vendredi 4 décembre 2009

The sound of Seznec

Ce matin, j'étais sur Paris. J'avais des boulots à rendre, et puis j'en ai profité pour me reprendre une paire de bottes, parce que bon.

Et dans le métro, il y avait des grandes affiches 4x3 pour la nouvelle superproduction historique de Robert Hossein. Bon, il y avait aussi d'immenses affiches 4x3 pour un concert à Bercy d'un certain Michael Bublé, dont j'ignore totalement ce qu'il chante, ce qui fait que bon, je ne vais pas en parler, je note juste que la pub, dans ces conditions, s'apparente à ce qu'on appelle "bruit" en théorie de l'information. Le "signal". est perdu, le message est non signifiant. Alors que Robert Hossein, je connais. Il a fait du chemin depuis qu'il jouait l'ignoble commissaire Rosen dans Le professionnel. Maintenant (bon, depuis une bonne vingtaine d'années, si ce n'est plus, j'ai perdu le compte), il se refait des grandes controverses historiques. Fallait-il couper la tête à Jeanne D'Arc, brûler Marie-Antoinette, affranchir le courrier de Lyon, tout ça. Vous avez dû être exposé à ces trucs, depuis le temps. Bon.

Maintenant, il se refait l'affaire Seznec. Et là, je trouve ça intéressant. Parce que l'idée, dans tous ces spectacles, c'est justement "laissons le spectateur se faire son idée". Le problème, c'est que sur une affaire comme celle-la, le débat est irrémédiablement pollué. Vu que, depuis plus de trois quarts de siècles, on n'en parle que pour dénoncer une possible erreur judiciaire (je ne connais pas bien le dossier, moi, je ne me prononcerai pas sur le fond) l'opinion est forcément biaisée. S'il n'y avait pas eu ce doute persistant, ce combat de la famille, ces déclarations, il n'y aurait plus d'affaire Seznec. Ce serait une vieille histoire oubliée, on n'en parlerait plus, et a fortiori, on n'en ferait pas un spectacle. Le spectateur vient donc avec en tête, au moins au niveau subliminal, "Seznec innocent". Ça brouille passablement le concept.

Une station de métro plus loin, il y avait une affiche immense, colorée et guillerette (signée Pierre et Gilles, quand même) pour une comédie musicale tirée de La Mélodie du Bonheur. Et là, on se dit qu'il y a gourance, en fait. Il aurait fallu faire une affiche colorée et guillerette à la Pierre et Gilles pour une comédie musicale sur l'affaire Seznec, et un spectacle "faites-vous votre idée avec Robert Hossein" de la Mélodie du Bonheur. Là, ça aurait été marrant. Hossein en narrateur tonitruant : "L'Anschluss ! Fallait-il réunifier le monde germanique sous les talons des bottes nazies ? Exposons tous les arguments ! Voici Franck de la Personne déguisé en Eric Besson qui incarnera pour vous le chancelier allemand et va tenter de vous convaincre".

Ça, ça aurait été couillu.

7 commentaires:

artemus dada a dit…

"Une station de métro plus loin, il y avait une affiche immense, colorée et guillerette (signée Pierre et Gilles, quand même)"

Ah! Tiens ?!
Il y a eu de l'eau dans le gaz, Pierre n'est plus avec Vacances. Ah, l'amour ça vient ça va tu me diras mais de là à en faire une affiche.

mantichore a dit…

Hm, judicieux comme casting: Frank de la Personne en Besson. pas forcément plaisant, comme rôle, mais physiquement, y a quelque chose. D'après ce que je sais, dans la reprise de La Mélodie du Bonheur, y a des montagnes et des prairies jusque dans la salle à manger des Von Trapp. Et je dis: "Kitsch? Le kitsch, il a bon dos".

(En fait, je pourrais même le chanter) O_____O

Nikolavitch a dit…

oui, toi aussi, cet air est gravé au fer rouge dans ta tête, et même un traitement à la paille de fer n'a pas réussi à l'effacer ?

JayWicky a dit…

Michael Bublé dispose d'un effrayant superpouvoir : celui de faire regretter l'époque où Claude Moine ou Jean-Philippe Smet devaient se faire chier à trouver un pseudo. Et faut le faire, quand même.

Quand à cette affiche de la Mélodie du Bonheur, oui, moi aussi je l'ai vue. Merci de me le rappeller parce que c'est surtout le nom de l'actrice que je voulais trouver. Ainsi c'est du Pierre et Gilles ? Très soft, pour eux. Ou alors c'est que leur style a suffisamment fait école pour qu'on croit avoir affaire à leurs suiveurs quand ils ne sortent pas la grosse artillerie.

mantichore a dit…

C'est un air absolument inoubliable. Ceci dit, ça ne me dérange pas, j'aime la comédie musicale, moi. Et n'oublions pas que, passé la première moitié un peu sirupeuse (bien que les chansons soient plutôt réussies), on arrive quand même à une partie plus dramatique avec les salopiots de Nazis. "Those swines!"

Comédie, c'est juste le terme français, quoi.

Et ça place La mélodie du bonheur à mille coudées au-dessus des comédies mus... pardon, des opéras-rock français récents, du genre Mozart (pardon, Wolfie, ils sont pas méchants, ils sont juste débiles), profonds comme une diffusion de La nouvelle star.

mantichore a dit…

Ouh, con! Je poste un message sur Mozart, et le mot de confirmation qu'on me demande, c'est kyrie. À la limite, ça fout la trouille.

Nikolavitch a dit…

ah ouais, jolie, le coup de la kyrie. alors que l'opéra rock mozart, c'est plutôt kyrie le clown, en effet.

Mais bon, pour reprendre une alternative bien connue, si on me donne le choix entre La Mélodie du Bonheur en boucle pour l'éternité et le fait d'empêcher la victoire définitive des forces du Bien*, j'opte sans hésiter pour la seconde solution.


*je me suis laissé dire que tu avais entendu parler de cette histoire