jeudi 29 novembre 2012

à noter dans les tablettes

"Je pige juste pas le cinéma de ce mec. Il me semblait que le cinéma reposait sur le montage et la grammaire narrative. Là, on dirait Françoise Sagan sous coke qui commente un match de foot américain en japonais." (Alex Nikolavitch, parlant de Michael Bay)

mardi 27 novembre 2012

Un petit coup pour la route


Hop, encore un petit coup du prochain Burton, qui sort au printemps. Dessins de Lionel Marty, sur scénario de Christian Clot et moi-même.

lundi 26 novembre 2012

Roulez Bourane

J'avais parlé il y a quelques temps et ici même de Bourane, la navette spatiale soviétique. Je suis retombé sur d'autres images assez chouettes liées à l'engin, et moins connues (un grand merci à Alex A., qui m'a mis sur la piste d'un site plein de jolis clichés du genre) (et vu que je bosse sur un bouquin sur ce genre de sujets, mieux vaut que je multiplie ce genre de sources, genre).

Du coup, je vous en fait profiter.

Le pas de tir

Les moteurs
(et c'est là qu'on mesure des différences avec le programme Navette américain)

La fusée Energia, capable de lancer Bourane,
mais aussi d'autres engins

Et un avion pour acheminer le réservoir
(rien que d'avoir l'idée de boulonner un truc pareil sur un zinc,
je me dis que ces mecs étaient de grands malades)



vendredi 23 novembre 2012

Au lieu de caviar, ce soir, ce sera œufs de l'ump

Je suis quand même assez épaté par des gens qui ne sont même pas capables de gagner proprement une élection truquée par leurs soins. Je veux bien que l'UMP, avec sa droitisation, ait des problèmes avec le communisme, mais ils aurait peut-être pas mal fait de s'inspirer des Communistes pour tricher proprement et ne pas se retrouver dans leur merdier actuel. Ou, au pire, de leurs copains de la Françafrique. Ah non, ce sont des noirs, Copé aurait peut-être eu un problème avec ça, allez savoir.

Du coup, je me dois de rappeler à tous ces gens ce sain adage rappelé en son temps par Go Nagai :

"Au festin des loups, il n'y a pas de dessert."

...

mardi 20 novembre 2012

Gros saint

Aujourd'hui, c'est la Saint Edmond.

Et du coup, ça m'a fait penser à Edmond Hamilton, un gaillard dont je vous avais parlé il y a quelques temps de ça ici même. Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Hamilton a inventé le Capitaine Flam et plein d'autres personnages cool de science fiction, dont Han Solo et Chewbacca (mais sous un autre nom). D'ailleurs je relisais récemment Le Dieu Monstrueux de Marmuth, un recueil de nouvelles de ce brave monsieur, et c'est vachement bien (mais pas réédité depuis perpète).

Et en triant du bazar sur mon disque dur, je suis tombé là-dessus, un machin récupéré à la volée je ne sais plus trop où (ou envoyé par un pote, c'est possible aussi) :


C'est une réinterprétation à la soviétique de l'interprétation japonaise de Captaine Flam (qui avant que l'interprétation japonaise ne soit adaptée en français s'appelait Captain Future, mais c'est une autre histoire). Et forcément, ça ne peut que me plaire. On a presque envie d'inventer un petit monde pour aller avec, un monde où Edmund Hamiltov aurait créé un Kapitän Boudoutché, héros sans peur répandant la bonne parole communiste dans le kosmos, héros dont la version française du dessin animé tchèque se serait appelé Capitaine Blam.

lundi 19 novembre 2012

Say cheese

L'affaire de la taxation du Nutella semble déchaîner les passions. On voit se lever tous les accros à  la pâte brune, qui se sentent ravalés au rang du fumeur qui désespère devant son paquet de cibiches qui augmente sans arrêt. D'ailleurs, ce sont parfois les mêmes, ou en tout cas, il y en a qui ont plongé corps et âme dans le Nutella pour arrêter la clope. On devine dans leur angoisse l'ombre de ces soirées vautrés devant la télé ou devant l'ordi, au cours desquelles le pot y passe tout entier, sans même l'alibi du pain, directement à la cuiller à soupe, orgies dont on sort pantelant, la lippe brune et l'œil injecté, avec la sensation diffuse et déroutante d'être une sorte de DSK du chocolat.

Quoi ? Non, je vous assure, je n'ai jamais vécu de soirée de ce genre (mes mômes ne me laisseraient pas faire), j'extrapole juste sur les témoignages de potes. Parce que oui, je connais des gens comme ça. Attention, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne méprise personne. Et d'ailleurs, je peux tomber sans prévenir sur un pot de Nutella comme n'importe qui, et lui mettre une sacrée claque en un clin d'œil. Mais ça ne m'arrive pas si souvent. Je n'achète que peu de Nutella, j'ai des principes : Je consomme plutôt mon chocolat sous forme solide, et le poste chocolat du budget familial est imposant, je vous prie de le croire. Et puis ceux d'entre vous qui me lisent de longue date ont eu vent de mes expériences avec le maléfique Fluff ou avec la pâte à tartiner au speculoos.

Alors non, je ne m'accapare jamais le pot de Nutella pour lui faire subir un sort funeste et atrocement rapide. C'est comme ça, mais je compatis au sort de mes frères humains à qui ça arrive, et qui savent à présent qu'il paieront de plus en plus cher ces pâteux délices. Par contre, et je me doute que ça va terriblement vous choquer, il m'arrive de me faire des orgies de fromage.

Vous vous rappelez cet épisode de Wallace et Gromit où ils n'ont plus de fromage pour les crackers et sont prêts à toutes les extrémités pour s'en procurer ? Il me parle, il m'interpelle, je m'identifie totalement. Avec le fiston, on se les tombe, les paquets de crackers ou de Tuc en mettant une tranche de Comté sur chaque biscuit salé.

Et puis il y a les jours de frénésie, comme un requin sentant l'odeur du sang dans l'eau. Et là, c'est affreux. Le Coulommiers qui y passe dans l'après midi de boulot, dans une série d'aller et retours vers le frigo. Ou le paquet de tranches de Masdaam, prévu pour une soirée croque-monsieur, qui descend, descend, descend, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, parce que fromage, il vécut ce que vivent les fromages : l'espace d'un matin. ET je ne parle pas des Tartare, Boursin et autres, qui se réduisent comme peau de chagrin quand je passe dans le secteur. Le petit carré de vache, amputé par morceaux, mais à un rythme soutenu. Les petits chèvres secs aux éclats d'abricot, engloutis. Une véritable boulimie fromagère, quand je bosse. Et je n'arrête pas de bosser ! Sauf pour me servir des cafés ou des tranches de frometon ! Je sais, j'ai honte, c'est horrible et indigne. C'est un vice abominable. Je...

**s'enfuit en pleurant et en maudissant le ciel de ses petits poings rageurs**




samedi 17 novembre 2012

La pensée philosophique du soir

"Pour fonctionner, un piège à con ne requiert qu'un seul ingrédient fondamental, dont le dosage est assez délicat. Et cet élément, ce n'est pas le piège, justement. C'est le con."
(Alex Nikolavitch)

Prométhée-moi d'arrêter ça tout de suite


Bon, histoire de procrastiner sur une traduction à rendre lundi dernier qui me fatiguait un peu, je me suis maté la fin de Prometheus. C'est dire si je suis pas bien dans ma tête : normalement, on procrastine en faisant un truc moins pénible que ce qu'on veut éviter, et en fait je crois que j'aurais eu mieux fait de continuer à bosser. C'est le petit Jésus qui m'a puni, sans aucun doute. Et la vache, qu'est-ce qu'il m'a mis !

Si la première moitié du film donnait à penser que le scénario était un truc mal branlé passé entre trop de mains pour être tout à fait cohérent, la seconde corrige cette fausse impression. Il n'est pas mal foutu, en fait. Il n'a juste strictement aucun sens et, au lieu de suspendre le disbelief, il lui fait subir des actes à la fois cruels, immoraux, dégueulasses, et globalement réprouvés par la morale et Télérama. Le scénario de Prometheus, c'est une œuvre expérimentale et abstraite qui tente de s'affranchir de notions comme la cohérence chronologique, la causalité, la psychologie et probablement le réel. On dirait quasiment un programme de parti politique, c'est tout à fait étonnant.

Magnéto, Serge ! Ah non, c'est pas le même bonhomme.


Le film essaie d'être Alien sans l'être. Ce calage du cul du xénomorphe pile entre deux chaises conduit à des effets de style aberrants. Un des moments forts d'Alien, c'est la révélation, par le biais de l'androïde décapité, que le débarquement des protagonistes sur la planète était planifié et voulu, qu'il s'agissait d'une expérience de mise en contact avec des choses dont on savait qu'elles étaient là. Il n'y a rien de tel qu'un bon coup de théâtre pour relancer un récit, planquer ses scories sous le tapis et focaliser l'attention du spectateurs sur ce qu'on veut lui montrer. Du coup, Scott et ses scénaristes multiplient les coups de théâtres. Figure imposée oblige, il faut que l'androïde soit une fois encore impliqué dans un plan saumâtre. Mais comme ce coup de théâtre-là est attendu, il fallait en rajouter d'autres. Du genre, hop, la présence du vieux à bord, hop, le fait que la blonde glaciale soit sa fille, hop, le fait qu'après avoir créé la vie il y a deux milliards d'années les Ingénieurs décident de la rayer de la carte (sans qu'on s'explique du tout pourquoi. du coup, cette incohérence servira de base au scénar de Prometheus 2, on sent que ça va être fabuleux, les explications), hop, un monstre en gore un autre, hop, l'autre devient le réceptacle d'un alien, hop, ce n'est pas le même alien que dans Alien, mais presque, et de toute façon il sort à un moment où il n'a strictement plus aucune utilité dans le récit. Ça fait un peu beaucoup de coups de théâtre, on croirait presque à des effets de manche pour détourner l'attention des incohérences et absurdités du scénar, sauf que quasiment chacun des retournements en génère de nouvelles.

Et puis ce côté "un coup on est dans le préquelle d'Alien, un coup on n'y est pas", c'est fatigant. On n'est pas sur la même planète, mais l'épave du vaisseau tombe de la même façon. C'est le même poste de pilotage, mais l'Ingénieur qui se fait perforer par une bestiole n'est pas dans le bon vaisseau. Et ainsi de suite. La prélogie Star Wars, en comparaison, c'est une continuité ultra-bordée. Notons aussi que, pour faire intelligent, Scott fait des clins d'œil appuyés en direction de Blade Runner, histoire de dire "hé, ho, c'est forcément bien, puisque je fais des référence à un film de moi que tout le monde dit qu'il est bien, alors oubliez un peu Robin des Bois et mes pires merdes, je suis le mec qui faisait Blade Runner, hein ? Vous vous rappelez ? Si, c'était moi, je sais que c'est difficile à croire. Quoi, j'avais des scénaristes moins tocards ? Hé, ho, on s'en fout des scénaristes, c'est moi qui fais les films, merde." Ce à quoi on a envie de lui répondre "oui, pépé, bien, pépé, prends tes pilules, pépé." En tout cas, vu que le scénar est même pas cohérent avec lui-même, c'était vraiment trop demander qu'il le soit avec le reste de la série (notons que c'est très faux cul : Scott dit "on a commencé comme un prequel d'Alien, et puis on a décidé de s'en écarter pour faire quelque chose de plus grand, d'indépendant", mais on vend quand même le film dans des coffrets Alien Universe).

Après, je passe sur la nana sanguinolente et le bide à peine recousu à l'agrafeuse qui cavale dans les couloirs, et n'a de maux de ventre que quand ça peut servir de diversion dramatique, je passe aussi sur les nanas qui courent dans le même sens que le vaisseau qui tombe (c'est probablement un hommage à Vile E. Coyote) (je me refuse d'accabler qui que ce soit, c'est pour ça que je préfère penser que c'est un hommage), je passe sur le fait que les Ingénieurs n'aient pas physiquement évolué en deux milliards d'années, je passe sur le fait que les civilisation terriennes, pointent toutes vers une étoile dont on nous dit après qu'elle n'a rien à voir avec nos origines, mais que c'est une base excentrée des Ingénieurs, et ainsi de suite. Et je rappelle que ce film se voulait intelligent, brandit des concepts scientifiques toutes les deux minutes, et veut donner à réfléchir sur la nature de l'homme. La nature de l'homme, je ne sais pas, mais la nature des scénaristes hollywoodiens actuel, j'ai ma petite idée, je crois que ça se situe entre l'échappé d'agence de pub et l'ivrogne de café du commerce, avec peut-être une once de cocaïnomane un peu vandammisé.

Gageons que la suite, dans laquelle notre vaillante archéologue et le bout d'androïde (qu'elle aura probablement réussi à réparer entre temps) va essayer de prendre contact avec la civilisation des Ingénieurs en communiquant dans un langage reconstitué à partir de bouts de proto-indo-européen. Je crois que j'attendrai qu'on me le prête pour le voir.

vendredi 16 novembre 2012

Quand M'sieur Bilbon s'est retiré dans un couvent, il est devenu cénhobbit


J'avais chopé dernièrement la VF du comics Cowboys vs Aliens (titré en VF, comme le film, Cowboys & Envahisseurs, ça a son importance et on y reviendra plus loin) chez Emmanuel Proust. Par chance, je l'avais chopée sur un étal de marché à 1 euro.

L'album est resté quelques temps sur ma pile des "trucs à lire". Et puis finalement, je l'ai lu.

Il vient de partir direct à la "boite à radouilles", le carton dans lequel je fourre tout que je revends en brocante ou que je refourgue aux copains. Et je regrette l'euro dépensé. Parce que je vais avoir du mal à le refourguer au copains, ou alors en cadeau-gag lors d'un anniversaire.

Alors pour parler clair, le dessin est naze, et le scénar plutôt rigolo mais assez mal branlé : il exploite mal sa situation de départ et n'est pas bien construit. En soi, ce n'est même pas forcément très grave, un projet du genre peut fonctionner justement sur la sympathie que génère son côté mal foutu.

Le vrai gros souci, d'est la traduction. Et la traduction, oh, mes aïeux, c'est un bijou, c'est une merveille, c'est un truc incroyable, on atteint des sommets abyssaux (oui, je sais, ça se dit pas, mais il faut une métaphore qui soit du niveau de ce à quoi elle se rapporte). Elle n'est pas créditée, cette traduction et c'est tant mieux pour le malheureux qui l'a signée, parce qu'il enfonce de très loin toutes mes têtes de Turc habituelles dans la profession (et j'en ai quelques unes) (sachant que je suis moi-même la tête de Turc de quelques autres, mais comme on dit chez les Turcs, on est toujours le Belge de quelqu'un).

Bon, déjà, j'ai trouvé une occurrence de "nitrogène" dès les premières pages. Ça signe d'emblée le roi de la traduction, c'est la bourde d'un amateur qui n'a de surcroît aucune culture scientifique* (eh oui, la traduction est vue avant tout comme une activité de "littéraire", et la césure artificielle que le système éducatif de notre pays continue à pratiquer entre "scientifiques" et "littéraires" n'a pas fini de confire la culture dans un abêtissement crasse et une deconnexion du réel).

Ensuite, on a d'un côté des aliens, de l'autre des cowboys. On peut s'attendre à ce qu'il y ait un poil de travail sur le niveau de langue, histoire que les aliens parlent techno, et les cowboys parlent cowboy. C'est tout le sel, en théorie, de ce genre d'exercice.

Eh bien non !

Les aliens parlent comme des racailles et les cowboys emploient des mots comme "équipement sophistiqué" (ce qui est déjà un faux amis en Anglais) et "aliens" pour parler des aliens. Alors que le titre remplace "aliens" par "envahisseurs". Et que même dans Alien, la trad traduit "Alien" par "Etranger", ce qui pour le coup aurait fait vachement plus cowboy.

Bref, du grand n'importe quoi. Celui qui a commis ça est un coyote à foie jaune qui ferait mieux de se cacher.

PS : à propos de traduction, je suis très dubitatif de la retraduction de Bilbo le Hobbit. Je veux bien que l'ancienne n'était pas parfaite, faisait son âge et n'était pas cohérente avec celle du Seigneur des Anneaux. Mais justement, pourquoi diable avoir traduit les noms propres, si ce n'est pas pour reprendre ceux du SdA ? On passe de Bilbo Baggins à Bilbo Bessac, alors que dans le SdA, c'est Bilbon Sacquet. Je suis même pas certain que ce soit pour des raisons de droits, en plus (ou si ça se trouve, c'est pour ça, mais alors c'est assez minable quand même).

* C'est comme les erreurs sur silicon et silicone en VO qui se traduisent respectivement par silicium et silicone en VF. Vous allez rire, mais je connais pas mal de collègues qui traduisent silicon par silicone. Je me demande si le processeur de leur ordinateur est fait en prothèse PIP, en tout cas il traduit à la Mas. Après, il y a des relectrices qui sont tanches, aussi : une fois, la relectrice d'un éditeur m'a changé un truc dans une bulle où il était question de "plastic", un explosif, bien entendu. Elle a corrigé en "plastique". Je ne travaille plus avec cet éditeur, depuis lors.

mercredi 14 novembre 2012

Heureux qui comme Burton a fait un beau voyage

Bon, pour l'instant, les réactions à Burton vers les sources du Nil sont plutôt positives, et ça encourage à continuer. D'ailleurs, on continue, à titre de preuve ce crayonné de planche que j'ai reçu aujourd'hui :


C'est de Lionel Marty, et c'est donc extrait de Burton, le voyage à la Mecque, qui sort en mars prochain dans la collection Explora.

vendredi 9 novembre 2012

Heureusement que je ne verrai pas ça

D'après une étude, le changement climatique fera une victime de taille d'ici 2080 : le café Arabica. En effet, c'est un café qui, pour être cultivé, a besoin de conditions de température et d'humidité assez précises. Conditions qui seront de plus en plus difficile à réunir à l'avenir, semble-t-il. Donc, en 2080, faudra se contenter d'un café bas de gamme, voire de divers erzatz de type chicorée. Non que je dédaigne la chicorée, j'en bois de temps en temps, mais comme carburant pour bosser, c'est pas ça.

Vous me direz, en 2080, j'aurai plus de cent ans, et donc primo, je serai peut-être à la retraite et j'aurai moins besoin de carburant pour bosser (quoique j'aime trop écrire pour envisager d'arrêter sérieusement), deuzio, la dictature hygiéno-bienêtriste aura probablement marqué encore quelques points et réussi à faire interdire ce noir breuvage qui pervertit la jeunesse, troizio, peut-être que je serai tout bêtement trop esquinté pour tenir une tasse de mes mains tremblantes, et comme j'ai toujours considéré que boire le café à la paille, c'est mal, je me vois mal déroger à un principe aussi défendable, et quatrzio, si ça se trouve, en plus, je serai clamecé, donc le problème ne concernera plus que mon âme dans son lieu de repos, à supposer bien sûr que j'en aie une en état de marche.

Bref, je me retrouve exactement dans la même situation que mon célèbre ancêtre Ouglouk Dents-Pourries, qui déprimait parce qu'en 19.000 avant Jules César un climatologue mésolithique lui avait annoncé que le réchauffement allait mettre fin à l'approvisionnement en bidoche de rhinocéros laineux vers 8500 avant Jésus-Christ ou, dans le meilleur des cas, 8000 avant Juno Coelivora, une dame qui officiait derrière les latrines du Forum. Ça avait tellement déprimé ce pauvre Ouglouk qu'il était allé graver des graffitis obscènes sur la cloison des chiottes de la cafète, dans la grotte Cosquer. Il était comme ça, Ouglouk. Il tenait à son petit confort et à des valeurs saines, au premier rang desquelles le steak de rhinocéros laineux à la sauce aux airelles. Son désarroi me fait encore mal aujourd'hui quand j'y pense.

Bref. Tout ça pour dire que ça m'emmerderait que le café disparaisse (alors que je ne verserai pas une larme pour le Red Bull, par exemple).

Bon, en dehors de ça, je rappelle aux habitants du Vexin que je serai dans leur quartier demain à signer des bouquins, précisément à la salle Pompidou, à Marines (Val d'Oise). Je serai en dédicace de 10 heures à 17 heures, qu'on se le dise ! (et on m'a assuré que j'aurai du café à volonté)


jeudi 8 novembre 2012

Espion es-tu là ?

Alors que nous tombe du ciel une nouvelle aventure de l'homme dont le nom est Bond, James Bond, on est en droit de se demander comment l'espion, inquiétant personnage de l'ombre et terreur des décideurs, est devenu l'icone pop qu'il est aujourd'hui.

Parce qu'il faut bien le dire, l'espion n'est pas glamour, à la base. De tout temps, il a été le type qui soudoie, qui laisse traîner ses oreilles, qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas. Indispensable (et encore, Napoléon a écrit à plusieurs reprises le peu de bien qu'il pensait de la fiabilité de l'espionnage dans le domaine militaire), il est généralement méprisé. Et de par sa fonction, il reste discret et est difficile à starifier. Historiquement, peu d'espions sont vraiment devenu des personnages célèbres. Le Chevalier d'Eon, plus parce que sa capacité à se faire passer pour une dame excitait l'imagination des gens, Mata Hari, que son côté people rendait media-friendly, et puis les transfuges de la Guerre Froide, les Burgess, Philby et autres, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ont rarement obtenu la sympathie du public. Qui plus est, on n'entend généralement parler des espions que quand ils se ratent, comme dans le cas de l'affaire du Raimbow Warrior, qui avait bien fait rire tout le monde.

Dans le monde réel, les espions véhiculent d'autres fantasmes aussi, comment en témoignent l'affaire de l'étudiante chinoise de chez Valéo, puis celle des barbouzeries croisées au techno-centre de Renault. Les vrais espions n'ont pas de Walter PPK, ils s'intéressent plutôt aux prochaines générations de plaquettes de freins.

Pourtant, l'espion, parfois renommé "Agent Secret" pour faire plus classe, est un des héros de notre temps. James Bond est une valeur sûre, déclinée et copiée de partout, Michael Caine a construit sa carrière sur un paquet de films d'espionnage, Monsieur Phelps est passé dans le langage courant sans pour autant s'autodétruire cinq secondes plus tard, et je ne parle même pas des productions plus ou moins inspirées qui inondent nos écrans et les bacs de la Série Noire. Et puis il y aussi ce brave Nick Fury, qui a donné au "secret" d'agent secret un sens pour le moins décalé. En fait, tout se passe comme pour le policier : mal aimé dans la vie, il n'est vraiment apprécié que sur écran ou sur papier.

Que ce soit clair : je l'aime beaucoup, Fury, mais comme espion, on fait plus discret


Mais ces espions de la pop culture, en sont-ils encore vraiment. J'évoquais Nick Fury, et force est de constater que neuf fois sur dix, il se comporte plus en super commando qu'autre chose. James Bond, c'est pareil : peut-on réellement croire à un agent secret qui s'affiche autant et de façon si peu discrète ? D'un autre côté, vous me direz, Fleming s'était inspiré d'un espion yougoslave appelé Dušan Popov qui avait théorisé son propre manque de discrétion, considérant qu'on n'est jamais mieux caché qu'en pleine lumière.






Souvent, l'espion de cinéma est un surhomme qui défie les lois les plus élémentaires de la physique et des probabilités. C'est d'autant plus curieux que le créateur de James Bond, Ian Fleming, a été au service secret de sa Majesté pendant toute la durée de la seconde guerre mondiale, et qu'on imagine qu'il savait comment ça se dansait. Plus amusant encore, James Bond, déjà assez parodique, a fini par être intensivement parodié, via des délires (très jouissifs, ceci dit) comme Austin Powers et autres OSS 117 en version Dujardin. Dernièrement, les amateurs du genre auront pu aussi se mettre sous la dent les exploits kungfutesques de la petite Jennifer Garner, vedette de la série Alias, qui se laisse regarder sans déplaisir.

Mais l'espionnage réaliste sur pellicule existe. Dans le film Les Patriotes, Yvan Attal joue un jeune espion recruté par les services secrets israéliens, qui apprend à la dure les règles psychotiques qui régissent la profession. Hormis un happy end pas vraiment indispensable, le film tient super bien la route et flirte pas mal avec la démonstration de cynisme pur et dur, se refusant aux effets spectaculaires, plongeant plutôt dans les méandres de modes de pensées assez particuliers. Spy Games, avec Robert Redford et Brad Pitt, quoi que plus spectaculaire, montre assez bien le backstage des affaires d'espionnage, les tractations et les magouilles qui ont lieu à l'arrière plan des opérations sur le terrain, avec là aussi des moments d'un cynisme effrayant (et là aussi un happy end, mais plus soft que l'autre).

MI5 (ou Spooks, en VO) est aussi une série hyper bien foutue sur le Renseignement intérieur à la Britannique. Peu d'effets de grand spectacle, mais pas mal de coups de couteau dans le dos au niveau politique, guéguerres entres services, et cas de conscience. De la très bonne came comme seuls les Biflandais savent en faire.

La trilogie (plus un) Jason Bourne, de son côté, renoue avec l'espionnage pas discret et larger than life. Et en plus, c'est tout repompé sur XIII. Non, je déconne. C'est de toute façon moins délirant que les grand guignolesques Mission : Impossible avec Tom Cruise.

Pour les archivistes, Double Trahison, de Terrence Young (qui avait été le réalisateur du premier James Bond, d'ailleurs, et dont un des personnages est joué par un des acteurs ayant incarné Blofeld) est un bon petit film bien ficelé, dans lequel un transfuge passé à l'Est change de visage afin d'accomplir une ultime mission dans son pays natal. Sauf que s'il y a quelqu'un qui a plus de mal à gérer sa double vie que l'agent double, c'est bien... Le transfuge double.

Mais force est de reconnaître que ce genre d'approche passionne moins les foules que la perspective de voir Pierce Brosnan ou Daniel Craig sauter d'un hélicoptère qui part en vrille pour aterrir au volan d'une voiture de luxe à côté d'une créature de rêve qui croise haut les jambes sous sa jupe fendue très haut.

Mais Brosnan a su montrer les aspects troubles de cette fantasmatique en en prenant le contre-pied dans Taylor of Panama, adapté d'un roman de l'ancien barbouze John Le Carré, dans lequel il incarne un fonctionnaire au service secret de Sa Majesté qui tente le coup pour le coup en levant une affaire abracadabrantesque, histoire de se faire passer pour ce qu'il n'est pas du tout, à savoir un super-agent. Voire même un agent raisonnablement compétent. Notre Pierce se fait piercer à jour et rouler dans la farine par quelqu'un qui a bien saisi son délire et l'image démesurée et romantique qu'il tente d'avoir de lui-même.



Un authentique espion s'est perfidement (et subrepticement)

glissé dans une brochette d'espions d'opérette
Ami lecteur, sauras-tu le reconnaitre ?


Plus récemment, la Taupe, adapté là encore d'un roman de John Le Carré (roman lui-même largement inspiré de l'affaire Philby) avec Gary Oldman dans le rôle de l'austère et grisâtre Monsieur Smiley, a réactualisé l'image de l'espion comme fonctionnaire passe-partout et insignifiant, cette insignifiance devenant une grande force.

En comics, on ne peut que recommander l'excellente série Queen and Country, écrite par Greg Rucka, bien ancrée dans l'actualité et dans les travers et détours de la real-politik et de la procédure.

Arrivé à ce stade de mon exposé, il s'avère que je n'ai toujours pas répondu à la question initiale qui était, si je me souviens bien : "comment l'espion est-il devenu l'icone pop qu'il est aujourd'hui ?". Ça tombe mal, je n'ai pas vraiment la réponse. Il y a sans doute à l'oeuvre un processus analogue à celui qui a fait du policier un héros universel, sauf dans la vie réelle. En effet, l'espion comme le flic ont a faire face à des situations extrêmes, que le commun des mortels préfère éviter, mais sur lesquelles il aime bien à fantasmer. Notons que le mafieux semble aussi plus ou moins dans ce cas.

Et puis, dans le cas de l'espion, il doit entrer aussi une part de goût pour la paranoïa, de passion des théories de la conspiration, ce désir d'imaginer que la vraie histoire se déroule de façon sous-jacente, que la vérité est ailleurs. Et des opérations d'espionnage bien réelles, comme Fortitude ou Mincemeat, qui ont lourdement pesé sur la conduite des opérations durant la Seconde Guerre Mondiale, ont tendance à conforter le public dans cette idée.

Mais bon... Je n'ai rien dit, tout ça c'est de l'info sur le manteau, je ne suis même pas là, et si vous étiez capturé ou tué, je nierai bien entendu avoir connaissance de vos activités, voire de votre existence...






Les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué que cet article n'est qu'une version légèrement réactualisée de celui que j'avais publié il y a six ou sept ans sur Superpouvoir.com. J'ai déjà tellement de textes qui trainent dans mes tiroirs qu'il faut bien que j'en ressorte de temps en temps...

mercredi 7 novembre 2012

Dernières nouvelles de la bibliographie

J'avais dit que je poursuivrai la checklist de mes publications diverses. Aujourd'hui, parlons donc des quelques nouvelles que j'ai publiées "puis ça, puis là, comme le vent varie". La nouvelle est un exercice auquel je ne me livre que très sporadiquement, mais que j'aime bien pour des tas de raisons (au premier rang desquelles ma passion du récit court, voire ultra-court, sous toutes ses formes). J'en ai encore quelques unes dans mes tiroirs. Que j'essaierai de placer, un jour. Ou pas.

Réveil, une nouvelle de SF dans Fantask 1, chez Semic
C'était un petit texte de SF très court, sur un robot déglingué programmé pour se réactiver à intervalles réguliers, mais qui finit part partir en vrille, se dégradant un peu plus à chaque fois.

Débarquement, une autre nouvelle de SF, dans Yuma 1, chez Semic
Vue de l'intérieur d'un char futuriste dans une guerre ultramoderne sur un monde lointain. Les instruments électroniques créent une distance entre le soldat commandant le tank et ses cibles. C'est un peu l'effet Guerre du Golfe, quoi. (et un peu dans l'esprit de ce que j'ai fait par la suite dans l'Escouade des Ombres)

Dédales, une nouvelle fantastique, dans Fiction 1, chez Les Moutons électriques
Sur le thème du labyrinthe, je raconte un voyage dans le sous-bassement des mondes.

Descente, une nouvelle fantastique, dans l'anthologie Explorations et conquêtes infernales, chez Parchemins et Traverses
Symétrique du précédent, mais plus long. Des explorateurs cherchent la sortie d'une gigantesque structure creuse, qui de l'intérieur pourrait s'apparenter à une tour. Mais ils semblent ignorer depuis combien de temps ils sont là, et combien de temps encore il leur faudra descendre.

Un autre texte devrait sortir en 2013 dans une anthologie chez Rivière Blanche. Je vous en parlerai un peu plus d'ici là.

mardi 6 novembre 2012

C'est aujourd'hui, ha ha ha !


Oui, Apocalypses !, c'est aujourd'hui. Ruez-vous sur votre librairie comme une foule paniquée jouant des coudes pour accéder à un abri antiatomique trop exigu, ou comme une horde de zombies tambourinant aux portes du centre commercial. Normalement, si tout va bien et que le Monsieur qui met les cartons dans les camions ne s'est pas merdé (je préfère préciser : Hachette m'avait torpillé la sortie de Tengu-Do 2 comme ça, mais justement, là, ce n'est pas Hachette qui nous distribue, donc ça devrait bien se passer), Apocalypses une brève histoire de la fin des temps sort aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies.

Je ne résiste dès lors pas au plaisir de vous en rebalancer un extrait :




Avec ses multiples têtes, la bête de l’apocalypse se prête bien à des interprétations multiformes. C’est une hydre, comme le grand dragon terrassé par saint Michel. Mais dans ces cas-là, toute la question c’est de savoir qui est Michel et qui est le dragon. Pour certains, le dragon rouge c’est, on l’a vu, l’ogre soviétique. Pour d’autres, et c’est symétrique, c’est le grand capital, et l’apocalypse s’imagine sous la forme du « grand soir » où le dernier patron est pendu avec les tripes du dernier curé, à moins que ce ne soit l’inverse. La révolution des uns est le cauchemar des autres.

En guise de Cavaliers de l’Apocalypse, la guerre du Vietnam est une belle Guerre, les événements du Biafra la Famine et la pollution omniprésente la nouvelle incarnation de la Pestilence. C’est l’époque des grands blocs, mais aussi l’aube de l’ère des grandes multinationales, qui s’émancipent peu à peu des États-nations.

Graduellement émerge une nouvelle figure du mal : l’expert-comptable, au complet gris, au front large, aux lunettes à monture épaisse, la calculette à la main, aux arrêts d’autant plus irrévocables qu’ils sont fondés sur la plus impartiale des bases : les chiffres. « Que celui qui a l’intelligence calcule le nombre de la bête, car s’est un nombre d’homme ». Le comptable profère la sentence dans les périodes de crise, et le DRH formé à la même école brandit le couperet et l’abat sans répit. Si le yogi était la figure tutélaire du tournant des années 1970, c’est le commissaire, selon la typologie d’Arthur Koestler, qui prend la main dix ans plus tard. Ce sont les cauchemars prophétiques de Franz Kafka qui prennent corps.

Le comptable sans visage est l’incarnation occidentale du commissaire (politique ou au plan) des pays de l’Est, dénué d’émotions et d’empathie, pensant par graphiques et projections. Ses coups de tampon méthodiques sont la marque de la bête inscrite au front des masses. 

Ce personnage déjà effacé et grisâtre, infiniment nuisible, se désincarnera graduellement, toujours un peu plus, au point de n’avoir même plus besoin d’une apparence humaine. Le comptable est un être finalement supplanté par son fils spirituel, son outil de prédilection, l’ordinateur. Bientôt, l’ordinateur nourri de données par des mains anonymes prend les décisions avec encore moins d’états d’âme. Devenu tout-puissant, il achève le processus de déresponsabilisation par émiettement décrit par Hannah Arendt : la banalité du mal.


lundi 5 novembre 2012

Mucho Mucha, muchacho

Revenu de Rouen où j'avais fait un saut express pour diverses raisons familiales (permettre à ma fille de participer à un concours musical organisé par un conservatoire de la région, voir mon frère, sa femme et mes nièces) ce qui m'a permis de découvrir une ville épatante que je ne connaissais que pour l'avoir traversée une fois en voiture (c'était un raccourci. qui avait rallongé notre voyage, si je me souviens bien, de près de trois heures. le conducteur du véhicule s'était fait disputer à l'arrivée par le conducteur de l'autre véhicule affecté à ce départ en vacances, qui avait pris un chemin normal, lui). Là, petit voyage en train, plus rapide d'ailleurs que je ne l'aurais cru, et vieille ville médiévale très belle, avec aussi de super bouquinistes (toujours un plus, dès que je suis concerné) et des boutiques qui vendaient des macarons au carambar, alors fatalement il a fallu que j'essaie.

Bref, alors que j'ai du boulot à ne plus savoir qu'en foutre, ces deux jours m'auront fait un bien fou.

Au retour, ma fille, qui ne fait pas que de la musique, s'est remise à un devoir d'arts plastiques pour l'école et me l'a montré pour avoir des conseils. Et là, je lui ai dit "tiens, c'est marrant, l'effet sur les cheveux, on dirait du Mucha. tu connais Mucha ?" Elle m'a fait non de la tête. Alors je suis allé chercher un bouquin sur Mucha, que je lui ai passé.

Le terme technique décrivant la suite pourrait être "déflagration mentale" (ou "explosion du cosmos intérieur", s'il y a des fans des Chevaliers du Zodiaque parmi vous). Le scotchage immédiat. La gamine vissée dans un coin du canapé à compulser fébrilement l'ouvrage. J'ai personnellement vécu ce genre de moments : des gens qui me faisaient découvrir un auteur ou un artiste qui me mettait sur le cul d'emblée, et que ça me démontait la tête. Mais être à l'origine de la même chose, de ce même violent coup de foudre en filant un conseil anodin (c'est pas la première fois que je lui fais découvrir des trucs qui l'intéressent), ça me fait bien plaisir.


Faut dire que le père Mucha était capable, outre l'élégance folle de son dessin, d'insuffler une grâce mythologique à ses sujets. Un mouvement habillant le réel, le transcendant, sans pour autant le renier. Je crois que ma fille est tombée instantanément amoureuse du style Mucha (du coup, je lui ai monté des trucs sur Guimard, histoire de contextualiser tout ça). Mucha, c'est vraiment une époque révolue, l'image ou le fantôme d'une espèce d'âge d'or fantasmé. C'est la réinvention d'un éternel féminin qui fait irruption dans le Siècle. Ou l'inverse, d'ailleurs.

Et puis faut dire ce qui est : un type qu'on paye pour faire une pub pour de la bière, et qui transforme l'exercice en œuvre immortelle*, inutile de dire que je suis forcément fan.


Comme quoi, l'esthétisme peut aussi s'accommoder de saines valeurs. Comme l'amour des jolies femmes et de la bière.


* et qui avait fait pareil avec des boites à biscuits, des pubs pour des vélos ou des cigarettes et des étiquettes de champagne, il est bon de le noter. Et même avec Sarah Bernard.

jeudi 1 novembre 2012

Scott toujours


Hum. J'ai un peu négligé la War Zone, ces derniers jours. Beaucoup de boulot, faut dire. Pas mal de trads, et des pages de scénar promises pour ces jours-ci. Et puis j'avais des ateliers jeunesse la semaine dernière, faudra que je vous en reparle, c'était vraiment sympa et très rigolo.

Mais néanmoins, pour me détendre un peu, je me suis maté hier soir la première moitié de Prometheus, le dernier Ridley Scott. Et puis j'ai fini par couper parce que ça m'énervait au lieu de me détendre. J'adore ces genre de films d'exploration spatiale, mais là, trop d'aspects clés sont traités par dessus la jambe.

J'admets : le vaisseau est cool. C'est déjà ça.


Alors il faut rendre une justice à ce film : c'est hyper joli visuellement. Mais en dehors de ça, qu'est-ce que c'est con, quand même.

Entre le trip façon intelligent design (relativement supportable parce qu'il s'intègre peu ou prou à un courant assez ancien et traditionnel de la SF qu'on retrouve sous une forme approchante chez Larry Niven et quelques autres. D'ailleurs les Ingénieurs sont directement inspirés des Protecteurs Pak, un élément clé du Know Universe de Niven) (mais Niven est quand même un type très marqué à Droite, et par les temps qui courent, marquage à Droite + Intelligent Design, c'est un mix inquiétant) et le décalage quasiment star warsesque entre la technologie primitive d'Alien et les machins à zigouigouis holo-tactiles censés lui être antérieurs, ça commence fort. (alors d'accord, le Nostromo, dans Alien est un cargo miteux qu'on devine sous pavillon maltais ou panaméen, alors que le Prometheus est un vaisseau scientifique au top, dans lequel il a été injecté un paquet de milliards, mais quand même)

Que l'androïde apprenne à manier les langages extraterrestre en étudiant les racines indoeuropéennes (y compris la fameuse fable des moutons en proto indo européen reconstitué qui fait quand même un peu rire les linguistes sérieux), on va dire que c'est une convention de style.

Le coup de l'ADN alien qui coïncide parfaitement à l'ADN humain, c'est une connerie directement tirée de Mission to Mars de DePalma (et vous savez à quel point je déteste ce film vulgaire et imbécile qu'est MtM), alors qu'une simple compatibilité chimique des ADN suffisait pour le récit, et avait le mérite d'avoir du sens en termes de biochimie.

Et puis c'est juste moi, ou Hollywood ne sait plus décrire des professionnels ? On est face à un équipage trié sur le volet, et pourtant :

- Qu'un couillon décide d'ôter son casque sur une planète inexplorée sous prétexte que dehors, elle est toxique, mais sous abris, elle ne l'est plus, on peut encore l'imaginer : il est archéologue, pas cosmonaute. J'ai un peu du mal à croire que dans cet univers, il n'y ait pas déjà eu des accidents graves et médiatisés lors de débarquements, mais passons. Mais que tous les autres l'imitent dans la minute, y compris des toubibs et des spécialistes de la sécurité, c'est au-delà de la vaste blague. Il existe forcément une procédure et un timing pour ce genre de choses. Une quarantaine quelconque. Tous ces scientifiques sont censés être la crème des cadors chacun dans son domaine. Et le seul mouftage, c'est "hé, t'es fou, trop ça se fait pas ! Ah bon, tu respires bien quand même, alors je tombe le casque aussi, si c'est ça. Faites comme moi les copains."

- le type qui lance les drones cartographiques trouve le moyen de se perdre. Alors qu'il a accès aux cartes. C'est pire qu'un pain de scénario, c'est vraiment prendre les spectateurs pour des abrutis.

- les biologistes prennent pour argent comptant le fait que l'ordinateur dise (pas de contaminants), et analysent un bout de bidoche dont ils savent qu'il est plus que compatible avec leur propre biochimie (donc potentiellement contaminant et toxique en lui-même), et quand le bout de barbaque s'avère encore vivant, là, seulement ils réagissent en le remettant en quarantaine. Je rappelle qu'un organisme vivant de type humain est blindé de microbes en tout genre. Selon les estimations les plus basses, plus de 10% de notre masse à tous est constituée de microbes divers. Donc potentiellement contaminants quoi qu'en dise l'ordinateur. Et puis merde, c'est pas comme si on n'avait pas eu vingt ans de films d'autopsies extraterrestres en tenue NBC.

Le port du casque obligatoire, bande de connards,
vous avez jamais entendu parler, non ?


Je veux bien qu'il y ait un suspension of disbelief dans ce genre de film. Dans Star Trek ou Star Wars, les mecs qui débarquent sur des planètes n'en ont rien à carrer des contaminations biologiques. Mais là, on est dans un film qui prétend à une certaine profondeur, et brandit des explications biologiques et génétiques (oui, l'ADN qui noircit avant de se briser, ça m'a fait rire aussi). Mais bon. Dans Blade Runner, les explications de Tyrell étaient bidons, mais c'était du technobabble, un habillage circonstanciel et assez court destiné justement à marquer une incapacité à communiquer et à trouver un terrain d'entente entre la créature et son créateur. Là, les explications données dans Prometheus torpillent d'emblée tout aspect de ce genre, puisqu'elles posent l'identité génétique parfaite entre créateurs et créatures (ce qui est d'une bêtise à tellement de niveaux que je ne sais même pas par où commencer : s'il s'agissait de recréer de la vie à l'identique, il était quand même plus simple de tout bêtement coloniser la planète plutôt que de recourir à un grand-guignolesque sacrifice initial, qui n'aurait de sens que dans une perspective religieuse et mystique, et le film n'a pas l'air parti pour explorer les conceptions des ingénieurs en la matière).

Du coup, j'ai été voir une interview du scénariste de ce machin, et on est bien dans le trip Mission to Mars, entre le besoin maladif de créer une identification entre le spectateur et les créatures (alors qu'on a déjà les cosmonautes terriens pour s'identifier) et l'espèce de honte de faire du grand blockbuster spatial qui conduit à y injecter artificiellement des grandes interrogations philosophiques traitées avec l'élégance, la clarté et la maitrise des concepts d'un élève de Première Technologique (et encore, il y a gros à parier que l'élève de Première Technologique aurait été un peu moins tocard sur les aspects scientifiques du scénar). Je n'ai rien contre les films dégoulinants de connerie, entendons-nous bien. Au contraire. Mais les films dégoulinants de connerie qui se croient intelligent, c'est au-dessus de mes forces. C'est un peu comme si Jean-Marc Morandini se prétendait journaliste, pour situer, ou Mickaël Vendetta politologue.

Je sens qu'il va falloir que je me force à regarder la suite, juste pour voir si c'est aussi con après (et j'ai dans l'idée que oui).

Edit : en fait, oui.