samedi 31 décembre 2016

Die, 2016, die !

Bon, vu le nombre de gens que 2016 a enterrés (dans le tas, des gens dont je me fichais un peu, mais aussi pas mal de gens que j'admirais beaucoup), il est peut-être temps d'enterrer 2016 à notre tour. Bon, tout n'a pas été négatif (à mon petit niveau, entre une petite nièce toute neuve, un premier roman, de belles rencontres, j'ai pas à me plaindre) mais même de mon petit point de vue y a eu des coups de grisou (des soucis de santé chez des très proches).

Bref, il est temps d'effacer l'ardoise et de passer à autre chose. Même si les perspective ne sont pas mirobolantes et qu'elles évoquent même un trip encore plus de la même chose.

Enfin, bon réveillon à tous et à l'an prochain !

jeudi 29 décembre 2016

Mes nuits sont plus belles que vos futurs

Ce qu'il y a de bien, avec l'insomnie (faut que ça ait un côté positif, hein, sinon ce serait déprimant), c'est que la cervelle y fonctionne à plein régime sans rien pour la déranger. Parce qu'à deux heures du mat', pas de téléphone qui sonne, pas de ménage ni de vaisselle à faire (le lave-vaisselle programmé s'en charge précisément à cette heure, et passer l'aspi c'est un coup à se faire démonter la tronche à coup de tabouret ikéa par les autres habitants de la maison ligués), et donc, quand on est trop éclaté pour lire, on coupe la lumière et on laisse les neurones divaguer.

Le problème du procédé, c'est que le lendemain, en général, on a globalement tout oublié de ce à quoi on a pensé. Ou une fois bien réveillé, quand on n'a pas oublié, on a vite fait de se rendre compte que la machine à tourné à vide et n'a produit que du fumier.

Et puis des fois, on se souvient, et le truc est pas mal. Et là, au lieu de se remettre au boulot (au choix, cinq trads pour le mois prochain, des relectures diverses, compiler de vieux textes pour un éditeur qui veut en utiliser des extraits dans une antho, ou finir L'Île de Peter dont j'ai promis le manuscrit pour dans… oh putain, douze jours) on noircit des pages de notes.

Là, en deux heures, j'ai brossé tout un contexte d'univers de SF et un personnage principal qui me semble vachement original et intéressant. J'ai pas la moindre idée à ce stade de l'histoire qui pourra aller avec, mais y a déjà suffisamment de matériel pour pouvoir remonter le récit comme un petit singe à ressort qui joue des cymbales, le lancer et voir dans quelle direction il m'emmène, sans doute un roman à la John Varley.

Bon, faut vraiment pas que je fasse ça trop souvent, par contre : un fichier de notes de ce genre, après, c'est un an de taf pour l'exploiter correctement, donc pas la peine d'enchaîner les nuits blanches, j'aurai jamais assez de toute ma vie pour produire les bouquins qui iraient avec, et en plus j'ai une petite mine, ce matin. J'ai sans doute trop creusé…

mercredi 21 décembre 2016

Le livre des rêves

C'est quand je suis tendu (quelqu'un a eu des soucis de santé assez lourds dans la famille, donc là ouais, j'ai été grave tendu) que je fais le plus de rêves idiots, quand j'arrive à dormir. Mais quand je parle de rêves idiots alors là c'est du  complètement con, d'une absurdité foncière qui me confond au réveil, des choses auxquelles je n'arrive même pas à trouver un sens aux détails les plus triviaux.

Là, par exemple, j'ai rêvé d''une ancienne collègue avec laquelle j'ai bossé y a des années, et à qui je n'avais pas repensé depuis bien longtemps. C'était quelqu'un que j'appréciais, un peu fofolle, une personne rigolote avec laquelle j'ai eu plaisir à travailler.

Dans mon rêve, je découvrais qu'en fait, quand elle n'était pas au boulot, elle écrivait des bouquins. Et que c'était elle, Preston Child. C'est là que ça devient absurde. Dans la réalité, je crois que j'ai jamais lu de ma vie un bouquin de Preston Child. Dans mon rêve, j'avais l'air de connaître, de savoir que c'était du polar. Le rêve se déroulait dans mon ancien quartier, celui où je n'habite plus depuis trente ans, qui a énormément changé depuis, mais qui là était conforme à ce qu'il était quand j'étais môme. On s'est posés dans ce bar qui n'existe plus, on a causé bouquins, je me suis réveillé.

Et le rêve m'a poursuivi, en fait. Je me triturais les méninges. Je ne voyais pas la collègue en question écrire quoi que ce soit, et surtout pas du polar. J'ai été vérifier d'ailleurs si ce Preston Child écrivait bien du polar, du coup. Pour découvrir qu'en fait c'étaient deux mecs, comme Boileau et Narcejac. J'ai jamais lu leurs bouquins. Je crois même n'en avoir jamais tenu entre les pattes. Alors pourquoi est-ce que je rêve de leur travail ? Ça n'a aucun putain de sens !

Y a des gens ici qui lisent ça ? C'est bien, ça vaut le coup ? C'est mon inconscient qui essaie de me dire que je passe à côté d'un truc, ou bien ma cervelle pédale complètement dans la choucroute moisie, là ?

jeudi 15 décembre 2016

Le complot (ou quand le sot montre la Lune, le sage regarde dans les tuyaux)

C'est assez épatant, le nombre de théories du complot qui visent la conquête spatiale, et plus particulièrement la Nasa. Entre les tenants de la Terre Plate, ceux de l'Univers Electrique dans lequel la gravité n'existe pas, la vieille histoire selon laquelle Neil Armstrong ne serait jamais allé sur la Lune, les dissimulations de preuves extraterrestres orbitale, lunaires ou martiennes, on se demande pourquoi cette déjà vénérable institution s'en prend autant dans la gueule.

Et puis, fort heureusement, Donald Trump nous donne la réponse avec l'absence de subtilité qui le caractérise. Merci, Donald.

Car il a annoncé à la Nasa qu'elle avait mieux à faire que de perdre du temps avec des recherches sur le climat. C'est astucieux, hein ? On conteste les résultats des recherches et ensuite, sous prétexte que c'est contesté, on essaie d'empêcher la recherche d'obtenir des résultats. (Notons que la mère Pécresse essaie de nous faire la même sur les recherches sur le genre, sous prétexte de Manif pour Tous, mais en fait parce que les statistiques genrées mettent au jour tout un tas de turpitudes de notre société en matière de violences réelles et symboliques faites aux femmes)

Eh ouais, la Nasa a accès au ciel, et elle est donc la mieux placée pour obtenir des mesures précises du réchauffement de l'atmosphère, des océans et de la fonde de la banquise. Donc renvoyons la Nasa à ses chères études, mais de préférence à d'autres. Et nommons des pétroliers à tous les postes clés.

En une époque où tout le monde se revendique "antisystème", c'est assez rigolo de noter que "pétrole" n'est jamais cité dans le système à combattre. La plupart de nos "antisystème" roulent en belles bagnoles et prennent souvent l'avion. Le système circulatoire de leur univers charrie un flot noir d'hydrocarbures. On nous enfume avec des histoires d'or et d'argent, mais le vrai sujet, c'est depuis un siècle l'or noir. Et c'est un système en bout de course, qui se convulse et crève en essayant d'entraîner tout le monde avec lui.

Et la Nasa, qui est à la pointe des recherches sur le réchauffement (et qui en plus à le front de faire voler l'essentiel de ses machins à l'hydrogènes et plus généralement avec des carburants autres que les dérivés de pétrole, ce qui ajoute la blessure à l'insulte), doit donc être décrédibilisée au max.

Or qui sont les plus gros propagateurs de théories du complot, de nos jours ? En dehors des catho-droitistes obsédés de la quéquette des autres, il y a l'extrême droite viriliste, amatrices de gros flingues et de grosses bagnoles comme symbole de "liberté", et le monde arabo-musulman (et irano-musulman) qui produit le pétrole,  et se retrouve empêtré dans des crises à répétition.

Décrédibiliser tous ceux qui menace de leur enlever leurs joujoux ou leur seul outil de poids géopolitique devient donc urgent. Et donc, on répand les pires âneries sur la Nasa. (dernier avatar en date de la pression pétrolière, les gens qui ont tenté de nous faire croire que le pic de pollution à Paris était dû aux centrales à charbon allemandes, et ont tenté de balayer d'un revers de main les photos et mesures par satellite qui démontraient le contraire).

Posez-vous donc la question en faisant le plein : en dehors des taxes qui alimentent les caisses de l'état, qui financez-vous ?

mardi 13 décembre 2016

Trou Defective (saison 2)

Ayant passé pas mal de temps dans le train depuis une dizaine de jours, j'ai eu l'occasion, comme j'en parlais dernièrement, de regarder la série True Detective*, produite et écrite par Nic Pizzolatto, un auteur de polar dont j'ai un des bouquins sur ma pile depuis des mois.

Tout le monde m'avait dit que la saison un était super. Et que la saison deux était pourrie.

Je viens de m'enfiler les deux (huit épisodes chaque), et j'ai été enthousiasmé par la saison un. Scénario, acteurs, photographie, cadrage, tout y était épatant. Une enquête bien poisseuse sur un tueur en série jouissant au moins de complicités haut placées, le tout dans l'ambiance moite des bayous de Louisiane. Avec une charge malsaine qui la faisait flirter avec le fantastique, sans jamais franchir la ligne. Exercice brillant, donc. Auquel il était difficile de livrer une suite sans se planter.

Sauf que la saison 2 n'est pas une suite, et emprunte complètement d'autres chemins, justement pour éviter cet écueil. Ce que m'évoque la seconde, c'est un remake contemporain de L.A. Confidential. Des flics esquintés par la vie et borderline se retrouvent pour des raisons diverses à enquêter sur un fait divers en apparence anodin mais qui, dans une ville aussi corrompue que l'est Vinci en Californie, a des ramifications dans tous les sens. Toute la hiérarchie municipale a des intérêts dans l'affaire, tout comme le crime organisé local. Turpitudes et grosses magouilles remontent à la surface, que certains sont prêts à tout pour étouffer.

Nouveau cadre, nouvelle manière de filmer, d'éclairer et de cadrer. S'il y a de très beaux plans, ils ne m'ont pas impressionné comme certains de la saison précédente. Les acteurs sont bien. Les personnages aussi. Torturés très différemment, quand on les compare aux deux protagonistes de la première enquête, construits sur d'autres archétypes. La différence majeure, c'est qu'ils sont plus nombreux. Là où on avait deux personnages principaux travaillant en tandem, ici il y en a quatre, dont certains ne se croisent quasiment jamais, ce qui modifie très profondément la narration. Elle devient forcément plus classique.

Les correspondances, du coup, sont plus discrètes. Les très belles vues aériennes semblent à première vue un peu gratuites. Mais pourtant, elles créent une sorte de lien, les échangeurs d'autoroute devenant comme des glyphes occultes et contournés renvoyant aux sculptures de branches omniprésentes dans la saison un, mais suffisamment différentes par nature pour appuyer le fait que les forces souterraines à l'œuvre dans la région de Los Angeles ne sont pas les mêmes que celles qu'on devinait sur la côte de Louisiane. L'image de l'écheveau aux énigmatiques connexions demeure.

Si les ouragans destructeurs étaient l'arrière-plan de la première enquête, leur souvenir rythmant les recherches d'archives disparues et de lieux jamais reconstruits, les émeutes raciales sont l'évènement eschatologique fondateur de la seconde.

Le rapport au sexe, à la paternité et à la maternité y sont explorés selon des modalités différentes aussi. Les transmissions générationnelles n'y sont pas du même ordre. Mais là aussi, on voit un schéma subtil se détacher, celui de relations conflictuelles, de pertes de divers ordres, d'incapacités à communiquer sur ce qui est le plus important.

Et dans les deux saisons, on a les gens qui rament en bas de l'échelle qui commencent à s'interroger sur les petites saletés et les petits crimes entre amis d'aristocraties locales décadentes. Sur le fond, les deux saisons se répondent, et sur la forme elles cultivent leurs différences. Les scènes de fusillades de la seconde sont bien plus spectaculaires, Los Angeles oblige. L'enquête de la première entraîne ses protagonistes dans des régions plus philosophiques et plus cérébrales. La corruption n'est pas du même ordre, ni au même niveau. Et les portes de sortie, quand elles existent, ne sont pas les mêmes.

Alors oui, la première saison m'aura beaucoup plus impressionné. Mais ce n'est pas une raison pour savater la seconde comme elle a été savatée. Je la trouve d'autant plus intéressante qu'elle est très différente. C'est cette différence qui aura désarçonné ses spectateurs, je pense. Il aurait fallu qu'ils la prennent comme un objet séparé. En tant que telle, elle fonctionne très bien. En tant qu'élément d'une séquence, elle fonctionne différemment. Mais pas moins bien. La série explore des liens occultes, il est dommage que ceux qui existaient entre les deux saisons n'aient pas été remarqués.




*Oui, je suis souvent retardataire sur ce genre de trucs, ça n'a rien de neuf

jeudi 8 décembre 2016

Trou defective

Bon, mon passage sur Bordeaux fut bref, mais intense.

Seule ombre à la journée : on m'avait filé un billet de première classe, et je me suis retrouvé avec un vieux qui lisait l'Equipe en poussant de gros soupirs. Je ne sais pas si vous savez, mais les gens qui lisent l'Equipe dès le matin, ça me fait flipper grave. C'est pas naturel. Ça a un côté vraiment malsain, je trouve. Même pas le matin, d'ailleurs. C'est un peu comme un mec de Daesh, un buveur de Red Bull ou un type qui se taillade la bite au rasoir, on peut pas avoir de valeurs communes avec des gens comme ça. Du coup, j'ai fini le voyage à la voiture bar, c'était plus prudent, pour le repos de mon âme.

Le reste de la journée fut très sympathique, et merci encore à la Zone du Dehors d'avoir accueilli mes vaticinations.

J'ai profité du voyage de retour pour rattraper (un peu) mon retard en séries TV en avançant dans True Detective. Très impressionné par le travail du cadre et des lumières, d'ailleurs (les acteurs, je savais d'avance qu'ils seraient bons).

dimanche 4 décembre 2016


Et dire que j'aurais pu avoir le Nobel

Ah, déceptions que nous inflige un monde cruel, par le truchement des plus sympathiques coups de mains.

J'étais convié comme vous le savez sans doute à une animation autour de Lovecraft. Y participait également un auteur qui, quand il n'écrit pas des bouquins, bosse dans la physique des particules. Comme j'ai le ciboulot qui surchauffe non stop, j'ai forcément, vous vous en doutez, tout un tas de foultitudes de théories qui me trottent dans les neurones, mais que je manque de l'équipement et, osons le dire, du niveau en maths pour valider ou infirmer. Il me fallait donc un spécialiste pour répondre à quelques questions. Comme j'en avais un sous la main (je lui avais demandé auparavant par mail si ça ne l'embêtait pas de m'éclairer, ce qu'il avait fort aimablement accepté), j'ai dévoilé mes batteries.

Bon, à moins qu'il soit fourbe et qu'il garde ma piste pour lui, je me suis fourvoyé. Les perturbations du champs scalaire de Higgs au passage des particules "massives" ne se propagent pour ce qu'on en sait qu'à des distances infinitésimales et ne sont pas cumulatives. Certes, la crème de l'élite des physiciens n'y comprend pas encore tout, mais en l'état mon bel édifice conceptuel s'effondre comme un château de cartes un jour de rhume des foins.

C'est con, parce que j'avais une idée qui aurait pu révolutionner tout un tas de trucs. Les gens auraient parlé de moi avec respect et j'aurais été en Suède toucher un Nobel.

Caramba, encore raté.

samedi 3 décembre 2016

Dessert qui tue

Il vous reste une galette pour fajitas et vous n'avez plus de bidoche et de poivrons ? Qu'à cela ne tienne, voilà un petit dessert vite fait bien fait qui vous fera péter le compte de calories et vous permettra d'adresser un gros doigt métaphorique aux docteurs Dukon et consorts.

Tartiner un peu de beurre, saupoudrez de cassonade, et mettez une barre de chocolat (ou deux).

Dans un récipient à part, délayez deux cuillers à soupe d'ovomaltine et deux cuillers à soupe de lait en poudre dans l'équivalent une cuiller à soupe d'eau bouillante.

Nappez vos barres de chocolat avec la patouille obtenue.

Repliez votre galette.

Passez trente secondes au micro-onde.

Enjoy.

Miracle de Noël

Dans la série "ça paye d'être raisonnable", je trainais mes bottes dans une librairie qui vend de l'occase et de la vieillerie, comme ça m'arrive souvent. Mon regard a été attiré par un recueil d'un illustrateur de la Belle Epoque que j'apprécie. Mais le prix du truc était dissuasif. Pas si élevé que ça, ceci dit, mais pas raisonnable en ce moment. En octobre, je l'aurais pris sans hésister, par exemple. Au prix d'un effort de volonté qui m'emplit d'une fierté sans borne, tel le pochetron qui repose une bouteille sans en dépuceler le goulot, j'ai reposé le bouquin.

Et j'ai continué à fureter.

Et dans un bac, j'ai déniché pour même pas une poignée d'Euros un exemplaire des Chants de Guerre et de Mort, de Robert E. Howard. Bouquin que je n'avais eu qu'une fois entre les mains en vingt ans, et qui est à peu près introuvable. Et que j'ai eu pour rien. (bon, c'était pas l'édition illustrée, mais même l'autre est rare)

J'aurais pris le recueil de Robida (oui, c'était du Robida, vous imaginez l'effort que ça a été de le reposer), je serais allé payer tout de suite et j'aurais pris mes cliques et mes claques. Mais là, du fait que j'ai été raisonnable, j'ai pu dénicher cette perle.

Je suis content, du coup.

vendredi 2 décembre 2016

Da Rohonczi Code

C'est sans doute assez idiot, mais je me passionne en ce moment pour l'iconographie du Codex Rohonczi. Moins connu que le Manuscrit Voynich, c'est un de ces bouquins dont le texte a longtemps résisté à toute lecture (dans les deux cas, on a proposé des traductions assez prosaïques, que les aficionados des secrets et mystères rejettent parce que comme souvent, la solution du mystère est inférieure au mystère lui-même) (c'est ce que j'appelle le "Principe de Felt", du nom du clampin médiocre entré dans l'histoire sous le nom de "Gorge Profonde").

C'est de ce truc là que je vais parler


Bref, tel quel, le Codex découvert en Hongrie est probablement une Histoire Sainte écrite dans un dialecte archaïque du roumain, avec un alphabet qui n'en est pas un (150 caractères, quand même) et date du XVIe siècle (mais est peut-être une copie d'un ouvrage plus ancien). Pour le coup, sans les illustrations à base d'auréoles, d'ailes d'anges, de mitres épiscopales et de crucifixions, on pourrait se croire face à un manuscrit lovecraftien. Et entre autres anomalies, les édifices sont souvent surplombés de croissants de lune, ce qui pourrait indiquer une occupation turque de la région où a été produit le bouquin.

Et parlons en, de ces illustrations. C'est très curieux. Elles sont d'une naïveté assez touchante, je trouve, mais demeurent quand même très expressives. Alors qu'au Moyen-Âge, les communautés de moines avaient poussé très haut l'art de l'enluminure, on sent bien que l'anonyme auteur de ces dessins avait ces modèles en tête, mais pas sous les yeux. Et qu'il n'avait peut-être pas le niveau pour transcender ses souvenirs. Son travail relevait-il d'une petite communauté sans moyens ? Il y a eu pas mal de bogomiles et autres mouvement hérétiques dans le coin, et plusieurs alphabets liturgiques dont le plus connu est le glagolitique dont certaines formes ne sont pas si éloignées que ça de ce qu'on a dans le codex.

Voilà un bouquin qui pose question, qui représente un de ces menus mystères que j'affectionne et qui a son charme, graphiquement…













jeudi 1 décembre 2016

Saturday Night Terror

Un petit générique, à chanter sur l'air de La Croisière s'Amuse :

Lovecraft, exciting and new
Come aboard. We're expecting you.
Lovecraft, fear's strangest reward.
Let it flow, it floats back to you.

The Lovecraft soon will be making another run
The Lovecraft promises madness for everyone
Set a course for insanity, your mind on a new abyss.

And Lovecraft will hurt anyone
It's an open mouth on a ghastly shore.
It's Lovecraft!
Welcome abord
It's Lovecraft!

Et tout ça pour annoncer ce samedi une grande soirée Lovecraft, à partir de 17 heures au Gibert de Barbes, 13-15 Boulevard Barbes, Paris 18.

Seront présents, outre votre serviteur, les excellents Raphael Granier de Cassagnac, Nicolas Fructus et peut-être Thomas Day, tout ça pour causer Contrées du Rêve, tentacules et indicibilités diverses (oui, il y a beaucoup d'actes d'indicibilité, chez Lovecraft).

vendredi 25 novembre 2016

Il ferait beau voir aux Portes de corne et d'ivoire…

J'ai rendu dernièrement un texte qui a été un peu compliqué à accoucher. Il s'agissait d'une nouvelle destinée à une anthologie sur le thème du rêve. Par certains côtés et pour certains passages, l'écriture en a été paradoxalement facile : si vous me lisez depuis longtemps, vous avez déjà dû tomber sur ces textes un peu absurdes où je vous raconte mes rêves, et vous savez donc qu'ils sont parfois très riches de paysages et de lieux. J'ai donc exploité sans vergogne ce fond onirique personnel, et cela a donné quelques descriptions que je crois belles et poétiques.

Le gros problème, quand on écrit le rêve, mais qu'on est également censé livrer un texte qui se tienne et qui dépasse le côté surréaliste d'une recension d'aventures  nocturnes, c'est que la logique de l'écriture et celle du rêve coïncident rarement.  D'ailleurs, étymologiquement, le mot "logique" renvoie au langage articulé. Les rêves procèdent de représentations beaucoup plus symboliques et intimes que la parole. Les mettre en mots, c'est déjà les abîmer un peu. Les coucher par écrit, en atténuer la spontanéité (enfin, je dis ça, mais je cartographie les miens) (si si, j'ai un carnet où je tente de dresser la carte des endroits qui reviennent à plusieurs reprises dans mes rêves) (mais c'est bizarre, certains ce chevauchent).

Autre souci : un texte doit avoir un début, un milieu et une fin, et ce n'est pas toujours le cas d'un rêve, qui s'embranche parfois étrangement, et dont il ne reste au réveil que des fragments flous qui ne coïncide pas toujours entre eux. Qui plus est, ma présence dans cette anthologie imposait d'autres contraintes formelles, que vous découvrirez quand le bouquin sortira. Bref, arriver à restituer ce côté fluctuant et parfois décousu du rêve tout en écrivant un texte qui se tienne, cela a représenté un défi intéressant.

En attendant, voici un petit extrait du truc :

Péristyles effondrés succédaient à des murs décrépits et à des fontaines dont seule la pluie remplissait encore parfois les vasques envahies d'herbes folles. Tout en arpentant les larges avenues rendues obscures par la nuit tombée, il s'avisa que le plan de la cité reproduisait à sa façon celui d'une ville où il avait passé plusieurs années de son enfance. Sur une impulsion irraisonnée, il s'engouffra dans une rue latérale menant à l'endroit correspondant à l'emplacement de sa maison.

Elle était là où il s'attendait à la trouver. Certes, elle était ici de marbre rongé plutôt que de bois peint, et avait le toit en terrasse commun aux édifices de la région et non les pans obliques recouverts de bardeaux dont il avait le souvenir, mais c'était bien elle, indubitablement ; il le sentait dans son ventre quand bien même il ne le voyait pas par ses yeux.


Pris d'une irrépressible envie d'entrer, de partir explorer les recoins familiers rendus nouveaux par cette forme inédite, il tendit la main vers la porte… et marqua un temps d'arrêt. 


Sinon, les Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, c'est demain ! Venez nombreux !

vendredi 18 novembre 2016

Einstürzende Mecha Nihon Go

Ça fait plusieurs jours que j'avais envie de vous asséner un texte sur la perte de légitimité des politiques, leur démonétisation foncière, en prenant comme exemple probant la mayonnaise Macron que les médias tentent de monter avec une absence de subtilité qui forcerait l'admiration si elle n'horrifiait pas par son cynisme intégral. En parallèle, la primaire RPR UMP LR signe l'incapacité à faire émerger une figure d'auctoritas (au sens latin du terme) indiscutable : Juppé est celui qui en semble le moins loin, mais ça présuppose d'oublier la façon dont il avait été sorti à coups de pompes au cul il y a une petite vingtaine d'années, sans même parler de son casier. Et à Gauche, n'en parlons même pas. La récente réponse de Cazeneuve sur le fichier nazi des gens honnêtes, dans laquelle il expliquait doctement qu'il ne pouvait pas être détourné de ses objectifs premiers par un gouvernement malintentionné, et que de toute façon les gens n'avaient qu'à bien voter a un côté complètement glaçant.

J'aurais pu gloser en comparant la situation actuelle à la fin de la République romaine (élite empêtrée dans des affaires, luttes fratricides, incapacité à gérer les marges traitées de façon condescendante, tentation des figures autoritaires), mais j'ai la flemme de développer.

Du coup, je préfère vous filer le lien d'une chaîne Youtube japonaise, celle d'un projet rigolo : transformer les PME/PMI de l'archipel nippon en art, via la musique industrielle. Une série de clips assez fascinants, quasi hypnotiques, sur une musique qui me plait bien. C'est pas Montebourg qui aurait proposé un truc pareil, tiens. Et voilà qu'on retombe dans la politique. Et merde.


lundi 14 novembre 2016

Prochainement dans les bacs



Le bouquin ne sort qu'au printemps (et d'ici là, faut que je le termine, ce serait mieux) mais les impératifs de la diffusion font qu'on me réclame toutes sortes d'infos sur lui pour le catalogue et tout le bastringue.

Donc, voilà quelques infos sur mon prochain roman. Comme ça on est dans l'officiel et je ne vous prendrai pas par surprise quand il sera en librairie.

Il s'intitulera :

L'île de Peter

Et voilà la quatrième de couverture que j'ai proposée. Je ne sais pas encore si c'est définitif, mais elle me plaît bien :

« Tout bien considéré, vous avez eu de la chance dans votre malheur. Vous avez échoué sur cette île-ci, et pas sur celle où les enfants se transforment en ânes, ni celle où les marins deviennent des cochons. Y avez-vous pensé à ça, capitaine ? »

Qui est ce vieux marin qui traîne sa dégaine dans les rues de l'East Village à la recherche d'herbes médicinales très particulières et pourquoi Joab, le caïd du quartier, cherche-t-il sa piste dans des vapeurs narcotiques ?
Ce sont ces questions auxquelles devra répondre Wednesday, policière à New York, alors qu'elle se retrouve exilée sur une île tropicale étrange et pourtant familière…

vendredi 11 novembre 2016

Nikolavitch en tournée près de chez vous

Vu que je vais pas mal bouger dans les semaines à venir, il est peut-être temps de faire un point de mes prochaines conférences et signatures.

Samedi 26 novembre, je dédicacerai Eschatôn toute la journée aux Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, c'est au SEL, sur la grande avenue.

Vendredi 2 après-midi et dimanche 4 décembre toute la journée, je signerai Les Dieux de Kirby au Salon des Ouvrages du la BD, à la Halle des Blancs Manteaux, 48 rue vieille du Temple à Paris (c'est derrière Beaubourg).

Samedi 3 à partir de 17 heures, je participe à une rencontre autour de Lovecraft au Gibert du 15 Boulevard Barbès à Paris.

Mercredi 7 décembre, il devrait y avoir une séance de signatures à la librairie La Zone du Dehors à Bordeaux (je dois y participer à une table ronde, et on va y adosser une dédicace). Y a encore des détails à régler, genre l'horaire, mais voilà, ça devrait se faire.

Dimanche 11 décembre, je serai présent avec les Moutons électriques aux Galactic Days d'Auxerres. Et y'aura Michel Chevalet.

Et fin janvier, bien entendu, je serai à Angoulème pour signer des bouquins et fort probablement pour donner une conférence au conservatoire, comme tous les ans (cette année, ça devrait être le vendredi, et mon thème sera lovecraftien, vu que c'est un peu peu le fil directeur pour moi, ces derniers mois, l'horreur indicible et tentaculaire).

jeudi 10 novembre 2016

Le problème, ce n'est pas la connerie, c'est de l'ériger en système

Je n'ai pas voulu réagir à chaud sur l'élection de Trump aux Etats-Unis. Bien sûr que je suis horrifié : mon critère le plus simple, en ces matières, c'est "est-ce que je serais capable de bosser avec un mec comme ça sans avoir envie de lui coller des pains dès la première semaine ?" Bon, Trump, c'est typiquement le genre de type qui me conduirait à tenir la première matinée, puis à filer à la DRH pour mettre immédiatement fin à la période d'essai (rigolez pas : la seule fois où j'ai tenu 5 jours avec un guignol pareil dans une boîte, c'est parce que j'avais vraiment besoin des ronds) (et là fois suivante où j'ai eu un cas dans le genre, j'ai décidé que le besoin de ronds n'excusait pas tout)(je peux bosser sans aucun problème avec des cons, pas avec des cons arrogants, fiers de leur ignorance et méprisant par principe toute interrogation sensée)(ça doit être pour ça que je suis pas ministre, tiens).

Bref. La leçon à tirer, en l'espèce, c'est qu'on était tous restés dans l'idée que, comme dirait l'autre, "les faits sont têtus". Les faits sont censés contraindre, comme en sciences, notre rapport au réel.

Sauf que nous sommes entrés depuis quelques années dans ce que certains analystes ont appelé "la réalité post-factuelle", dans laquelle les faits n'ont plus qu'une importance marginale. La présidence Sarkozy puis le gouvernement Valls nous ont démontré à l'envie que la France n'était en rien immunisée contre ces mécanismes et contre l'ignorance imbue d'elle-même érigée en système. Le référendum du Brexit, dans lequel les deux camps ont fait assaut de fantasmagorie apocalyptique en disqualifiant tout questionnement rationnel est l'exemple le plus frais dans nos mémoires (quelle que soit notre opinion du fonctionnement de l'UE, il faut reconnaître que les arguments développés des deux côtés étaient grotesques, et que même ceux qui les brandissaient le savait, puisque TOUS les chefs de file des deux camps se sont retirés dans la foulée, horrifiés du résultat). Et après l'élection de Trump, le renvoie de patates chaudes et la recherche de boucs émissaires va bon train pour maquiller une fois encore le fait basique : les laissés pour compte veulent secouer le bateau parce que les gestionnaires ne leur laissent aucun espoir pour l'avenir.

Mais surtout, il y a un point crucial à retenir dans tout ça.

Cet effet de constriction des faits sur le réel, il a un corolaire : quand on déverrouille les faits, alors tout devient possible.

Puissiez-vous vivre des temps intéressants, tout ça.

mardi 8 novembre 2016

Ils se fichent de nous

Le "fichier monstre" des papiers d'identité avance pesamment vers le réel qu'il va tenter d'enserrer dans ses griffes comme le python s'enroule autour de l'innocent agneau qui pour le coup ne s'appelle plus Pascal mais Méchoui*.

La population s'inquiète à juste titre de cette évolution, surtout qu'elle est à présent proposée par un camp politique qui s'y était opposé farouchement la dernière fois que la Bête avait pointé le bout de sa truffe immonde de gestapiste aviné au schnapps. Et, avec l'absence ostensible d'élégance et le mépris qui le caractérisent, le Sinistère de l'Intérieur balaye large toutes les critiques, même celles venant des propres rangs de son gouvernement.

Mais on finit par être habitués à ce genre de serrages de vis sécuritaires, on a eu assez d'excités des coups de menton au pouvoir ces dernières années.

Ce qui me rassure, là-dedans, c'est que la bureaucratie française est par construction incapable d'exploiter correctement un quelconque fichier. Les avanies du STIC avaient démontré les scories des fichiers policiers et l'incapacité de ceux qui l'alimentaient à redresser la barre. Quand j'étais libraire, j'ai vu le bazar qu'était parfois le fichier Electre et plus récemment, en tant qu'auteur, je vois à quoi ressemble celui de la Sofia (organisme indispensable et nécessaire, mais dont les listages d'œuvres sont… drôles).

Mais l'exemple le plus accompli de la bureaucratie française à la dérive nous vient comme de juste de l'Education Nationale. Si jamais vous êtes parents, vous voyez déjà de quoi je veux parler. Les fins et débuts d'années scolaires sont une foire à la paperasse. Tous les ans, on vous demande de remplir un dossier de réinscription pour chacun de vos enfants, et à la rentrée de remplir consciencieusement toute une série de fiches, quand bien même le gamin ne change pas d'établissement (et même s'il en changeait : depuis le temps qu'on nous bassine avec le fait que le dossier scolaire nous suit…), fiche de cantine, fiche sanitaire, fiche à cocher pour le droit à l'image et autres. Comme on ne me fera pas croire que tout cela n'est pas informatisé, ça signifie en plus qu'il faut avoir recours à du monde pour saisir les infos une fois que vous avez tout rendu, ce qui est autant de moyens pas mobilisés pour permettre à l'établissement de faire son travail, qui consiste non pas à remplir des fiches, mais à éduquer les jeunes.

Une fiche informatisée sortie une fois l'an avec toutes les infos de l'année précédente à corriger uniquement dans le cas où ça ait changé entretemps, c'est trop demander ?  En tout cas, c'est trop compliqué pour des gens dont le travail consiste normalement à développer l'intelligence de ceux qu'on leur confie.

Mais il y a encore mieux ! Imaginez à présent qu'il y ait des voyages scolaires d'organisés ? On vous redemandera de remplir une fiche complète d'indentification (avec les personnes à contacter qui sont les mêmes que sur la fiche rendue il y a deux mois) et une fiche sanitaire avec les dates des vaccins (vaccins à rappel tous les cinq ans, donc en deux mois, la probabilité brute qu'il y ait eu quelque chose de neuf n'est que de 0,03 à la louche) et la présence ou l'absence de lunettes qui demande une mention manuscrite, tant qu'à faire, plutôt qu'une case à cocher.

Ce qui ne peut signifier qu'une chose : l'administration scolaire est trop manche ou trop fainéante pour aller reprendre une information dont elle dispose déjà en X exemplaires et demande à ses usagers de faire le boulot à sa place à un nombre de reprises absolument considérable. Ce qui tendrait à démontrer que donner ces informations est dès le départ inutile et du temps perdu, puisque les gens chargés de les utiliser sont visiblement incapables de les utiliser (appeler le secrétariat du lycée pour demander une info simple est en soi une expérience que même les Frères Strougatsky et Stanislas Lem n'auraient pas osé, même pour rire, décrire dans un de leurs bouquins de peur d'avoir des suicides de lecteurs sur la conscience).

Ça devrait être inquiétant, sans doute, mais la nullité des gens chargés de gérer ce genre de bases de données est une certitude bien établie depuis des lustres. La preuve, c'est que ce truc idiot et mal foutu qu'était l'autorisation parentale de sortie de territoire pour les mineurs a enfin été supprimé… juste au moment où il pouvait devenir utile parce que des gamins partaient en Syrie. L'autre preuve, c'est le dossier médical sur la carte vitale que très peu de gens utilisent parce que personne n'a pris le temps d'y former les professionnels de santé qui auraient pu s'en servir. Une autre preuve encore, c'est qu'on peut vous interdire plein de métier avec un casier judiciaire pas vierge, mais pas celui d'homme politique. Encore une autre preuve, c'est… Sérieux, il faut vraiment qu'on continue ? On va y passer la nuit, si c'est ça !

Bref, un fichier aussi gigantesque que celui qui fait souiller son slip à Cazeneuve va très rapidement être esquinté par les gens mêmes qui auront à s'en servir. Le vrai problème qu'il pose, c'est sa sécurisation pour empêcher des gens de l'extérieur d'aller y pomper des informations (et vu la compétence de l'état dans ce domaine, là y a de quoi faire sous soi) (vous avez vraiment envie que la Mafia Russe vende vos données biométriques certifiées sur un sous-forum de TOR ?) (attendez deux ans et c'est bon).

Au pire, les solutions de brouillage du matériel d'identification biométrique existent, et dans pas mal de cas il suffit d'un maquillage astucieux (basé sur les mêmes principes que le camouflage gémométrique des bateaux pendant la Première Guerre Mondiale) ou de pastilles réfléchissantes habilement disposées pour foutre le pataquès dedans.

En fait, c'étaient eux qui avaient tout compris depuis longtemps :





*Oui, j'ai remis le nez dans Ponson du Terrail, récemment, en faisant des recherches. Ça a laissé des traces dans le tuyau

lundi 7 novembre 2016

Souvenirs du futur

Dans la petite brochette de blogs qui s'affichent dans la marge de celui-ci, je ne saurais trop encourager les amateurs de belles images à aller faire un tour sur celui de mon vieux comparse Toni Fejzula, qu'on a revu dernièrement dans les bacs avec le très joli Veil sorti en VF chez Delcourt et qui semblent mitonner d'autres choses que personnellement j'attends de pieds ferme.

Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Toni et moi avions commis il y a quelques années un album de SF, Central Zéro, dont je reste encore à ce jour très fier.

Petit florilège :




vendredi 4 novembre 2016

Relativisons avec Cüneyt Arkin

Ayant découvert avec horreur qu'un de mes vieux articles mis en ligne il y a des années, puis réuploadé suite au naufrage du vieux forum de Superpouvoir avait perdu toute son iconographie*, je me suis dit qu'il fallait y remédier. Et donc, revoici pour vos yeux ébahis et sous un tonnerre d'applaudissement ma critique d'un superbe film de capes et d'épées turc.



Le Star Wars Turc n'était qu'un épiphénomène particulier dans l'immense et tentaculaire carrière du plus grand héros d'action anatolien de tous les temps : l'immense Cüneyt Arkin !

Alors que la politique de nos jours semble essentiellement consister à pointer du doigt l'autre, dans sa culture et même sa civilisation, pour se goberger d'une illusoire supériorité basée sur des clichés rassis, j'ai décidé qu'il serait amusant de voir les clichés que véhiculent à propos de l'occident chrétien d'autres peuples avec lesquels les rapports sont parfois conflictuels. 



L'objet du délit de la semaine

Prenons, complètement au hasard, ça va de soi, la Turquie. Membre indispensable de l'OTAN, aux portes de l'Europe et frappant d'ailleurs à la porte de l'UE, ce pays est chargé d'histoire. Dans les campagnes des Balkans, le grand méchant Turc au couteau entre les dents est un méchant d'anthologie. En Grèce, ça reste même l'adversaire ancestral, celui sur le dos duquel on colle toutes les avanies. Pourtant, c'est le pays musulman qui est allé le plus loin dans la laïcité, la démocratie et la modernité, malgré quelques ratés**.

Pendant des décennies, la Turquie a eu sa propre industrie cinématographique. Le cinéma turc force l'admiration du connaisseur, plus encore que celui de Bollywood. Avec des budgets en dessous du misérable, les cinéastes du cru nous ont livré comédies, drames sociaux, films de genre, et même remakes pur et simples de succès américains. On se souviendra de Sheitan, le remake turc de l'Exorciste, ou de ce Star Wars aberrant que tout amateur de Z se doit d'avoir vu au moins une fois dans sa vie, et dont ces colonnes se sont fait l'écho.

You know what ? I'm the hero


Cüneyt Arkin, le Alain Delon local, a joué dans ce Star Wars, mais aussi dans un nombre quasiment incalculable de films de capes et d'épées, dont plusieurs consacrés à Battal Gazi, un héros folklorique de la région. C'est un de ces films qui m'a interpellé, puisqu'à notre époque où le méchant numéro un des films d'actions est le méchant terroriste musulman (y compris à Bollywood, avec les affreux Pakistanais qui mettent en danger de pures jeunes filles au teint de cuivre et aux yeux de biche), il peut s'avérer intéressant d'inverser le point de vue.

Ainsi, dans Battal Gazi'nin Intikami, les féroces soldats qu'on entend mugir dans les campagnes d'Anatolie, ce sont de méchants croisés, la barbe abondante (on peut donc supposer qu'ils sont Grecs, ou pour le moins orthodoxes de rite grec), l'oeil cruel et l'épée affilée. Ces grands méchants viennent ravager de paisibles villages turcs, massacrant leurs habitants, réduisant en esclavage leurs enfants, pour en faire des guerriers qui poursuivront le combat de leurs nouveaux maîtres. La femme de Battal (joué par Cüneyt Arkin) est crucifiée et brûlée vive sous les yeux de son héros de mari. Ce dernier réussit à se libérer, mais trop tard. Il est finalement embastillé, s'évade, réunit de joyeux compagnons, et ourdit sa vengeance. Confronté à son fils, dont le cerveau a été lavé par ces chiens d'infidèles venus de l'Ouest, il réussit à réveiller sa fibre ancestrale (Battal Junior, je suis ton père !) et à vaincre tous ces méchants cochons de roumis.


Les méchants, c'est eux. Donc nous.

Le résultat se laisse regarder. C'est un bon vieux film de capes et d'épées bien premier degré, avec histoire de vengeance et batailles homériques, et c'est clairement pas plus con dans la dialectique que la plupart des films avec Steven Seagal.



Hé, vous me reconnaissez ?

La production est clairement tiers-mondiste (il n'y a qu'à voir les accessoires et les costumes) et la réalité historique n'est semble-t-il pas la préoccupation principale dans l'affaire. Les costumes sont rigolos, mais ne renvoient à aucune période précise (se mêlent chemises du XVIIIe, casques romains et robes évoquant les Templiers), et les méchants sont tellement caricaturaux qu'on n'imagine même pas que les pires soudards de Vlad Drakul puissent leur ressembler. C'est ce qui est d'ailleurs intéressant. Parce que si, par chez nous, certains véhiculent une vision bien méprisante du levantin onctueux, fourbe et fanatique, les méchants de ce film sont la façon dont nous sommes vus nous dans les campagnes de la Turquie profonde.


Cüneyt en fâcheuse posture


Le culte de la croix semble les choquer. Il faut dire que la croix est quand même à l'origine un instrument de torture, et pas un des plus élégants. Pas plus élégant, qui plus est, que le fait de manger du porc. Souvenez-vous du dialogue entre Samuel Jackson et Travolta, dans Pulp Fiction, sur l'enracinement des préjugés alimentaires. Il se trouve que ce sont les plus difficile à se débarrasser, surtout quand ils sont inculqués dès l'enfance, à un niveau culturel. Par ailleurs, la capture des jeunes et leur endoctrinement, si elle a pu exister au temps des croisades, a été systématisée avant tout... Par les Turcs eux-mêmes. Le célèbre corps des Janissaires, la troupe de choc de la Sublime Porte, était constitué avant tout de jeunes chrétiens arrachés à leur famille. Intéressant de constater qu'on juge les autres à sa propre aune, et qu'on applique à l'ennemi ses propres schémas.


Ça pique un peu

Bon, ce film date du début des années 70, à une époque où la Turquie partageait avec Israël le douteux privilège d'être un des rares pays au monde à être fâché avec tous ses voisins sans exception. Mais nous voir dans le rôle des méchants, c'est un bon moyen d'analyser nos travers, de rigoler franchement, aussi (le "Do the A stand for France" d'Ultimate Cap m'avait fait marrer aussi) et de réfléchir aux différences culturelles qui font la richesse du monde.


Robin d'Ankara

De toute façon, en termes de relativisme culturel, la leçon ultime aura été donnée à l'occident par cet aborigène australien, qui, contemplant le carnage de la Somme pendant la Première Guerre Mondiale, nota qu'il était dispendieux, irrespectueux et barbare de laisser autant de viande pourrir sans que ça ne serve à nourrir qui que ce soit.


Fort comme un Turc, le Cüneyt !





*Bon, apparemment c'est réparé. Du coup, je vous redonne les liens des deux autres articles de ma turkish trilogy (c'est pas une quadri tétralogie, vu que je n'ai jamais eu le temps d'écrire l'article sur leur version locale de l'Exorciste) :
**Cet article est une vieillerie, parce que quand on voit la Turquie de maintenant, on se dit "oui mais ça, c'était avant"

mercredi 2 novembre 2016

La bibliothèque de Bordel

Dans la série "petites irritations absurdes qui vous pourrissent bien la tête", je vous parlerai aujourd'hui non pas de la mycose, mais du bouquin perdu.

Mais revoyons l'action au ralenti.

L'autre jour, m'avisant que le fond d'une de mes étagères à bouquins était en train de lâcher, j'ai entrepris de la vider et de la réparer. Et comme dans mon foutoir les trucs tiennent par l'opération du Saint Esprit et la géométrie subtile qui me permet de les appuyer les uns sur les autres, cela m'a obligé à en vider une deuxième (et j'en ai profité pour la retaper aussi, parce que si son fond à elle n'avait pas encore lâché, il s'en fallait néanmoins de peu). Avec ma pratique systématique de l'optimisation spatiale par double (voire triple) rayonnage, je vous laisse imaginer la quantité de bouquins que ça pouvait représenter, posés en piles branlantes dans mon salon et mon bureau. Un spectacle apocalyptico-gastonnesque de première magnitude.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. La croissance organique de ma bibliothèque étant ce qu'elle est, c'est à dire qu'on empile sur l'existant à mesure des arrivées, c'était l'occasion de rationaliser un peu les choses. Et donc, de vider deux étagères de plus pour intervertir des trucs, et réorganiser toute la zone pour qu'elle soit moins branlante. D'où encore des empilements de bouquins en vrac. Le bonheur.

Réinstaller le tout, c'était également l'occasion de faire du tri et du classement. De virer des doublons (le carton pour les copains s'est rempli), de virer des trucs que je ne relirai jamais (du tout venant en polar, par exemple) (je lis de moins en moins de polar, à part encore quelques rares auteurs comme Westlake ou Kaminsky), et de regrouper des trucs qui s'étaient retrouvés dispersés dans tout le bureau, par exemple les Westlake, justement, ou les Le Guin. Des docs pour des projets passés ou à venir ont pu se regrouper un peu plus par thème (Deuxième Guerre Mondiale, Barbouzeries, Moyen-Âge, Esotérismes Divers, Théorie de la BD, Mythes, etc.).

En deux jours de temps, mon bureau-bibliothèque a changé d'allure. C'est toujours le foutoir, mais moins. Un foutoir façon théorie du chaos, avec un ordre sous-jacent inaccessible au profane. En tout cas c'est ce que je dis aux gens que l'endroit terrorise. Ça ne les rassure pas.

Dans l'opération, des centaines de bouquins me sont passés entre les pognes, forcément. Et mon nouveau rangement étant (légèrement) plus logique que l'ancien, je devrais mieux m'y retrouver.

Entretemps, une discussion avec un pote dessinateur me conduit à ressortir des tréfonds de mon disque dur des scénarios non publiés (comme je suis un grand malade, ce sont sept ou huit scénars de BD complets, écrits de la première à la dernière ligne qui traînent comme ça), et il m'en a chipé un qui le motivait, m'envoyant dans la foulée quelques très chouettes croquis. Et comme c'est un garçon méticuleux, il a croisé ses sources historiques avec les miennes. Comme le fait historique dont partait mon histoire n'a pas de version officielle (ou plus précisément, il en a au moins trois), nos notes ne coïncidaient pas totalement.

N'ayant plus tout le dossier en tête, je ressors deux ou trois bouquins acheté et compulsés à l'époque de la rédaction du scénar en question. Et je m'aperçois qu'un bouquin qui m'avait servi de source secondaire pour un ou deux détails a disparu. Le problème, c'est que ce bouquin, et je m'en souviens distinctement, il fait partie de ceux que j'ai sorti de mes étagères en déroute la semaine passée, et que je l'avais mis de côté pour… pour je ne sais plus du tout quelle raison. Mais je l'ai eu entre les mains, et je l'ai posé quelque part.

Et impossible de le retrouver.

Alors ça n'a aucune espèce d'importance (quoique très sympa, le bouquin en question était quand même assez fantaisiste en termes de réalité historique), mais j'ai retourné la moitié de mon bureau pour essayer de le retrouver. Sans succès. Je sais qu'il est là, dans un rayon de deux ou trois mètres autour du clavier qui me sert à taper ces lignes, et ça me rend dingue.

Ça existe, les sourciers pour bouquins ?

lundi 31 octobre 2016

Zombie zombie la mouche

Il a fallu sortir un peu tard pour un rendez-vous toubib, puis faire quelques courses. Je dis un peu tard, parce qu'avec le changement d'heure il fait nuit noire super tôt, maintenant.

Et comme le toubib en question est à l'autre bout de la ville, on s'est tapé une petite demi-heure de marche dans le noir avec la petite dernière, à compter les étoiles quand on en voyait (et j'en vois de moins en moins, parce que l'éclairage urbain dans tous les sens, ça me nique les yeux d'une force).

Et on s'est rappelé en croisant des individus louches que oui, c'était ce soir Halloween. Ma cervelle est ainsi faite que j'en ai causé ces jours derniers, mais que j'avais pas tilté que c'était aujourd'hui (c'est tout moi, ça :ça me fait pareil avec mon annive).

Question qui se pose, quand on croise un fox terrier avec un foulard couleur citrouille : est-ce un vrai chien, ou un chat qui fait le guignol et a enfilé un costume ? Oui, la petite dernière a de l'imagination.

Jalouse des petits orques et darkmauls qui ramenaient des saloperies à la gélatine trop colorées et trop sucrées, et dépourvue de déguisement, elle s'est mise à marcher en flageolant et en gémissant. Ma fille avait décidé d'être un zombie. En plus de l'imagination, elle a de la ressource. Le McGyver du déguisement.

Et puis elle a fini par proposer un truc rigolo, en voyant des mômes se casser le nez sur trop de maisons vides : "ce serait pas plus pratique de faire un stand de distributions de bonbons ?" Non seulement elle a de l'imagination et de la ressource, mais en plus l'esprit pratique. Et je me suis dit que l'idée était géniale : ça mettrait à exactement six mois d'intervalle (ouais, bon, à douze heures près) les stands de muguet du Premier Mai et les stands de bonbons d'Halloween. La symétrie, y a que ça de vrai.

Y a un truc à creuser. Ecrivez donc à ce sujet à votre député. Ça le changera du voile et des crèches de Noël, tiens. Il vous remerciera.

dimanche 30 octobre 2016

En passant par l'Halloween avec mes gros sabots

Je n'ai jamais été un gros consommateurs de films d'horreur. C'est sans doute un genre qui, chez moi, marche mieux en littérature. Lovecraft et Barker m'ont mis la tête et les nuits à l'envers plus qu'à leur tour. Sans doute parce qu'ils suggéraient énormément en allant gratter dans des coins vraiment inquiétants et dérangeants. (alors que King m'emmerde assez globalement).

Au cinéma, j'ai plus de mal. Sans doute parce que c'est plus direct, et qu'il faut des réalisateurs vraiment doués pour passer par la pure suggestion de façon vraiment efficace. Ce que j'appelle l'effet ballon, en référence à la scène du ballon dans le couloir, dans Shining, qui arrive à mettre très mal à l'aise avec zéro effet. Les films qui parviennent à me faire cet effet-là, j'adore.

Mais ils sont peu nombreux. Après, si je ne dédaigne pas les trucs gores et sanguinolents, je n'en pense pas grand-chose. Leur "shock value" s'émousse vite, et ils me semblent plus drôles qu'autre chose, qu'ils soient conçus comme tels (les récents Piranhas) ou qu'ils se prennent très au sérieux, ce qui nuit un peu à l'effet. Les trucs à la Saw ne parviennent pas à m'intéresser (j'ai essayé une ou deux fois). La série télé Walking Dead a été, chaque fois que j'ai tenté le coup, une forme très aboutie de la notion d'ennui. Et les slashers avec des ados crétins qui se font dégommer me donnent souvent envie d'aller prêter main forte au tueur, même quand c'est en fait un gros nullard.

Le found footage, à de très rares exceptions, m'insupporte. Je le trouve fainéant et putassier.

Par ailleurs, certains films présentés sous l'étiquette "horreur", par exemple certains Del Toro, me semblent la perdre très vite, se glissant plutôt dans la catégorie des grands films fantastiques, avec parfois une ou deux séquences horrifiques. Faudrait sans doute que j'essaie les Dario Argento, ça a toujours manqué à ma culture. Enfin bon, je ne vais pas faire un catalogue de tout le genre. D'autant qu'en tant que tel, ce n'est pas un genre qui m'inspire un rejet de base, contrairement mettons aux films de sport ou aux comédies pas drôles à la française ou à la Adam Sandler.

J'aime bien les vieilleries de la Hammer pour leur côté kitsch, parce qu'elles ne me font plus peur depuis longtemps.

Alors peut-être ai-je changé : Holocauste 2000 ou Le Triangle du Diable qui, quand j'étais minot, m'avaient foutu une frousse bleue. Et qui revus à l'âge adulte sont pour le premier juste drôle et pour le deuxième bien foutu mais cheap.

Enfin voilà, c'était mon petit dégobillage de bile né d'un instant où je me suis dit "tiens, je me materais bien un film de saison, vu que c'est Halloween", et que j'ai passé une heure à ne pas me décider.

Mon côté vieux con bougon ressort en force, ces temps-ci.

samedi 29 octobre 2016

Chants d'Halloween

Vu que ça va être Halloween, et donc que tous les français se doivent maintenant de célébrer cette fête, vu que c'est la version moderne de celle de Samain, et donc un truc de Celtes et de Gaulois, eh oui, et donc obligatoire pour des raisons évidentes d'identité ancestrale et nationale, j'appelle à la barre Gérard Lenorman, qui n'est probablement pas un bon patriote, parce qu'on le sait tous, les Normands n'ont pas des ancêtres gaulois mais barbares venus du Nord-Est, des pillards qui ont opéré un grand remplacement avec la complicité d'un état en déréliction, dont le représentant était à l'époque Charles le Simple, un "roi normal", donc, comme son surnom l'indique. Allors que Gérard avait porté haut et fort jadis l'étendard de l'exception culturelle française en brocardant dans une de ces célèbres chansons un non moins célèbre film de Steven Spielberg, le voilà qui revient en s'attaquant à la fête d'Halloween (et probablement par contrecoup au film de ce sale nihiliste de John Carpenter qui a le front d'usurper les initiales de Notre Sauveur) et ce n'est pas gentil.

Le Gentil Défunt Triste
Toi mon petit copain
De Corneville Les Bains
Tu n'oses plus sortir sur l'avenue
À cause de ces sorcières
Que les Américains
Ont inventé pour faire peur à ton père
Moi le gentil défunt
Je n'y suis pour rien
Je ne suis pas méchant tu le sais bien
Si tu me fais la gueule
Je vais rester tout seul
On va rater nos vacances d'hiver
Moi le gentil défunt
Je n'y comprends rien
Pourquoi tout ce fracas ce cinéma
Pour un fantôme bidon
Un zombie de carton
Allez sois chouette envoie-moi ton ballon

Toi la petite Anglaise
Tu jettes les chrisanthêmes
Tu n'oses plus comme l'année dernière
Les poser sur ma dalle
Ni sortir à l'heure blème
Courir après les corbillards
Moi le gentil défunt
Je n'y suis pour rien
Je ne suis pas méchant tu le sais bien
Si tu me fais la gueule
Je vais rester tout seul
On va rater nos vacances d'hiver
Moi le gentil défunt
Je n'y suis pour rien
C'est moi qui t'ai donné en novembre
L'amour du cimetière
Un goût d'éternité
Tu avais promis de m'apprendre à parler
Oh oh oh oh que je suis triste
Oh oh oh triste triste triste

Il faut vous réveiller
Vous n'allez pas rester
Comme des zombies à marcher de travers
Ou comme des fantômes
Qui font peur aux mômes
En attendant que revienne l'hiver
Moi le gentil défunt
Je n'y comprends rien
Vous allez chercher quoi au cinéma
Du sang et du malheur
Des larmes et de la peur
Vous feriez mieux d'apprendre à être heureux
Moi le gentil défunt
Je n'ai peur de rien
Surtout pas d'un psychopathe à sensation
Rangez dans vos cartons
Vos bonbons et vos bâtons
On ne va pas se gâcher la saison
Oh oh oh oh ce serait triste
Oh oh oh triste triste triste
Oh oh oh ce serait triste
Oh oh oh triste triste triste

mercredi 19 octobre 2016

Where no one has gone before ? En vrai ?

J'ai enfin vu le dernier Star Trek, comme d'hab avec un poil de retard. Et comme d'hab avec ces Star Trek non pas nouvelle génération, mais nouvelle formule, j'ai des sentiments vachement mitigés.

Y a plein de trucs que j'adore : les acteurs sont très bien, l'interaction entre personnages fonctionne nickel (le tandem Spock/McCoy, par exemple, est un classique qu'on retrouve toujours avec plaisir) et surtout, y a des caisses de sense of wonder. Du coup, comme avec les précédents, j'ai passé un bon moment.

Et puis y a les trucs qui me gênent plus, comme le scénario assez convenu quand même, les scènes d'action/catastrophe déjà vues, les enjeux un peu faciles. Le scénario multiplie d'ailleurs les "fusils de Tchekov" prévisibles, (gadget alien, moto, radio) mais n'en file aucun à ce pauvre Pavel. Rien de tout ça ne torpille le film, soyons clairs, mais on se dit que bon, ça aurait pu mériter un peu plus d'affinage : rien que sur les scènes d'action, le précédent en ménageait une belle avec la traversée en scaphandre entre les deux vaisseaux et l'univers Star Trek a déjà démontré sa capacité à utiliser de chouettes idées de SF/Space Opera à l'écran.

Mais à un niveau général, je me suis avisé d'un truc (en fait, je m'en étais même avisé avant, mais ce film m'a remis le nez dedans, comme on dit). On a un problème de méchants, en ce moment.

Prenons quelques uns des gros blockbusters de ces dernières années, et un schéma se dessine, qui a peut-être une signification quant à notre époque. Les méchants sont souvent des bons qui ont mal tourné, ou des gens censément dans le même camp, mais qui jouent contre. Dans le cas de Star Trek Beyond, [Spoiler] un ancien capitaine de Starfleet, héros de guerre, qui a basculé.

Regardez les deux derniers Captain America, les deux derniers James Bond et les deux derniers Star Trek ou le Batman v Superman (et même, d'un certain point de vue, le généticien de Jurassic World) et on a soit des retournements de veste, soit une corruption interne du système. La menace vient systématiquement de l'intérieur. Des proches. Du voisin. D'un retournement de notre propre système de valeurs. Ce n'est pas le même discours que dans Les Trois Jours du Condor ou Abyss, avec une opposition entre le citoyen normal et la machine militaire ou barbouzarde. Là, ce sont les défenseurs qui s'entredéchirent. On est dans la mécanique de Rambo contre les hommes du shérif, mais sans le discours sur la déshumanisation.

Qu'est-ce que ça nous dit sur notre monde à nous ?

samedi 15 octobre 2016

Guy Lux, Fiat Lux et Fiat Uno sont dans un bateau

Dans la série des petites questions de logique qui me font marrer, en une époque où le fondamentalisme fait son grand retour, accompagné d'une lecture littérale des textes, j'en ai une à vous soumettre.

Dans la Genèse, Dieu crée le monde et tout ce qu'il contient et l'entoure sur un mode itératif. Dieu dit "que la lumière soit", et la lumière fut, vous connaissez la chanson. Parfois, il sculpte les choses en soufflant dessus : le mot pour "souffle" et "esprit" sont exactement le même à l'époque, et donc quand "l'esprit de Dieu se meut à la surface des eaux", on peut le lire comme quelque chose de bien tempêtueux. Et l'équivalence "souffle / esprit" se retrouve au moment où Dieu confère une âme à l'Homme en lui soufflant dans les narines.

Donc la question est la suivante : si Dieu crée le monde par la parole, en nommant donc les choses… et qu'il demande ensuite à l'Homme de nommer tous les animaux… Dieu et l'Homme parlent-ils la même langue ? Et par ailleurs, quelle langue parlent-ils ?

Vous avez deux heures et je relève les copies. Et pas de bavardage dans les rangs.


Image chopée chez Scorpiondagger
dont j'affectionne le trip néo-Gilliam






Bon, allez, je suis pas chien, je vous explique où est l'astuce. Dieu crée le monde dans une séquence cosmique très connue, puis donne l'ordre à l'Homme de nommer les choses dans une autre séquence qui, dans la Genèse, suit la précédente… Mais n'a pas du tout été écrite à la même époque, ni par les mêmes gens, et pas dans cet ordre. Et ça change tout. C'est uniquement la compilation tardive de ces textes disparates qui crée un effet narratif de continuité. Entre le vieux mythe tribal du jardin et le récit cosmique concocté par des prêtres lettrés influencés par les grandes cosmogonies babyloniennes, il y a un tel décalage culturel que vouloir analyser les deux d'un bloc conduit à des contresens. Comme la question que je posais plus haut.

jeudi 13 octobre 2016

Dry bones

J'ai appris un truc rigolo, aujourd'hui…

Vous avez sans doute déjà vu ces photos très impressionnantes des cimetières d'avions dans l'Arizona et le Nevada, ces coins de désert où l'US Air Force range les zincs de réforme. On pourrait croire qu'elle aurait meilleur temps de les envoyer à la casse, mais non, elle les parque pour certains depuis des décennies. Parfois, les machines sont finalement remises en état, d'autres sont cannibalisées pour récupérer des pièces détachées qui ne se font plus (il paraît que ça couvre largement les frais de stockage, d'ailleurs), mais globalement le tout est laissé à pourrir. Si ça vous intéresse, il y a une très belle séquence là-dessus dans le film Baraka, de Ron Fricke (qui avait été le directeur de la photo sur Koyaanisqatsi et a poursuivi dans le même esprit).



Mais pourquoi ces décharges aériennes ?

Peur de laisser des secrets filer dans la nature, ou de voir des avions récupéré par des puissances pas amicales ? Peut-être. Ce que j'ai appris, c'est que la mise au parking des avions relevant de la dissuasion stratégique était une clause des traités de désarmements : si un B.52 est laissé à pourrir dans le désert, alors c'est la preuve qu'il a été retiré du service actif et que le pays a baissé sa capacité nucléaire. Simple et efficace : les deux blocs disposent de satellites assez efficaces pour tenir mutuellement leur inventaire. Séquelle d'une époque, la Guerre Froide, dont on se demande si elle n'est pas en train de revenir, mais passons.

Et à propos de séquelles de l'ancien temps, je suis un peu embêté par le Prix Nobel de Bob Dylan. Bon, faut dire ce qui est, le Nobel de Littérature, c'est un truc dont je me fous un peu. C'est tant mieux pour le primé, et félicitations, Bob, mais bon, voilà. Pour reprendre l'expression du type de chez nous qui était paraît-il pressenti en son temps pour être Prix Nobel de la Paix, "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre" (précisons par contre qu'il n'a jamais été pressenti pour le Nobel de Littérature). Mais donc, sur le plus d'une centaine de Nobel de Littérature, je n'en ai lu, je viens de faire le compte, que 22 (dont Dario Fo, sur lequel j'ai eu envie de titrer "Mort non accidentelle", ce qui l'aurait peut-être fait rire) et je m'aperçois qu'il y en avait au moins autant dont je n'avais jamais entendu parler avant de consulter la liste pour faire le compte. C'est dire si je ne suis pas un expert de la question.

Mais Dylan… Bon, du coup, par acquit de conscience, j'ai essayé d'en réécouter une demi-heure cet après-midi, et le verdict est sans appel. Je n'y arrive toujours pas (je me souviens avoir fait ici même mon coming out sur le sujet il y a de ça quelques années). Je ne supporte pas sa voix et sa musique m'ennuie. Et surtout, sa poésie ne me parle pas du tout, on est sur des préoccupations qui ne me touchent pas, et qui me semblent renvoyer tout droit (c'est logique aussi, vous me direz) à la génération de mes parents. Du coup, quand j'étais gamin, on en bouffait, du Dylan, c'était la référence dans son domaine, parce que ça parlait du monde, tu vois. Sauf que le monde que je voyais dehors, c'était les punks qui en parlaient le mieux, en fait.

Alors le Nobel ? Oui, il est peut-être mérité. Je n'irais pas nier que ce type a compté. Mais dans un monde qui n'existait déjà plus au moment de ma naissance (ou disons au moment où j'ai appris à lire). Un peu comme les B.52 pour mes propres mômes, en fait…

dimanche 9 octobre 2016

Illumination matutinale

En fait, c'est en regardant les infos l'autre jour que je me suis avisé d'un truc que je crois fondamental :

La compétence de base que l'homme politique doit maîtriser en tout premier lieu, ce n'est ni la capacité à gérer des dossiers de façon intelligente, ni la connaissance des sujets dont il parle, ni la diplomatie, ni l'éthique, ni la délicatesse, ni le respect de la fonction, ni la retenue, ni le talent. Si nos hommes politiques disposaient de ces capacités là, je crois que ça se saurait.

En fait, la seule compétence particulière que je leur ai remarqué, c'est la capacité à s'emmerder pendant des heures. Regardez les infos, et comptez le genre de cérémonies à la con qu'ils doivent se fader à longueur de temps : hommage au collègue parti trop tôt, hommage aux victimes de telle ou telle catastrophe, inauguration de machin inutile dont ils ne comprennent pas la fonction, en dehors de recaser les copains dans des sinécures, réunions inter-truc ou inter-bidule, conseil de ceci ou de cela, séance plénière, colloque d'enterrement de dossier, colloque de noyage de poisson, cérémonie des vœux, cérémonie du souvenir, cérémonie de passation, cérémonie de retour, cérémonie de départ, cérémonie d'ouverture, cérémonie de fermeture, sans compter les trucs sportifs dont ils ont l'air de raffoler.

D'où ma question : et vous ? Au bout de combien de temps d'une réunion insipide ou des crétins incompétents se font mousser et imposent des conneries avez-vous envie de tuer vos collègues ? Moi, c'est quand c'est tombé sous le quart d'heure que j'ai compris pourquoi je n'étais pas fait pour la vie en entreprise, et pourquoi l'entreprise allait mal : ce ne sont pas les charges qui la tuent, ni les 35 heures, mais la réunionnite (qui n'est pas, comme on pourrait le croire, une maladie des îles comme le Chikungougnagougna, mais bien un cancer de nos pays civilisés). Au bout de combien de slides de powerpoint surchargées de texte et ânonnées par l'illettré ayant conçu cette horreur êtes-vous pris de spasmes qui vous font remercier le ciel de ne pas disposer de mallette contenant le bouton rouge des armes atomiques ? (c'est précisément à cause de ces Powerpoints que je ne me déplace plus au réunion de début d'année des écoles de mes divers enfants) Au bout de combien de temps de n'importe quelle cérémonie religieuse vous dites-vous que si Dieu a voulu ça, c'est qu'Il ne s'est pas arrêté à la ganja et prend des trucs vachement plus forts, et que s'Il ne fait pas tomber Sa foudre sur tout ce bazar rien que pour le principe, c'est que selon toute probabilité Il n'existe pas et est mort d'ennui la première fois qu'Il a tenté de voir par Lui-même comment ses ouailles lui rendaient un culte ?

Faites le calcul : n'importe quel de vos édiles supporte ces conneries au moins vingt à trente heures par semaine. Faut-il donc qu'ils soient morts à l'intérieur…

samedi 8 octobre 2016

Le point trad d'octobre

Pas mal de traductions continuent à sortir avec ma signature quelque part dans les crédits. Donc, je fais le point sur les plus récentes.

Ce mois-ci, deux Warren Ellis chez Urban Comics : la suite de Trees, et surtout la réédition de ses vieux Stormwatch, série absolument fondatrice qui mêle politique, super-héros, SF et mauvais esprit. La quintessence d'Ellis, donc.

Et toujours chez Urban, la suite de Batman et Robin. Le mois prochain, toujours chez Urban, il y a la suite de Flash.

Chez Delcourt, Genius, un petit polar sympa sur une révolte des quartiers, puis la suite de Spawn Renaissance et le tome 5 de Star Wars Classics avec une chouette période de la série sous les crayons de Walt Simonson.

Chez Glénat, Shame, la trilogie de la honte est un chouette conte peint par Bolton. Le troisième Drifter sort bientôt, et le mois prochain il y a l'intégrale des strips de Betty Boop (strip au sens de bande dessinée, bande de voyous voyeurs !) dont j'ai assuré toute la partie qui n'était pas déjà publié dans l'album consacré à la belle chez Vents d'Ouest et sorti y a déjà plus d'une demi-quatorzaine d'années.

Voilà, je crois que j'ai fait le tour.


Questions sorties, à présent. Je vais quitter mon bunker à quelques reprises pour voir des vrais gens dans les semaines à venir. Le planning, tel qu'il se décante, ressemblera à peu près à ça :

Le samedi 26 novembre, je serai à Sèvres pour les Rencontres de l'Imaginaire.

Le samedi 3 décembre, je devrais participer à une soirée Lovecraft au Gibert de Barbès.

Et le dimanche 11 décembre, je serai en dédicace avec les Moutons électriques (arrivés la veille) au festival Galactic Days d'Auxerres.

jeudi 29 septembre 2016

Mars, the bringer of war

Ah, vous les avez cliqués, mes liens idiots d'hier, hein, bande de grands malades.

C'était fait pour. C'est le "régime infaillible" qui vous a le plus motivés, je note. Faut dire que c'était le premier lien, donc après vous aviez pigé le truc. mais y a eu des clics sur tous les autre quand même. J'aurais dû monétiser le blog, tiens, ça m'aurait payé un pack de bières ou deux. Je note que celui qui vous a le moins motivé, ce sont les "orgies romaines de Ciotti". Ça se comprend. On préfère ne pas savoir, hein ? Mais il a été cliqué quand même. Petits coquins, va.

Bref.

C'est même pas de ça que je voulais vous causer aujourd'hui, mais de la présentation des projets martiens d'Elon Musk. Il annonce un lanceur pharaonique (550 tonnes de charge utile), des chiffres étonnants (trois mois de voyage aller, contre six actuellement), un projet en l'état difficilement croyable, d'autant que le calendrier prévoit un premier vol d'essai en 2022, ce qui donnerait un temps de développement nettement inférieur à celui du programme Apollo, et l'amènerait sur la planète rouge dix ans avant la projection la plus optimiste d'une mission de la NASA.

Mais Musk a déjà accompli au moins deux missions impossibles en installant durablement une société jusqu'alors inconnue sur le marché jusqu'alors inexistant de la voiture électrique de luxe, rendant la voiture électrique cool, et surtout en créant une compagnie privée de lanceurs spatiaux. Ses nombreux échecs à ce jour ne condamnent pas plus SpaceX que les nombreux échecs de la NASA à ses débuts, et ses réussites sont par ailleurs impressionnantes.

Donc même si ses chiffres me semblent délirants, c'est le genre de bonhomme que j'écoute quand même avec attention. Il annonce plusieurs changements de paradigmes techniques et des ambitions visionnaires, ainsi qu'un choix radical de trajet direct du sol terrestre au sol martien, sans assemblage d'un vaisseau en orbite. C'est ce choix technologique-là qui me chiffonne le plus dans l'affaire, parce que son option me semble la plus coûteuse et en argent, et en carburant (mais elle a peut-être un intérêt en termes de mécanique orbitale, j'ai pas le niveau en math pour en être sûr). En tout cas, il reste sur de la fusée lourde, et pas sur des lanceurs avioniques comme Virgin Galactic (qui a perdu un appareil, et l'un de ses pilotes, il y a deux ans).

En attendant, la compétition devient féroce sur le marché du vol spatial privé. On aimerait que ça fasse avancer le bazar, mais qui dit compétition dit coups tordus. Et en mettant la barre si haut, Musk a d'ores et déjà envoyé une salve féroce, s'emparant du terrain médiatique et de l'agenda. Il s'est donc probablement fait des ennemis à la NASA et ailleurs.

à suivre…

mercredi 28 septembre 2016

La huitième photo vous laissera sur le cul

Ça faisait une paye que je n'avais pas repris les transports. Depuis mon retour de vacances, y a bien un mois, je n'ai quasiment pas fait de longs trajets, claquemuré que j'étais dans mon bunker pour y pisser du texte. Depuis le temps que vous me lisez, vous connaissez le topo.

Là, deux trois courses à faire sur Paris, le genre de trucs que je ne pouvais pas récupérer dans mon patelin ni dans les patelins adjacents. Donc RER, métro, changements, tout le bastringue. Et j'avais beau avoir emmené de la lecture (Neutron Star, un vieux recueil de nouvelles de SF par Larry Niven), je n'ai pas pu m'empêcher de regarder ce qui se passait autour de moi. Les gens. Ce qu'ils font, la façon dont ils sont attifés, tout ça.

Et de temps en temps, je glisse un œil pour voir ce que les gens fond avec leur téléphone. Souvent, c'est de la causerie sur SMS. D'autre fois, des jeux (pas vu de Pokemon Go, mais un métro en mouvement me semble pas le meilleur endroit pour chasser le Pokemon). Et puis des gens qui lisent des articles à partir de leur fil fèces-bouc. Et invariablement, les titres relevaient du pur putaclic. Je suis tombé sur une mamie qui a ouvert sous mes yeux un lien intitulé "pourquoi il ne faut pas embrasser son chien".



Bon. Les SMS pour parler de rien, ça ne me choque pas. 90 % de la communication humaine est basée sur le rien (ça monte même jusqu'à 99 % dans le domaine de la communication politique et à la télévision). C'est humain. Les jeux, même idiots, c'est humain aussi. On a besoin de rebooter, des fois, de se vider la tête avec un truc complètement con faisant travailler des réflexes basiques, que ce soit Candy-truc, les grilles de Puduku ou quoi que ce soit d'autre. Alors vous me direz, les articles à deux balles qu'on devine écrits et traduits par des robots à partir de mots-clés destinés à gérer du clic, ça rentre exactement dans la catégorie des trucs qui vident la tête, sont complètements idiots et sont basés sur des réflexes basiques. Mais il y a néanmoins une nuance et de taille. Un jeu ne prétend pas être autre chose qu'un jeu, un passe-temps ostensiblement vain. C'est son côté fondamentalement inutile qui le rend indispensable à l'équlibre psychique. Un article putaclic se dissimule sous les oripeaux et le prétexte de l'information, un peu comme un débat sur BFMTV ou une émission de Morandini, c'est exactement le même principe. Et l'information, c'est quelque chose qui est censé enrichir, équiper pour affronter le monde alentour. Alors que ces articles débiles n'informent de rien mais prétendent le faire. C'est comme manger du polystyrène : ça cale, mais ça ne contient pas de calories…

Oh putain… Il invente un régime infaillible, les nutritionniste le détestent.

Hum.

Bon, et encore, elle ne cliquait pas sur il s'est fait piquer le pénis par une araignée ou toutes les photos des castings de Morandini.

Mais si le lien putaclic que la mamie suivait était peut-être plus taillé pour elle qu'un truc sur les orgies romaines d'Eric Ciotti, c'était le même principe, avec le mélange de vague trouille de sentiments voyeurs un peu sales qui est à la clé de tous ces machins. Sachant que leur but est, comme leur nom l'indique, de générer du clic, et derrière, du pognon. Vous cliquez pour toutes les mauvaises raisons, ça rapporte du fric à "l'éditeur de contenu" (c'est comme ça que ça s'appelle) qui du coup produira encore plus de contenu de ce genre, en montant un peu plus la barre et en vous balançant des ces footballeurs du PSG auraient dû faire attention où ils mettaient la bite et ainsi de suite. Un torrent de merde qui s'auto-entretient, quoi*. Et vous l'entretenez en cliquant.



Et sinon, un truc qui m'a agacé : je suis tombé sur l'annonce de la sortie d'un genre de magazine consacré au "wooling". En fait c'était un truc de tricot. Et, vérification faite, même les Anglais ne parlent pas de wooling quand il s'agit de tricot et de travaux d'aiguilles. J'avais bien dit qu'inventer des anglicismes pour faire chic était une impasse conceptuelle, morale et esthétique, et déjà quand les cuistres se sont mis à parler de fooding y a quelques années. Qu'est-ce qu'on parie que d'ici la fin de la décennie, les sex-toys les plus branchés seront étiquetés "accessoires de branling", tiens ?


*un peu comme une campagne pour les primaires, en somme, où l'on génère du buzz et où l'on occupe l'espace avec des conneries toujours plus grosses.

vendredi 23 septembre 2016

Délivrez les livres

Toujours en quête d'info et de doc, je suis devenu un gros consommateur de bibliothèques virtuelles. Google et d'autres ont en effet numérisé un fonds documentaire considérable. Pour quelqu'un comme moi, c'est pain béni, surtout que pas mal de bibliothèques universitaires y sont passées. Et ce genre d'institution est très fourni.

Il y a juste un petit hic. Sur le matos en anglais, tout va bien. Le scan a été fait proprement, et le fichier de reconnaissance de caractères en général relu. C'est dans les autres langues que c'est souvent pénible. Parce qu'il n'y a personne pour relire ces bouquins scannés en masse, et comme le traitement est automatisé, le logiciel d'OCR est souvent paramétré par défaut. Et n'identifie donc pas correctement les caractères accentués. Les bouquins sont donc totalement inutilisables. Tout ce boulot de Romain, dont on nous a rebattu les oreilles, pour que dalle.

Alors, je suis méchant, les bouquins sont aussi dispos en brut de scan, au format PDF. Ça permet des les lire, mais pas de faire de recherches par mots-clés ni de copier-coller des citations de texte pour les bosser et les compiler (et annoter du PDF, avouons que c'est quand même chiant).

Pour le reste, tout est à refaire. Et il n'y a personne pour le faire correctement.

jeudi 22 septembre 2016

Et ça leur fout la gaule, de dire des conneries, vous croyez ?

Ah, c'est beau quand ceux qui ont piétiné De Gaulle se réfèrent aux Gaulois comme carte Joker.

Mais revoyons l'action au ralenti.

Ces derniers temps, des candidats à la Candidature ont dégoisé sur l'Histoire de France, la façon dont on l'enseigne, et ses éléments les plus iconiques.

Pour l'un de ces tristes sires, que nous appellerons Droopy pour ne pas lui faire une pub qu'il ne mérite pas, il ne faut surtout pas enseigner le doute en matière d'Histoire et le remplacer par une doxa qu'on devine conforme à un agenda politique conservateur. Sachant que le doute constructif est à la clé de la profession d'historien, une telle proposition est en soi une négation de l'Histoire dans ce qu'elle est fondamentalement.

Pour l'autre, que nous appellerons Little Nick, le fait de devenir Français impliquerait directement de reconnaître les Gaulois comme ses ancêtres. Comme lui-même est encore moins gaulois que moi, je ne sais pas s'il faut y voir l'expression de traumas d'enfance, d'une bêtise insondable ou juste celle de sa démagogie pure. Ou bien une combinaison des trois.

Allez, inventaire. Outre le fait que la Gaule était une construction politique des Romains, le territoire actuel de la France ne coïncide de toute façon pas avec ses frontières. Allez, petit tour de table. L'Aquitaine ? Ce n'était pas gaulois mais plus probablement proche des ancêtres des Basques actuels. Toute la Provence ? Territoire ligure en partie colonisé par des Grecs. Par contre, les habitants d'Italie du Nord étaient gaulois, eux. Ce qui veut dire qu'il est patriotique de rouler en Fiat. Ah, et y a le problème des Belges. Parce que si César les comptait comme un genre de Gaulois, ils ne parlaient pas la même langue (et certains ne parlaient même pas une langue celtique, y avait déjà des mix avec les Germains, à l'époque, et donc une césure linguistique en Belgique, je vous jure que c'est vrai) et leur territoire mordait largement jusqu'à la Picardie actuelle en passant par la Lorraine avec mes sabots yoho.

Accessoirement, je vois mal comment concilier l'emphase de certains sur les racines chrétiennes et judéo-chrétiennes de l'Europe et ce discours sur les Gaulois. Après, moi je m'en fous qu'on fête Pâques ou Beltaine, Lugnasad ou le Quinze Août, hein. Mais faut choisir.

Un troisième larron, qu'on appellera Chocolatine, a cru malin d'attaquer Little Nick. Il aurait eu tort de s'en priver, c'est clair, sauf qu'il l'a fait avec une connerie encore plus grosse que la sienne. Il imaginait les Allemands comme descendants des Wisigoths. Bon, à ma connaissance, y a jamais eu de Goths (ostro et wisi dans le même sac) en Allemagne actuelle, ou alors complètement à l'Est, et encore. Pour ce qu'on en sait (encore que la chose soit entachée de légendes invérifiables), les Goths venaient de Suède. Ensuite, ils font irruption dans l'Histoire dans le secteur de la Mer Noire, dont ils sont délogés par les Huns. Les Ostrogoths finissent par s'allier avec l'envahisseur et se mélanger à sa société (Attila, s'il est Hun, porte un nom gothique),

Les Wisigoths fuient au Sud et traversent le Danube, provoquant une Crise des Réfugiés qui n'est pas sans rappeler la nôtre, et dont visiblement nos dirigeants actuels  n'ont pas tiré la leçon.

Les réfugiés Goths ont été parqués dans des "jungles" et soumis aux vexations et truanderies des préfets et gouverneurs romains, ont fini par se rebeller, écraser les troupes romaines. L'incapacité de l'administration a gérer la suite des évènements conduisit les Goths à porter les promesses de terres arables (qu'on leur avait faite à leur arrivée) à Rome, qu'ils finissent par piller. Vous imaginez déjà les plus xénophobes de nos dirigeants actuels et wanabe dirigeants prendre ça comme prétexte à un durcissement de la politique migratoire. Sauf que quand Rome a fini par effectivement refiler une province aux Wisigoths (la région de Toulouse)… Le problème a été réglé. L'Empire avait gagné avec les Wisigoths fédérés un allié tellement fidèle qu'il est allé donner son sang pour combattre les Huns aux Champs Catalauniques.

Par la suite, le royaume de Toulouse devient un ilot de civilisation et de stabilité, jusqu'à ce que les Francs du Nord en prennent ombrage et l'abattent, chassant ses survivants vers l'Espagne (où ils avaient quelques terres) où ils se firent démonter un siècle plus tard par l'expansion de l'Islam.

Après, tout ceci nous renvoie aux controverse d'il y a un siècle ou deux, quand pour les Républicains la France commençait avec les Gaulois et pour les Royalistes avec le baptême de Clovis.

Je ne reviendrai pas ici sur la réalité de ce qu'étaient les Francs (en bref : de grosses saloperies barbares, beaucoup moins civilisées que les Wisigoths) mais quand on y regarde de plus près, ils n'ont pour eux que d'avoir donné leur nom au pays. Mais nous sommes dans un cas où cela crée un effet de loupe, conduisant à oublier les Burgondes ou les Wisigoths, dont les royaumes couvraient eux aussi une partie du territoire actuel et étaient au moins aussi légitimes que celui de Clovis. Le hasard a voulu que la prime historique ait été donnée aux plus brutaux, aux moins lettrés et aux plus immoraux de la bande. Mais l'histoire est écrite par les vainqueurs.

Et quand je vois la brutalité et la bêtise du discours de nos politiciens actuels, je me dis que leurs ancêtres spirituels sont plutôt à chercher du côté des Francs.

Enfin, si le maire de Levallois pouvait se faire gauler, au moins, ce serait une consolation, non ?