas la géologie que je sous-entends (ce qui est génial, c'est que comme je n'utilise que les noms de bled d'époque, 95%, voire 98% des lecteurs ne repéreront pas ce genre de trucs).

Autre truc rigolo, aller chercher les chroniques les plus proches de l'époque, même si elles sont succinctes, même si elles sont lacunaires, pour essayer d'étoffer la chronologie de mon récit. Et m'apercevoir que les braves moines qui les compilaient n'avaient qu'une idée très vague de ce qu'était une date précise ni à partir de quoi la calculer. Du coup, à force de m'arracher les cheveux en croyant que j'étais à côté de la plaque depuis le départ, je me suis aperçu que ces braves moines se plantaient systématiquement de 13 à 18 ans dans TOUTES leurs dates (ce qui est encore pire que leur quasi contemporain Denys le Petit, qui ne s'est planté que de 5 à 7 ans : si vous ne connaissez pas son histoire, sachez juste que c'est par sa faute si Jésus Christ est né entre -5 et -7 avant Jésus Christ) (relisez bien la phrase qui précède, et sachez que dans l'histoire, ce n'est pas moi qui déconne).

Un truc sympa, aussi, c'est que la toute récente polémique sur l'ethnicité de la Grande Bretagne de l'époque romaine et post-romaine (oui, pendant qu'ici, ça polémiquait sur les commissions de transfert de ce footeux dont j'ai déjà oublié le nom et dont je ne sais même pas à quoi il ressemble, et que ça polémiquait aussi sur le pognon dépensé par Bollo pour garder l'autre abruti sur C8, il y avait des polémiques vachement plus instructives outre-manche, au cours desquelles des historiens ont bien obligeamment mis leur nez dans leur caca à des petits nazillons qui commentaient des données de l'histoire antique avec des arguments et des conceptions que même Ferrant et Deutsch trouveraient arriérées*), y a pas mal de ressources sur la période dont les liens ont été mis à disposition, et donc j'ai mis ça au pillage. Y a plein d'éléments de contexte qui vont me servir, et d'autres qui ne me serviront pas directement mais qui me permettent de préciser encore ma vision des deux siècles entourant la prise de Rome par les Goths.

Bref. C'est bien, les vacances. On s'amuse, on se repose, on essaie des loisirs rigolos.







*oui, y'en a eu quand même un pour soutenir que l'invasion anglosaxonne ne comptait pas comme flux migratoire parce que… il ne l'a pas formulé comme ça, mais grosso modo, parce que c'étaient des blancs et probablement un peu ses ancêtres, aussi. (personne n'a été lui rappeler que les Angles et les Saxons étaient tellement barbares qu'ils mangeaient du cheval comme le premier Français venu, je crois que ça l'aurait mis en PLS)

mardi 8 août 2017

Moi mon colon, celle que je préfère…

Je sais pas trop pourquoi ni comment mon train de pensées est tombé sur cette question-là. J'étais plongé dans un état de stupeur post prandiale, vautré sur le canapé, un énorme gobelet de café à la main (le huitième de la journée, je crois, mais je ne suis pas sûr, quand on aime, on ne compte pas, tout ça) quand une idée s'est cristallisée dans ma tête. Ou plutôt une sorte de question.

L'histoire du monde a connu une belle brochette de génies militaires qui ont su profiter du terrain et des événements pour mettre des piles aux voisins et se forger une réputation d'invincibilité. Cette réputation, par la suite, durait jusqu'à ce que le stratège génial finisse par casser sa pipe (il était parfois aidé à passer la main, ça a été le cas de Jules César, par exemple) ou qu'un ennemi un peu moins tocard ou un peu plus chanceux que les autres finisse par prouver que cette invincibilité n'était qu'une légende (c'est ce qu'a fait Wellington à Napoléon. je serais bien en peine de vous dire s'il entrait dans la catégorie moins tocard ou plus chanceux, celui-là).

La question que je me posais, c'était : "y a-t-il une caractéristique essentielle à ce génie ?" Autrement dit, sorti de leur contexte d'origine, Alexandre le Grand, Shaka ou Tecumseh casseraient-ils la baraque tout pareil ?

Et donc, toujours avachi sur mon canapé, vidant peu à peu mon pot à café, j'imaginais Alexandre à la tête d'une division blindée, équivalent moderne, je crois, de la phalange macédonienne. Et, en effet, pourquoi pas ? Face à un adversaire aussi désorganisé que l'Empire Perse, ça pourrait le faire. Et les conquêtes se déliteraient encore plus vite qu'à l'époque, sans doute.

Mais que donnerait Napoléon, de nos jours ? Son génie organisationnel tenait à sa faculté de déléguer. Mais son sens du placement de l'artillerie au niveau tactique serait-il transposable dans des batailles modernes ? Ça, c'est beaucoup moins sûr.

Y a-t-il, du coup, un outil de mesure objectif du génie militaire ? Comme pour tout talent, ça me semble difficile à mesurer.

L'Histoire a sur la Physique le défaut de ne pas permettre de réitérer une expérience un nombre arbitraire de fois pour faire rentrer ses résultats dans un tableau statistique. La sensibilité d'une bataille aux conditions initiales est telle qu'une bonne partie de son déroulé tient généralement de l'aléatoire. Le général génial parvient à imprimer une tendance à ces aléas. Ou parfois à se laisser porter par eux…

lundi 7 août 2017

All work and no play et tout ce genre de choses

Le problème des torpeurs estivales, c'est, comme je le disais dernièrement, qu'elles sont fourbes. Tout en ayant l'impression de ne pas foutre grand-chose, je m'aperçois qu'en fait j'ai abattu pas mal de trucs depuis quinze jours.

Et là où c'est doublement fourbe, c'est qu'avec tout ça, je me suis aperçu hier, avec horreur, que je n'avais pas avancé sur mon prochain bouquin pendant ces quinze jours. C'est très mauvais, ça. La théorie veut qu'il faille bosser au moins dix minutes par jour sur ce genre de projet, si l'on ne veut pas perdre le fil ni laisser la vapeur sortir de la machine. Alors sur ces quinze jours, j'ai continué à me documenter et à alimenter (deux fois) un fichier de notes, mais je n'avais pas tapé une ligne sur le bouquin lui-même. Alors dans mon cas, où mon boulot de base (traductions et articles divers) me cale quand même un gros paquet d'heures par jour devant l'écran, il est difficile de réussir tous les jours à rester devant l'ordi et à se switcher la cervelle pour faire quelque chose de nettement plus dur alors qu'on s'est déjà bien fatigué les neurones. En temps normal, j'arrive à bosser sur mes romans (ou mes scénarios, quand je suis en prod sur un scénario) deux à trois fois par semaine,  sauf en été où là j'arrive à me caler dessus quotidiennement. Mais là, quinze jours le nez dans le guidon, sans que j'ouvre même le fichier pour ne serait-ce que réfléchir au truc. L'horreur.

Bon, là, c'est reparti, et les quinze jours qui viennent devraient normalement être consacrés de façon quasi exclusive à mon prochain bouquin (je dis quasi, parce que j'ai aussi dix pages de scénario que je voudrais terminer, et une nouvelle à finir) (des broutilles, quoi). Je vais pouvoir avancer à nouveau.

Du coup, rien que pour vos yeux, une scène commencée avant ce trou de deux semaines, mais passablement remaniée ce soir :


À peine avait-il fini sa phrase qu’il entendit comme un chuintement venu des buissons. En soldat habitué aux escarmouches et embuscades il bondit en arrière. Un dard lesté d’une sorte de poix ou de résine lui passa au raz du nez pour aller se planter dans un arbre.
« À terre ! »
Ses deux camarades plongèrent derrière le tronc abattu. Coup sur coup, ils entendirent passer deux autres dards qui leur étaient destinés. Les fléchettes se perdirent dans le sable, sur la grève. Aelius se retourna vers les autres, restés aux coracles et leur fit signe de se baisser à leur tour. Il ignorait quelle pouvait être la portée de cette arme inconnue. Risquant un œil, il distingua un barbare assez semblable à celui qu’ils avaient déjà aperçu, mais portant des marques blanches sur le front et le torse. L’homme à la peau cuivrée embouchait sa large tige de bois, comme les hérauts le font de leur trompette. Il souffla, et Aelius dut s’aplatir au sol pour échapper à un nouveau dard.

Un vrombissement sourd répondit au dard suivant. Braith avait sorti sa fronde, et une pierre ronde frappa un arbre avec bruit sec. Il y eut des remous dans les buissons. Tandis que Braith arrosait les ombres de ses pierres, les feuilles s’agitaient. Tout comme les intrus débarqués sur cette plages inconnues, les habitants du lieu se mettaient à couvert pour échapper aux projectiles. Aelius trouva cela rassurant, en un sens. Cela tendait à prouver qu’ils étaient humains, après tout.