jeudi 31 décembre 2009

Debout, les fins d'années de la terre

2009 s'achève un peu comme 2008 s'était achevée avant elle. Dans les frimas frisquets, les voeux, les résolutions.

Au bilan global (le monde, les guerres, les présidents, les traders, les comédies musicales et autres horreurs), beaucoup de désillusions (pour le peu d'illusions qui nous restaient, ceci dit). Pas glop.

Au bilan perso, beaucoup de boulot et un bébé tout mignon. Et là, glop glop.

Donc année pas trop négative malgré tout, on peut en célébrer la fin le coeur en paix et sans regrets.

Allez, bons fulchibars à tous !

mercredi 30 décembre 2009

Le point Crusades

Bon, Crusades chez votre libraire préféré, c'est mercredi prochain, réglez tous vos montres sur la mienne.

Et réservez votre exemplaire, il n'y en aura peut-être pas pour tout le monde (un paquet de pré commandes de dernière minute vient de sérieusement écorner le stock, viens-je d'apprendre par mes informateurs au plus haut niveau humanoïde). Donc foncez dès qu'il sort !

Je n'ai pas encore de date pour la sortie de l'édition néerlandophone, mais ça devrait aller assez vite.

De son côté, Zhang Xiaoyu, le dessinateur vient de livrer la page 14 du tome 2, qui est annoncé pour la rentrée de septembre prochain si tout va bien.

Je serai en dédicace à Angoulème pour l'album sur le stand de Xiao Pan, avec Izu, mais pas Zhang Xiaoyu, retenu en Chine.

mardi 29 décembre 2009

Une Barbie, c'est une Barbie. Trois Barbies, c'est...

Alors primo, je vous donne le lien de l'article. Par respect du droit d'auteur, déjà, et puis aussi pour pas qu'on m'accuse d'inventer, non plus.

Donc, c'est . Un article dans Le Monde. Journal dit de référence.

Bon, voilà la citation. En période de Noël, le débat sur Barbie est forcément miné. Mais là, c'est beau :

Dans un brûlot intitulé Toy-Monster : the Big Bad World of Mattel ("Jouet-Monstre : le grand méchant monde de Mattel") et publié aux Etats-Unis chez Wiley-Blackwell, le journaliste et essayiste américain Jerry Oppenheimer écorne sérieusement le mythe. Auteur de la biographie non autorisée de Bill et Hillary Clinton , Jerry Oppenheimer présente dans son ouvrage le père de Barbie, Jack Ryan , comme un pervers sexuel. Pour l'essayiste, Barbie serait l'incarnation du fantasme ultime de son inventeur : une call-girl de luxe, à la taille ultrafine, aux seins en obus et au visage enfantin. De quoi effrayer encore davantage les mamans ?

Par où commencer ? Il y a des mamans et du sexe. Il y a les Clinton. Donc encore du sexe. Il y a Jack Ryan, donc de la violence réactionnaire (je savais même pas que le héros de Tom Clancy avait le même nom que le créateur de Barbie). Il y a Barbie, donc du Nazi. Et Oppenheimer. Et là, forcément, s'il y a Oppenheimer, alors c'est de la bombe, bébé.

Tout ce qu'on aime quoi. Que du bonheur ! Qui aurait pu croire que la poupée des petites filles recelait tant de possibilités ?

Je terminerai donc par une autre citation, d'un grand penseur contemporain nommé Sting.

"How can I save my little boy from Oppenheimer's deadly toys ?"

jeudi 24 décembre 2009

Noyeux Joël ! (hips)

Bon quelques jours de trève ces confiseurs pour la War Zone.

Mais elle revient bientôt, promis, nom d'un fulchibar !

lundi 21 décembre 2009

Ghiyath al Din Abouli Fath Omar ibn Ibrahim al Nichapuri al Khayyâmi, dit Omar Khayyâm




"Une chose est certaine, le reste est mensonge,
la fleur, une fois fanée, ne refleurit jamais.
"

(Omar Khayyâm, 1048 ? -1123 ?)

La vie d'Omar, fils d'Ibrahim le fabriquant de tentes, est entachée de légende. On sait de lui qu'il fut brillant mathématicien, astronome fort compétent (il a d'ailleurs un cratère à son nom sur la Lune, excusez du peu), astrologue à ses heures (mais visiblement sans y croire), ivrogne assumé et poète. On prétend aussi qu'il fut l'ami ou l'élève d'Hassan, le Vieux de la Montagne, vieillard activiste prônant la lutte armée contre l'envahisseur turc, l'ancêtre spirituel des Ben Laden d'aujourd'hui. La relation entre Omar et Hassan n'a jamais été prouvée, ceci dit, mais elle continue d'inspirer les romanciers, prouvant bien que ce n'est pas parce qu'une histoire est apocryphe qu'elle ne mérite pas d'être racontée.

Vivant dans le Nord de l'Iran, à une époque où l'Islam avait déjà modifié en profondeur la société persane, le bonhomme a eu maille à partir à plusieurs reprises avec les mollahs. Il faut dire que l'amour du vin, et celui des choses de l'amour, était déjà un sentiment mal vu sous ces latitudes. Il est dit qu'Omar dut entreprendre en catastrophe le pèlerinage à La Mecque pour échapper à ses persécuteurs et leur donner des gages de bonne foi avant de pouvoir rentrer chez lui à Nichapour.

Buse en mathématiques comme je suis, je me garderai bien de commenter son œuvre dans ce domaine (bornons nous à signaler qu'il avait trouvé une solution géométrique aux équations du second degré et aux équations cubiques, quoi que cela puisse vouloir dire, en tout cas me demandez pas à moi).

Son titre de gloire à l'époque fut la réforme du calendrier Persan. Il avait calculé que la durée réelle de l'année était de 365.24219858156 jours, une valeur correcte, paraît-il, jusqu'à la sixième décimale, seuls les astronomes Mayas étaient plus précis à l'époque. Plus précis que le calendrier Grégorien, qui accuse une erreur d'un jour tous les 3.226 ans, le calendrier d'Omar ne demande une correction d'un jour que tous les 141.000 ans. Pas mal, pour un personnage que ses adversaires considéraient comme un ivrogne dégénéré.

C'est pourtant par sa poésie qu'il est le plus connu de nos jours, alors que son œuvre dans ce domaine se limite au Rubbayat, un très beau recueil de quatrains, dont une bonne partie n'est probablement pas de lui, ce qui fait que d'une traduction à l'autre, l'éditeur ne retient pas le même corpus.

dimanche 20 décembre 2009

Le point Google

Hop, un coup d'oeil aux stats entre deux pages de traduction à finir.

Patate Plus caracole toujours en tête des recherches menant à la War Zone.

Juste derrière, le capitaine Burton intéresse les gens et c'est formidable, je trouve.

Les gens viennent aussi pour se renseigner sur le tandem Izu et Nikolavitch. Le buzz autour de Crusades semble donc prendre. J'espère que vous trouverez notre album à la hauteur de vos attentes.

Toujours du fulchibar. Ce bon vieux fulchibar.

Mais maintenant, les gens viennent ici aussi avec des requêtes comme "Castaldi c'est énorme". Qu'on puisse taper ça dans Google me sidère.

Quant à la personne qui a tapé "Cochon qui Bande" dans Google, je ne veux même pas savoir. Et surtout pas savoir pourquoi mon joli blog sort quand on tape ça. Non, je ne veux pas.

Encore une chanson

Histoire de fêter avec toute la dignité requise le 64e anniversaire de la sortie du onzième numéro de l'Os Libre, j'ai décidé de rendre hommage à un grand humoriste français en faisant découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas un magnifique détournement d'une célèbre chanson, qu'il avait chanté sur Radio Londres, à une époque où la France, c'était en face.

Pierre Dac:
"Les gars de la vermine". (sur l'air des gars de la marine)

Quand on est un salaud
un vrai un pur, un beau
on se met au service
de la maison Himmler (bis)
puis on fait le serment
d'obéir totalement
quelque soit ses caprices
aux ordres du Führer (bis)

la croix gammée sur l'oeil
on montre avec orgueil
qu'on est un grand champion
dans la course a l'abjection

Refrain :
Voilà les gars de la vermine
chevalier de la bassesse
voilà les Waffen SS
Voyez comme ils ont fier mine
c'est dans le genre crapuleux ce qui se fait de mieux
avant qu'on ne les extermine
regardez-les consciencieusement
voilà les gars de la vermine
du plus petit jusqu'au plus grand
du simple voyou à Darnand
Ils sont Allemands


Voilà. Il va de soi que cette vieille chanson n'a aucun rapport avec l'actualité de ces jours-ci, ni avec aucun ministre actuellement en exercice au nom commençant par B.

samedi 19 décembre 2009

Space jesuit ecolo on the run !

Dans mon rêve de cette nuit, j'étais un Jésuite de l'espace chargé d'étudier l'écologie d'une planète nouvellement découverte. Sauf que des colons avaient accidentellement introduit des espèces terriennes et étaient en train de bousiller l'écosystème, du coup. Au camp de base numéro 4, je me souviens distinctement avoir expliqué à un cosmonaute "les charmes et les lapins se sont magnifiquement adaptés, hélas". Le tout dans un décor insolite et grandiose de forêt extraterrestre dont des morceaux commençaient de plus en plus à ressembler au bois de Meudon, me demandez pas pourquoi.

Le truc, c'est qu'en me réveillant, il me semble que cette histoire de jésuite écolo n'est pas qu'une production enfiévrée de mon esprit malade. Il me semble avoir lu un roman de SF dans le genre. J'ai de bons souvenirs du Cas de Conscience de James Blish, du père Carmody créé par P.J. Farmer,et il y a des jésuites dans Hypérion de Dan Simmons. Je précise aussi que je n'ai pas encore vu Avatar de James Cameron. Mais ce n'est pas ça. Est-ce que ça rappelle quelque chose à quelqu'un, cette histoire ?

Et de retour sur terre après l'évacuation, ensuite, on tentait de m'inquisitionner, je m'enfuyais par les toits -magnifique décor XVIe siècle- en foutant le feu à un fût d'alcool fort (à ma grande honte, mais je n'avais pas le choix), pour échouer dans une librairie qui avait un exemplaire rare d'un recueil de photos de Robin Masters, mais les photos étaient cadrées de telle manière qu'on ne voyait pas son visage.

Puis ma fille a réclamé son repas, il fallait aussi lui changer la couche, et donc je me suis réveillé pour vaquer à mes devoirs paternels. Légèrement troublé, néanmoins, par la symbolique complexe de ce rêve à tiroir.

vendredi 18 décembre 2009

Encore plus dernière minute

Je profite d'une discussion privée par mail sur le sujet pour venir ici dire tout le bien que je pense de Gonzague Saint-Bris.

J'adore ce mec.

Il arrive à être mi Stephane Bern, mi Frédéric Mitterrand, mi Eve Ruggieri. Peu de personnages dans le genre arrivent à me faire autant rire que Gonzague Saint-Bris. Il est très fort.

Beaucoup plus rigolo qu'Eric Besson, par exemple (mais ce n'est pas un exploit).

Arrêtons de raconter n'importe quoi

Eric Besson (décidément, le défenseur de l'identité française et parti pour devenir ma nouvelle tête de Turc) a décidé d'attaquer en justice et en diffamation des gens qui avaient osé comparer son action de grand serviteur de la République à celle de l'Etat Français période Vichy. Il va falloir surveiller de très près l'évolution de cette affaire. Parce que si ça se trouve, on n'aura plus le droit de dire des choses comme "Eric Besson est un sale fasciste" ou "Eric Besson est pour la déportation", "Besson ça rime avec Papon" ou "Besson, Bousquet, même combat". On n'aura plus le droit de le dire, rendez-vous compte. Bon, on aura toujours le droit de le penser, remarquez. Et si jamais on nous interdit de le penser aussi, alors ce sera peut-être la preuve qu'il y a, en fait, Milice sous roche.

Par contre, on a toujours le droit de dire des choses comme "Besson a une sale tête" ou "Besson est un petit traitre méprisable". Parce que c'est pas de la diffamation, ça, c'est documenté.

Ah, et comme le chirurgien de Johnny a décidé d'attaquer en justice les gens qui ont dit qu'il avait fait du mauvais boulot, on a aussi le droit de dire "Besson est aussi con que le chirurgien de Johnny". Si l'un des deux s'estime diffamé, il n'aura qu'à s'en prendre à l'autre.

jeudi 17 décembre 2009

Nikola Tesla


Les scientifiques d'aujourd'hui ont ont remplacé l'expérimentation par les mathématiques, et ils se promènent équation après équation, finissant par bâtir des structures sans rapport avec la réalité."

(Nikola Tesla, 1856-1943)

Imaginons un instant un scientifique qui travaillait sur des rayons de la mort, sur l'énergie du vide, et qui avait un show itinérant pour montrer ses créations dans les foires. Forcément, on a tendance, d'emblée, à le considérer comme un prototype de savant fou. Si l'on ajoute à ça le fait qu'il soit resté fâché toute sa vie avec un personnage considéré généralement comme le plus grand ingénieur de son temps, on se dit qu'en effet, il manquait peut-être une case au bonhomme. Sauf que cette vendetta entre Nikola Tesla (notre savant fou présumé) et Thomas Edison (dont les échecs sont à la mesure des réussites) est partie d'un désaccord technologique. Et à l'époque, entre le jeune immigré d'Europe de l'Est (Tesla est un Serbe de Croatie né en territoire austro-hongrois), que l'élite parisienne avait traité avec un mépris distant, et la star des inventeurs américains qui a triomphalement fait entrer les USA dans le XXe siècle, le choix devait être vite fait.

Sauf que l'histoire a donné raison au premier. Pour la diffusion de l'énergie électrique, on a opté pour la solution Tesla, le courant alternatif à très haute tension. Il a aussi inventé divers types de moteurs et d'alternateurs électriques, le principe de la télécommande ainsi que la télécommunication transcontinentale par radio (qui le ruinera, vu qu'il se lança là-dedans une trentaine d'années avant que la technologie du transistor ne permette une transmission efficace). Pendant ce temps-là, Edison filmait des électrocutions d'éléphant pour discréditer son adversaire.

Mais l'avancée théorique de Tesla qui fut la plus lourde de conséquence relève non pas de la physique mais de la géopolitique. Car si Tesla a effectivement tenté, dans les années 30, de mettre au point un canon à particules à peu près de la puissance de celui de l'Etoile Noire, c'était dans un but louable. Il l'a dit à plusieurs reprises, il sentait qu'une deuxième guerre mondiale était inévitable. Et qu'il fallait, pour l'empêcher, des armes tellement destructrices qu'elles ôteraient aux grandes nations l'envie de se battre. Ce que, quelques décennies plus tard, on appellera la dissuasion.

mercredi 16 décembre 2009

mardi 15 décembre 2009

Second Coming (I'm coming, I'm coming, oh yeah)

"Et il se manifestera au milieu d'eux, et ils ne le verront pas."

En ces temps de morosité ambiante où l'on se demande qui est le plus nocif, des vieux complots franc-maçons à la Dan Brown, de la littérature façon Marc Levy ou du petit Hongrois et de ses sbires, à une époque où tout fout tellement le camp qu'une idole des jeunes manque de mourir d'une opération de vieux pour sa sciatique, en des temps troublés ou, selon la vieille malédiction chinoise, "intéressants", il convient de trouver l'espoir. Fut-ce en des endroits curieux et inattendus.

Et donc, mes bien chers frères, la quête du Dieu incarné revenu comme promis parmi les mortels doit occuper nos jours et nos nuits. Parce que si on confie l'affaire à Great Ratzinger Z., on n'est pas sortis de l'auberge espagnole. D'autant qu'il est Allemand.

Mais réjouissez-vous, mes bien chers frères, nous n'aurons pas loin où aller.

Car, même si la Parousie fut cachée en son temps à nos yeux de mortels, elle fut accompagnée d'un indice tellement évident que c'était l'arbre qui noie le poisson au milieu de la figure.

Qui est notre divinité incarnée ?

Un petit retour en arrière.

La première fois qu'un clampin demanda à Dieu de décliner son identité, celui-ci (qui s'était pourtant déguisé pour pas qu'on le reconnaisse, et dans les boutiques, même à la location, le costume de buisson ardent n'est pas donné) répondit par un cryptique "Eyeh asher eyeh". Cherchez pas, c'est de l'Hébreu. En vrai, ça veut dire "Je suis ce que je suis". Déjà à l'époque, Dieu était taquin.

Et quand il est revenu, s'imposant rapidement dans un petit groupe qui n'était pourtant pas prêt à l'accueuillir, par la seule force de son charisme incroyable et de ses pouvoirs par-delà ceux des simples mortels, ce personnage se présenta ainsi : "I Yam what I Yam". Traduit de son Anglais bouffé à la chique de marin, ça se dit approximativement "Eyeh asher eyeh".

Vous l'aurez reconnu :


Et en message éternel, il nous aura indiqué que oui, il faut manger des épinards, et plus généralement cinq fruits et légumes par jour.

Voilà ce qu'il faut garder à l'esprit en ces heures sombres, et dans nos assiettes, tant qu'on arrive à les remplir, parce qu'avec la crise et tout ça, c'est reparti comme en topinambour.

dimanche 13 décembre 2009

Ahmed ben Fadlân ben Al-'Abbâs ben Rachid ben Hammâd, dit Ibn Fadlan



"Nous vîmes un pays tel que nous pensâmes que c'était une porte du froid de l'enfer qui s'ouvrait devant nous à cet endroit."

(Ibn Fadlan, 890 ? - 950 ?)


La connaissance des peuples anciens prend parfois de curieux détours pour traverser les siècles. On se souviendra que les Hittites n'étaient jusqu'à il y a quelques décennies qu'un peuple obscur mentionné en passant par la Bible, dont les archéologues ne découvrirent que sur le tard la puissance et la haute culture.

Les vikings Rûs, qui étaient en fait Suédois, nous sont connus par leurs réalisations, et par le fait d'avoir inventé la Russie, mais leur culture est moins documentée que celle de leurs cousins de Norvège, qui parlaient une autre langue, et dont l'Islande et le Danemark conservèrent pieusement le patrimoine via des auteurs comme Snorri Sturluson ou Saxo Grammaticus.

On sait que les Suédois fournissaient à Byzance sa garde impériale, qu'ils avaient ouvert de nombreuses routes commerciales le long de la Volga, mais les épitaphes runiques qu'ils laissaient à la mémoire de leurs camarades tombés ne nous renseignent guère, pas plus que les chroniques des princes de Kiev, car quand elles furent rédigées, les Rûs étaient déjà devenus des Russes.

Un des documents d'époque les plus intéressants les concernant était censé au départ s'intéresser avant tout aux Bulgares de la Volga, et est le fait d'un diplomate venu de Bagdad, Ahmed Ibn Fadlân, chargé de négocier de nouvelles routes commerciales évitant le royaume des Khazars, considérés comme trop proches politiquement des Byzantins. Curieux de tout, tenant sans doute aussi à informer le Calife des mœurs des peuples rencontrés, Ibn Fadlân nous livre le seul témoignage direct des rites funéraires des Rûs.

D'ibn Fadlân, on ne connaît pas grand-chose d'autre que ce qui est dit dans sa Relation du voyage chez les Bulgares. Officiellement secrétaire de l'ambassadeur envoyé par Bagdad, il semble bien que ce soit lui qui ait mené les négociations. On peut supposer que cette efficacité lui ait valu la considération et la faveur du Calife, mais en fait, personne n'en sait rien.

La connaissance des peuples anciens prend parfois de curieux détours pour traverser les siècles. Un diplomate dont la mission était de la plus haute importance, qui modifia durablement les rapports de force dans les régions au Nord du Caucase, ne reste lu que parce que, au détour d'un voyage, il fut témoin de la crémation d'un cheffaillon viking dont l'histoire n'a d'ailleurs pas retenu le nom…

samedi 12 décembre 2009

Dernière minute

Je viens d'apprendre, par voie de presse, l'existence d'une Brigade de Répression de la Délinquance astucieuse (BRDA).

Ça me troue le fulchibar.

Cherchez l'erreur

Bon, moi, ça ne vous surprendra sans doute pas, mais ça me broute sérieusement, cette manière d'agiter l'identité nationale comme un chiffon rouge. Vous savez, ces chiffons dont on fait plus tard des affiches de même couleur.

Ce qui est intéressant, c'est de réfléchir au contexte. Qu'est-ce qui est constitutif d'une identité nationale, si ce n'est son histoire et sa géographie ? L'histoire produit la société dont la géographie est le cadre (en positif comme en négatif, d'ailleurs. On se définit comme étant d'un territoire par opposition à ceux qui sont d'un autre territoire). Comme il est intéressant, dès lors, qu'on cherche à réduire la place de l'histoire et de la géographie dans les cursus. Comme si l'on cherchait à empêcher les jeunes de se faire leur propre idée de leur identité en fonction de ces deux paramètres (histoire et géographie), pour pouvoir leur imposer, d'en haut, d'autres définitions, correspondant aux besoins du pouvoir.

Comme si, en 2009, on n'avait pas encore dépassé 1984.

vendredi 11 décembre 2009

Hunter Stockton Thompson, dit Raoul Duke, dit The Real Doctor Thompson




"Je m'en voudrais de me faire l'avocat de la drogue, de la boisson, de la violence ou de la folie devant qui que ce soit, mais en ce qui me concerne elles m'ont toujours réussi."

(Hunter S. Thompson, 1937-2005)

Hunter S. Thompson n'était pas à proprement parler un gentil garçon. Journaliste engagé, travaillant souvent sous l'influence de substances dont on se bornera à dire qu'elles n'étaient pas recommandées par le ministère de la santé, connu pour son mauvais esprit perpétuel, ce fut aussi le théoricien de ce qu'on a appelé le Gonzo Journalisme. L'expression n'est d'ailleurs pas de lui, mais a été employée pour la première fois en parlant d'un de ses articles par Bill Cardoso, journaliste au Boston Sunday Globe. Ça n'avait d'ailleurs rien d'élogieux, vu que le terme gonzo désigne, dans la région de Boston, le dernier pochard debout à la fin d'une bonne cuite collective. Mais passons, le mot est resté, et Thompson s'en est vite emparé.

Mais qu'est-ce que le Gonzo Journalisme ? Eh bien c'est tout ce que le journalisme n'est pas censé être. C'est subjectif, orienté, et ça s'intéresse moins aux faits qu'à la perception qu'en ont les gens, au premier rang desquels le journaliste lui-même. Qui plus est, la couverture de l'événement devient souvent annexe : plutôt que d'aller sur le terrain, le vrai gonzo journaliste trouve le bar où se réunit la presse, s'installe dans un coin et ouvre grand les oreilles, une technique que Thompson a raffinée après un reportage chez les Hell's Angels qui s'était terminé par un tabassage en règle.

Thompson est un auteur qui a marqué les lettres américaines, en tout cas. Alors qu'il n'était même pas encore mort, des personnages inspirés de lui sont apparus dans au moins trois films (dont un adapté de son livre Las Vegas Parano), et plusieurs bandes dessinées.

Mieux encore, son suicide fut l'occasion d'un coup de pied de l'âne de la part d'un de ses détracteurs, qui en tentant de le faire passer pour quantité négligeable, montrait au contraire l'importance de la nuisance qu'avait pu représenter le bonhomme. En effet, Thompson avait en son temps, et ce y  compris avant le Watergate, cassé pas mal de sucre sur le dos du président Nixon. Quand Thompson se tua début 2005 (pour info, l'arme du suicide est paraît-il actuellement en la possession de Johnny Depp, qui avait incarné l'écrivain, ou l'un de ses masques, sur grand écran), Henry Kissinger prit le temps de commenter l'événement en ces termes : "Au moins, Nixon ne s'est pas tiré une balle comme ce bouffon instable qui n'était même pas capable d'aligner une phrase grammaticalement correcte". Qu'un Secrétaire d'État, qui joua avec les destins de plusieurs pays et brouilla les cartes au point d'être considéré selon les sources comme un grand diplomate ou un affreux criminel de guerre, qu'un tel personnage s'abaisse à commenter le suicide d'un "bouffon instable"… Cela vaut compliment.

jeudi 10 décembre 2009

Crusades, le 6 janvier



Oyez oyez bonnes gens !

La date est tombée ! Crusades débarquera sur les étals le 6 janvier de l'année du Seigneur MMX (ça fait un peu microprocesseurs, dit comme ça. zut), euh, 2010.

C'est signé Izu, Nikolavitch et Zhang Xiaoyu, ça vaut 14 euros 90 pour près de 140 pages en couleurs, et ça renvoie le Da Vinci Code 600 ans en arrière ! Qu'on se le dise ! Achetez-en plein, offrez en à vos amis, parlez en autour de vous !


Et j'ai vu ce matin un des premiers exemplaires sortis de presse, et c'est de la belle ouvrage, croyez-moi !

La magie Google

Hop, une fois de plus, je regarde en passant les stats Google pour ce blog sur lequel vous venez perdre votre temps. ça m'amuse toujours autant.

Patate Plus caracole toujours dans le tiercé gagnant, mais avec la rediff des Sources du Nil sur Arte, l'autre jour, le capitaine Burton truste le classement : sous diverses formes, il représente près d'un tiers des recherches à lui seul.

Je note aussi l'apparition d'une recherche groupée Izu et Nikolavitch, ce qui tendrait à démontrer que le buzz sur Crusades est en train de prendre (ça tombe bien, je dois aller voir le premier exemplaire sorti de presse ce matin). Dans l'intervalle, on continue à rentrer des pages du tome 2. Toujours pas de date précise de sortie, mais ça devrait tourner aux alentours de la mi janvier. Je vous tiens au courant dès que j'en sais plus.

Fulchibar s'est durablement installé dans le classement, on pouvait s'y attendre, cette opération de contamination mémétique par un agent non pathogène semble porter ses fruits.

Et sinon, un blip de la Solution Pautauberge. Ça fait toujours plaisir, en fait.

Et puis il y a les gens qui manquent d'imagination, et qui tapent nikolavitch war zone pour trouver la Nikolavitch War Zone. Alors oui, d'accord, il y a une logique imparable là-dedans, mais bon, je sais pas pourquoi, je trouve ça un poil décevant.

Une personne qui n'a pas dû être déçue du voyage, par contre, c'est celle qui a tapé spectacle Seznec pour arriver ici.



Par ailleurs, je note qu'Artemus Dada se fait une spéciale Tarzan sur son propre blog (voir le lien dans la liste des liens, sur le côté, je vais pas tout vous mâcher le travail non plus).

J'ai décidé, par solidarité, d'apporter ma modeste contribution :





(Extrait du Petit Miquet qui n'a pas peur des Gros)

mercredi 9 décembre 2009

Il faut choisir

En épluchant les infos, ce matin, je suis tombé sur une brève indiquant la reformation possible du goupe Téléphone.

Je trouve ça tellement passionnant que je préfère vous parler de curling à la place. L'équipe de France est en train de cartonner à l'Euro de curling. L'équipe de France masculine, je précise (jusqu'à ce matin, j'ignorais même qu'il y eut une équipe de France masculine de curling, vu que quand je regardais le curling à la télé, c'était surtout pour les demoiselles en jupette). En ces temps de morosité et de bessonnades (pas celles de Luc, elles ont cessé de me navrer depuis que j'ai arrêté d'espérer, celles d'Eric, qui sont désespérantes à la base), le moindre rayon de soleil est bon à prendre, quelle que soit sa source.

Et sinon, à propos d'Eric B., j'ai retrouvé dans mes papiers la célèbre formule de Fulshi-Barr, qui permet de calculer l'impact dans l'opinion d'une connerie proférée dans les médias.

i=Nc/S

dans laquelle i est l'impact mesuré par sondage
N le nombre de répétitions de la connerie dans les médias
c le calibre de la connerie
et S le sérieux avec lequel on la profère.

Ça fait froid dans le dos.

mardi 8 décembre 2009

Edward Alexander Crowley, dit Aleister Crowley, dit Maître Thérion, dit Lord Boleskine, dit La Bête 666, dit Chioa Khan



"Le client a généralement tort, mais les statistiques démontrent qu'il n'est pas rentable d'aller le lui dire."

(Aleister Crowley, 1875-1947)

S'il y a un exemple qui démontre le côté contre productif du bachotage religieux dans l'éducation des enfants, c'est bien Aleister Crowley. Bible en main, son père était un de ces protestants fanatiques que seul le monde anglo-saxon semble pouvoir produire, qui tentait d'endoctriner son entourage. Il est d'ailleurs à noter que papa Crowley ne commença à prêcher qu'après avoir pris sa retraite, alors qu'il avait fait une magnifique et lucrative carrière de brasseur. Comme quoi il n'y a rien de pire que les gens qui font leur retour à Dieu sur le tard, après une vie vouée à l'extension du péché.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la greffe n'a pas pris. Même en laissant de côté l'autobiographie de Crowley, largement sujette à caution (comme toute autobiographie, mais plus encore quand elle est signée par un personnage pareil), force est de constater que celui que la presse britannique appelait "l'homme le plus pervers du monde" a eu une existence bien remplie, et surtout en contradiction totale avec les pieux enseignements que son père tenta de lui faire rentrer dans le crâne.

Responsable de l'explosion en vol de la Golden Dawn, la société ésotérique la plus courue à l'époque, auteur d'un nombre considérable d'ouvrages occultes, dont certains écrits sous la dictée de puissances supérieures (en tout cas, si on l'en croit), traître à sa patrie, traître à ses amis, traître, parfois, à lui même, mais toujours "traître de troisième ordre", selon l'amiral Gaunt (un des responsables des services secrets britanniques pendant la Première Guerre Mondiale), bisexuel, cocaïnomane, homme de spectacle, gourou, parasite mondain, aventurier, il aura tout fait, et entremêlé le tout de façon à ce que chaque activité soit justifiée par sa voisine… Tout se passe comme s'il avait voulu repousser les limites, abattre les murs, réduire en poussière les commandements divins auxquels sont père tenait tant.


Était-il si mauvais qu'on l'a prétendu, ou bien cette course à l'abjection n'était-elle pas une course contre lui-même et contre l'ombre paternelle s'agitant encore au fond de lui ? Nul ne peut le dire. Mais il faut lui reconnaître le courage (ou l'inconscience) d'avoir introduit les rituels de la magie sexuelle hindoue dans une Angleterre encore fortement marquée par le puritanisme victorien, et d'avoir fait du néo paganisme un antidote tout à fait efficace au positivisme scientifique béat de la Belle Époque.

Il mourut semi clochard, alcoolique, vivant aux crochets de ses derniers amis, ultime pied de nez d'un sale gosse à un père petit bourgeois.

lundi 7 décembre 2009

Le point sur les traductions

Bouclé pas mal de trucs dernièrement. J'ai envoyé un Young Avengers, par exemple, et le tome 2 de Prototype (avec de vrais morceaux de Mathieu Doublet dedans, et je vous jure que je n'y suis pour rien). Et puis je continue à faire du Star Wars.

Là, je boucle le tome 8 de l'intégrale Spawn (encore un beau pavé, celui-ci), et je m'arrache les cheveux sur certains passages de The Mystery Play, de Grant Morrison (et je propose, comme titre français, le Mystère des mystères).

Pas repéré d'autres sorties que celles que j'avais mentionnées dernièrement. Mais j'ai touché mon exemplaire de Wormwood 2, Ça fait mal quand je fais pipi…, que je recommande à tous ceux parmi vous qui n'ont pas une âme sensible.

à la réflexion, à tout ceux qui n'ont pas d'âme, tout court. c'est plus prudent. si vous en avez une, la lecture de ce truc risque d'y occasionner quelques dégâts.

dimanche 6 décembre 2009

Phineas Taylor Barnum





"Aux États-Unis, où il y a plus de terre que de gens, rien n'est plus facile pour une personne qui a la santé que de faire de l'argent."
(Phineas T. Barnum, 1810-1891)

Nous avons coutume de penser, depuis Guy Debord, Andy Warhol et Benjamin Castaldi, que nous vivons dans la société du spectacle, une société vouée à l'instant, à l'assouvissement immédiat de la curiosité, un monde où l'image prends le pas sur le sens, un monde où le bonimenteur est roi (ou pire, président de la République). Parmi les grands précurseurs, à une époque où la télévision n'existait encore en germe que dans les romans de Jules Verne, et encore, un homme avait tout compris.

Journaliste à l'origine, Barnum devint homme de spectacle et monta une petite troupe comprenant entre autres la nourrice de Georges Washington, censée être âgée de 160 ans (en fait, c'était une actrice qui en avait tout au plus 70). Dès le rachat d'un musée des curiosités, le Scudder's American Museum, vite rebaptisé Barnum's American Museum, il se lança dans de clinquantes campagnes d'affichage abusant de superlatifs. Puis il embaucha un clochard chargé d'aller poser et déplacer des briques sur les trottoirs du quartier, dans un ordre précis et complexe, avant de revenir faire un tour dans le Musée, une fois par heure. Le manège attirant l'attention des passants, ils furent nombreux à suivre l'homme aux briques en essayant de comprendre à quoi tout cela rimait. Au bout de quelques jours, la police dut intervenir pour disperser la foule qui se massait devant le musée, qui avait dés lors acquis une notoriété considérable.

Cet homme aux multiples talents (il fut même brièvement chanteur noir dans son propre spectacle, en remplacement d'un artiste démissionnaire), savait rebondir de mille façons. Par exemple, quand un naturaliste prouva que le spécimen de "Sirène de Fidji" exposé dans les collections du musée était un faux grossier (un torse d'orang-outang attaché à une queue de poisson), Barnum communiqua sur le fait que le public devait s'en faire une idée de visu, attirant encore plus de monde à l'exposition. Notons qu'elle fut aussi exposée aux côtés d'un ornithorynque tout ce qu'il y a de plus réel, mais dont l'authenticité fut, du coup, elle aussi contestée. Si l'original a disparu dans un incendie, sept Sirènes de Fidji sont encore exposées aux États-Unis, qui sont donc des copies d'un faux notoire, mais dont la fausseté fait, justement, tout l'attrait.

samedi 5 décembre 2009

Univers pas rallèles

Je sais pas si vous passez souvent par le RER à Nation. Il y a une petite boutique, sur le quai, tenue par un Hindou. Il vend des sacs à main, des bijoux fantaisie, etc... Et la moitié du temps, il s'emmerde. Et donc il a accroché au mur une petite télé sur laquelle il se passe des DVD Bollywood, avec de préférence les sous-titres français googlés à partir des sous-titres anglais traduits vite fait de la version en Hindi. Inutile de dire que ces sous-titres valent le détour à eux seuls. Mais quand on attend son train, ces passages dansés et chantés qui sont au coeur du cinéma bollywoodien ont le mérite d'être distrayants (l'autre jour, c'était peut-être une version bollywood de Harry Potter, mais il y a une semaine de ça, il passait Koy mi Gaia*, le E.T. Bollywood qui est un chef d'oeuvre du genre et un moment de poilade grand style).

Les caractéristiques esthétiques du cinéma bollywoodien font qu'à l'instar du cinéma d'action turc, il ne s'est jamais réellement imposé chez nous. Mais peut-être qu'il aurait suffi d'un coup de pouce du destin, allez savoir.

Ce qui suit est la transcription d'un train de pensées lancées l'autre jour alors que je regardais un passage dansé au travers de la vitrine de ce brave homme. Plus tôt dans la journée, j'avais joué avec l'idée que si Sergio Leone avait poursuivi sa prometteuse carrière dans le peplum (si si, il a commencé dans le peplum avant de se mettre au western) la face du monde aurait pu en être changée. Les deux idées se sont télescopées (principe du "ça a fait chboum dans ma tête") et à l'arrivée, ça donne un univers parallèle vachement rigolo, que j'ai pris en notes, mais dont je ne pense pas arriver à faire quoi que ce soit. Et donc, je le balance au vent mauvais de ce blog, telles les feuilles mortes qui tournoient, ou ces mails que certains potes scénaristes m'envoient à trois heures du matin, quand ils ont trop longtemps tutoyé Jack et Daniel.

Bref, Sergio Leone, auréolé du Colosse de Rhodes et des Derniers Jours de Pompei, poursuit dans la lignée avec des oeuvres plus personnelles. Il lance donc la Trilogie des Sesterces (Pour une Poignée de Sesterces, Pour quelques Sesterces de Plus, Le Bon la Brute et le Gladiateur), avec Steve Reeves, dont ça relance la carrière (Clint Eastwood, un temps pressenti, est rejeté car trop longiligne pour le rôle, il ira donc se faire pendre ailleurs, avec des conséquences non négligeables). Le succès est immédiat, et immédiatement imité, mais va durablement enferrer le cinéma italien dans la fantaisie en toge, ce qui finira par réduire peu à peu son audience mondiale, même s'il est un temps imité à l'étranger (on se rappelle le célèbre Caligula de Sam Peckinpah, absolument monstrueux avec Gian Maria Volonte et Klaus Kinsky, qui sera interdit dans plus de dix pays rien qu'en Europe, et personne n'a oublié le démarquage habile que constituait le Conan de John Milius). Même la seconde trilogie de Leone, Il était une fois dans en Gaule, Il était une fois à Rome, Il était une fois l'Invasion Barbare, malgré ses immenses qualités et sa brochette d'acteurs (on se souvient de la superbe interprétation de James Coburn en esclave en fuite devenu malgré lui chef de horde goth) ne sauve pas le cinéma italien du naufrage.

Clint Eastwood, lui, a été attiré par les sirènes de certain sous-continent au Sud de l'Asie. Le voilà recruté pour une adaptation en trois volet du Ramayana au budget pharaonique. Le succès sera planétaire, dépassant contre toute attente les frontières habituelles d'un cinéma jusqu'alors vécu comme local. Suivront un Mahâbhârata qui fit date (dans lequel Clint donne la réplique à Toshiro Mifune), puis Clint passe à la réalisation avec un Siddhartha qui pulvérise les canons du genre et l'impose comme un grand du septième art. Le cinéma indien devient dès lors un rouleau compresseur que rien ne peut arrêter. Tout ce qui danse se rue en Inde (John Travolta, Christopher Walken et Patrick Swayze y feront de magnifiques carrières). Stanley Kubrick finit lui-même par s'y mettre et filme un terrifiant Shākyamuni, dans lequel un jeune prince visionnaire se retrouve enfermé, seul avec ses parents, dans leur palais isolé par une inondation, alors que la folie guette le roi son père (Kubrick ne se déplacera néanmoins pas jusqu'en Inde, le film étant tourné en décors naturels à Soho).

Par la suite, l'Inde continuera à attirer des réalisateurs venus du monde entier comme Roland Emmerich, Paul Verhoeven ou Takeshi Kitano.

Voilà. C'est l'univers parallèle que j'ai créé cette semaine, en prenant les transports en commun.

Faut vraiment que j'arrête le café.





*orthographe du titre non contractuelle

Une chanson ! Une chanson ! Une chanson !

Hey Ric
Cours pas comme ça, dis
Y a pas le feu chez toi
Hey Ric
Viens dire bonjour
T'en mourras pas
Moi j'rentre à l'heure qu'il m'plaît
J'ai même plus de montre
J'ai tout mon temps
Ce qui m'attend chez moi,
Je le sais
Rien qu'un pays froid
Sans chaleur humaine dedans

Hey Ric
Si on parlait, hein
Mais de quoi ?
Hey Ric
La misère, leurs malheurs
Tu t'en fous de tout ça
Comme tu dis, la vie
C'est le métro à six heures
Et chacun pour soi
Mais pour toi Ric
Y a toujours une place
Mais pas pour moi
Pourquoi ?

Hey hey Ric
Pourquoi t'as de la France plein les doigts ?
Hey, hey Ric
En naissant t'as marché dans quoi ?
T'as toujours les poches pleines
La voiture de l'année
Dis donc, ma parole, on en oublie
Que t'es si laid
Moi Ric, tu vois, je n'ai plus rien
Je pensais avoir une identité
Bien à moi
Mais il paraît, Ric
Que tu la retailles dans tes décrets, bravo !

Tu vois Ric
Hier je rêvais d'avoir ta peau
Mais Ric
Je préfère te voir t'enfoncer
Et de cette identité, je t'en fais cadeau
Allez bonne chance, Ric




(Dédié à un ministre que je ne nommerai pas pour ne pas faire du pub au producteur du Transporteur)

(et bien entendu, ça se chante sur l'air de Hey, Joe, dont la VF fut chantée en leur temps par Johnny H. et par Bashung)

vendredi 4 décembre 2009

The sound of Seznec

Ce matin, j'étais sur Paris. J'avais des boulots à rendre, et puis j'en ai profité pour me reprendre une paire de bottes, parce que bon.

Et dans le métro, il y avait des grandes affiches 4x3 pour la nouvelle superproduction historique de Robert Hossein. Bon, il y avait aussi d'immenses affiches 4x3 pour un concert à Bercy d'un certain Michael Bublé, dont j'ignore totalement ce qu'il chante, ce qui fait que bon, je ne vais pas en parler, je note juste que la pub, dans ces conditions, s'apparente à ce qu'on appelle "bruit" en théorie de l'information. Le "signal". est perdu, le message est non signifiant. Alors que Robert Hossein, je connais. Il a fait du chemin depuis qu'il jouait l'ignoble commissaire Rosen dans Le professionnel. Maintenant (bon, depuis une bonne vingtaine d'années, si ce n'est plus, j'ai perdu le compte), il se refait des grandes controverses historiques. Fallait-il couper la tête à Jeanne D'Arc, brûler Marie-Antoinette, affranchir le courrier de Lyon, tout ça. Vous avez dû être exposé à ces trucs, depuis le temps. Bon.

Maintenant, il se refait l'affaire Seznec. Et là, je trouve ça intéressant. Parce que l'idée, dans tous ces spectacles, c'est justement "laissons le spectateur se faire son idée". Le problème, c'est que sur une affaire comme celle-la, le débat est irrémédiablement pollué. Vu que, depuis plus de trois quarts de siècles, on n'en parle que pour dénoncer une possible erreur judiciaire (je ne connais pas bien le dossier, moi, je ne me prononcerai pas sur le fond) l'opinion est forcément biaisée. S'il n'y avait pas eu ce doute persistant, ce combat de la famille, ces déclarations, il n'y aurait plus d'affaire Seznec. Ce serait une vieille histoire oubliée, on n'en parlerait plus, et a fortiori, on n'en ferait pas un spectacle. Le spectateur vient donc avec en tête, au moins au niveau subliminal, "Seznec innocent". Ça brouille passablement le concept.

Une station de métro plus loin, il y avait une affiche immense, colorée et guillerette (signée Pierre et Gilles, quand même) pour une comédie musicale tirée de La Mélodie du Bonheur. Et là, on se dit qu'il y a gourance, en fait. Il aurait fallu faire une affiche colorée et guillerette à la Pierre et Gilles pour une comédie musicale sur l'affaire Seznec, et un spectacle "faites-vous votre idée avec Robert Hossein" de la Mélodie du Bonheur. Là, ça aurait été marrant. Hossein en narrateur tonitruant : "L'Anschluss ! Fallait-il réunifier le monde germanique sous les talons des bottes nazies ? Exposons tous les arguments ! Voici Franck de la Personne déguisé en Eric Besson qui incarnera pour vous le chancelier allemand et va tenter de vous convaincre".

Ça, ça aurait été couillu.

jeudi 3 décembre 2009

Nicolau Eymericus, dit Nicolas Eymerich




"C'est là un grand et beau privilège du tribunal de l'Inquisition, que les juges n'y soient pas tenus de suivre l'ordre judiciaire, et que l'omission de quelque formalité de droit ne vicie pas la procédure."

(Nicolas Eymerich, 1320-1399)

Encore aujourd'hui, le Saint Office, appelé aussi Sainte Inquisition, reste objet d'horreur et de détestation. On a encore en tête l'image des bûchers dressés dans toute l'Europe pour chasser l'hérétique, la sorcière et le dissident. Ajoutant l'insulte à la blessure, les inquisiteurs étaient d'une parfaite mauvaise foi, puisque leurs exactions étaient confiées au "bras séculier", aux autorités civiles, qui se chargeaient des basses besognes (torture, massacres, etc…) et en assumaient la responsabilité face à la loi, alors qu'elles n'agissaient que sur ordre. Mais passons…

Si Nicolas Eymerich fut un des inquisiteurs les plus notoires avec Torquemada et Bernard Guy, au point qu'on en fit dernièrement un héros de roman, ce fut avant tout parce qu'il tenta de codifier l'action de cette institution. En effet, à l'époque, si quelques bulles papales encadraient l'action de moines dominicains, les manuels existants (dont celui de Bernard Guy) étaient avant tout des appels au massacre des hérétiques.

Eymerich, inquisiteur général du royaume d'Aragon, écrivit en 1376 le Directorium Inquisitorum, un ouvrage de référence qui permettait à ses collègues de faire leur travail avec honnêteté et efficacité, dressant un catalogue précis des hérésies les plus courantes et des moyens de les débusquer, accompagné un code de procédure fort détaillé, avec sanctions, valeurs comparées des témoignages (évoquant d'ailleurs les tribunaux révolutionnaires) et modalités du recours au bras séculier.

Ce qui frappe à la lecture de ce manuel, en dehors du zèle de son auteur, c'est son souci quasi humaniste de ne pas prêter le flanc à la critique en évitant à tout prix les bavures. Eymerich limite l'appel aux autorités civiles autant qu'il peut et ne préconise le recours à la Question que dans des cas précis et encadrés, car contrairement à nombre de ses collègues, il considère la torture comme un moyen peu fiable d'obtenir des informations, le manque de résistance des sujets qui y étaient soumis les conduisant à faire des aveux fantaisistes pour échapper au bourreau. C'est pourquoi en toutes choses, Eymerich semble préférer les sanctions symboliques (pilori, costume d'hérétique, excommunication, etc…) qui dans la société de l'époque n'étaient certes pas anodines.

Alors, Eymerich, humaniste en avance sur son époque ou fonctionnaire ecclésiastique ouvrant le parapluie pour éviter les ennuis ? Difficile de le dire près de sept siècles après les faits. Mais personnalité atypique, cela au moins est clair.

mardi 1 décembre 2009

les mystères de la chanson

Un jour, Grant Lee Buffalo avait un refrain qui lui trottait dans la tête, alors que dans sa chambre d'hôtel, le minibar était en forme de mannequin à grosses loches et qu'il avait grand soif et voulait le vider.

We'll take the full shebar
All or nothing, anything
Ecstasy's the birthright of our gang
We'll take the full shebar
Free your heart of guilt and shame
Come and claim what's yours
The full shebar


Et puis des amis l'ont dissuadé. Alors il en a réécrit une partie.

et the whole shebang est devenu un tube.

à quoi tiennent les choses, hein ?

lundi 30 novembre 2009

Del Close, dit Azrad l'Incombustible



"Tu serais surpris du nombre de fois ou ce chat m'a raconté des trucs ces derniers mois. Depuis que j'ai mis la main sur cette cargaison d'herbe, en fait."

(Del Close, 1934 -1999)

Chicago est une ville qui a enfanté bien des légendes. Al Capone et Eliot Ness sont parmi les plus connues. Plus discrète est celle de Del Close, un acteur local, grand comique devant l'Éternel. Il aura été le maître de stars telles que Bill Murray, Dan Ackroyd, les frères Belushi ou Mike Myers (grosso modo, un quart des vedettes du Saturday Night Live ont été ses élèves). Mais lui-même n'est jamais devenu une star.

D'ailleurs, il n'est même pas né à Chicago, en fait, mais au Kansas. Nul n'est prophète en son pays, et ce compagnon de route des Merry Pranksters et des Grateful Dead moins que personne. Mais il n'était pas du genre à s'encombrer de ce genre de détails. Et puis, de toute façon, Chicago, ça ne ressemble pas du tout au Kansas, c'est pas Dorothy qui me contredira.

L'homme était de toute façon inclassable. "Métaphysicien Maison" du Saturday Night Live, marathonien de l'impro et acteur de cinéma (dans Les Incorruptibles ou dans La Folle Journée de Ferris Bueller), il fut aussi auteur de BD, dans des séries anthologiques comme Munden's Bar ou Wasteland, aux côtés de John Ostrander (un autre des ses élèves).

De nos jours, il est surtout connu pour son interprétation de Yorick, dans Hamlet, au Goodman Theater de Chicago auquel, par testament, il avait légué son crâne. Le crâne a d'ailleurs joué aussi dans Périclès et d'autres pièces, devenant de plein droit une célébrité locale (signe des temps, le crâne de Del Close a même sa propre page Myspace). D'ailleurs, en application du testament, le théâtre crédite systématiquement Del Close de toutes ses apparitions sur scène. Mais le doute plane encore. Ce crâne qui interprète magnifiquement Yorick au Goodman Theater n'est-il pas un imposteur ? Il convient de poser la question. L'empreinte dentaire semble ne pas correspondre. Des témoins fiables indiquent que l'hôpital et le crématorium ont refusé de malmener le cadavre et qu'il fallut donc trouver une doublure au dernier moment.

Del Close lui-même n'est pas disponible, et pour cause, pour commenter la substitution. Eut-il goûté l'ironie de la chose, ultime blague d'un joyeux farceur ? Ses proches amis semblent le penser.

dimanche 29 novembre 2009

Dans les bacs à traduction

Début décembre, petit mois en termes de sortie pour mes boulots de trad (par contre, énorme mois pour la réalisation, va falloir que je prenne l'option "journées de 35 heures" chez Chronos).

Mais signalons néanmoins :

Chez Panini : Simon Dark, le tout nouveau vengeur rapiécé de Gotham. Non, Ragman n'était plus dispo...

Chez Delcourt : Si jamais d'aventure vous aviez trouvé que le premier tome de Wormwood était vraiment très con, attendez d'avoir lu ça fait mal quand je fais pipi... C'est... Pire. Je me suis bien marré à le traduire, celui-là.



Et puis complètement dans la série ça n'a rien à voir, j'ai vu qu'il y avait dans les bacs deux jeux DS qui étaient sortis, L'île aux dauphins 3 : Aventures sous-marine, et Léa Passion Vétérinaire Safari, dont j'ai co-écrit les dialogues avec le Hank McCoy de St Jean, Jim Lainé lui-même.

William Hope Hodgson



"Comme si, en son sein, toutes les abominations de la mer avaient trouvé refuge…"

(William Hodgson, 1875-1918)

C'est parfois le destin des écrivains que d'être oubliés. Et d'être redécouverts par la suite, pour des raisons extérieures à leur œuvre. En effet, de nos jours, William H. Hodgson est surtout vu, à l'instar d'Arthur Machen, comme "le précurseur direct d'Howard Philips Lovecraft", ce qui, sans être faux, est néanmoins réduire quelque peu la portée de son travail dans le domaine de l'horreur, même si, par sa puissance visionnaire, La Maison au Bord du Monde chasse en effet sur des terres qui seront plus tard largement explorées par le reclus de Providence.

Le jeune Hodgon s'était engagé dans la marine à l'âge de 13 ans. Fort maltraité par un autre membre d'équipage, il se mit au judo et au culturisme pour pouvoir se défendre, ce qui lui permit de sauver un de ses compagnons dans une mer infestée de requins.

À l'usage, après avoir fait trois fois le tour du monde, il finit quand même par s'apercevoir qu'il détestait cordialement la mer, et son œuvre s'en ressent : sa production a un petit goût de Conrad flippé. Des Pirates Fantômes aux nouvelles de la Chose dans les Algues, Hodgson mélange allègrement aventure maritime et horreur pesante, déployant des ambiances poisseuses au odeurs de vase et de goémon (ça aussi, Lovecraft saura s'en inspirer par la suite).

Il donna aussi une impulsion nouvelle à la notion d'enquêteur de l'occulte avec sa série Carnacky et les fantômes, racontant les aventures d'un détective spécialisé dans les affaires criminelles étranges, dans lesquelles une explication rationnelle n'est pas toujours donnée à la fin.

Mais outre son activité d'écrivain, Hodgson fut aussi photographe, professeur de sport et d'autodéfense et artilleur, ce dernier emploi lui coûtant d'ailleurs la vie dans la région d'Ypres, en pleine Première Guerre Mondiale.

Depuis, Hodgson est redécouvert à intervalles plus ou moins réguliers par des éditeurs qui tentent de l'imposer au public, le premier d'entre eux étant August Derleth, vieux camarade de Lovecraft, et par des illustrateurs qui tentent de le mettre en image, au nombre desquels on compte rien moins que Philippe Druillet et Richard Corben.

samedi 28 novembre 2009

Nouvelles du Front

Profitant dernièrement de ma présence à Montreuil pour cause de salon (le célèbre dernier salon où l'on cause, d'où le nom), un estimable collègue traducteur à la voix rocailleuse que je ne nommerai pas pour ne pas faire de pub à The Goon m'a emmené dans un endroit fort curieux. à première vue, c'est un restaurant. Où l'on mange très bien (demandez leurs falafels à l'aubergine. ce ne sont pas des falafels, en vrai, mais c'est très bon).

Et quand on monte à l'étage, c'est une très sympathiques librairie BD.

Alors voilà, ça s'appelle Des Bulles et des Ballons, c'est place de la République à Montreuil et c'est un endroit extra.





Non, en vrai, ce n'était pas dans l'établissement représenté ci-dessus.

jeudi 26 novembre 2009

Cochon qui s'en dédi

Bon, j'ai passé la journée au festival de Montreuil (livre jeunesse), c'est aussi épuisant que les autres années, mais ça reste toujours une ambiance sympa.

Petit planning de présence : je serai au stand G33, celui de Vertige Graphic, vendredi et lundi, et peut-être un peu dimanche.

On a du stock de Dernière Cigarette et du Portfolio qui va avec.


mercredi 25 novembre 2009

Nestor Ivanovitch Makhno




"Quand il se développe, l'anarchisme ne reconnaît aucune limite."
(Nestor Makhno, 1888-1934)

Dans la mythologie gauchiste, Makhno, homme d'action bien plus que théoricien, tient une place à part. D'aucuns aiment à le réduire à un simple "chef des anarchistes", expression paradoxale pourtant non dénuée de vérité, mais le personnage est, comme souvent dans ce genre de cas, plus complexe. Il faut déjà savoir que la "république" libertaire mise en place par Makhno et ses compagnons couvrait l'Est de l'Ukraine, un territoire peuplé de près de 7 millions d'habitants, qui vécurent donc pendant quelque temps sous ce que l'on appellera, faute de mieux, un régime anarchiste. Le mode de fonctionnement de cet état sans état semble avoir été viable, et ce sont des forces extérieures (principalement l'Armée Rouge commandée à l'époque par Trotski) qui en ont précipité la chute. Il faut dire que le communisme libertaire des makhnovistes ne s'embarrassait pas de Parti, et Moscou le voyait donc comme une menace, après l'avoir traité en allié au début de l'insurrection blanche.

Mais une des grandes percées de Makhno, qui fut l'arbitre du système mais avant tout le chef militaire chargé de le défendre, c'est l'invention de la guerre mécanisée (qui ne fut pourtant théorisée que bien plus tard par De Gaulle et mise en application avec le succès que l'on sait par Guderian) mais à une époque non mécanisée : son arme tactique de prédilection était en effet la tatchanka, une charrette à foin équipée d'une mitrailleuse de type Gatling, qu'il alignait en grandes quantités (au moins quarante charrettes de front) pour charger l'ennemi. Les résultats furent étonnants, et il fut rapidement imité. Avantage de la tatchanka dans un contexte anarchiste : elle était mobilisable et démobilisable très rapidement. Après le combat, elle retournait à la ferme et à sa fonction première, et en cas de besoin, en moins d'une heure, un secteur pouvait ré-équiper de quoi laminer un bataillon ennemi.

Vaincu par les Rouges, blessé, rongé par la tuberculose, le "Batko" Makhno dut se réfugier en France où il participa à des mouvements libertaires. Son urne funéraire est encore au Père-Lachaise.

mardi 24 novembre 2009

Océanique !




Je viens de boucler la traduction d'un excellent album signé Warren Ellis et Chris Sprouse. Cela fait des années que je faisais du lobbying pour qu'il sorte enfin en VF... Et il a failli m'échapper. Heureusement, un certain Jérémy M. a été totalement impérial et m'a permis (au mépris de mon emploi du temps déjà surchargé) de m'attaquer à Ocean, un des trop rares comics de hard SF, et une histoire absolument épatante.

J'ai pris un pied absolument fabuleux à faire cette trad. J'adore traduire Ellis, et Ellis qui fait de la SF a un gros avantage sur pas mal d'auteurs qui s'amusent à toucher à la SF : quand Warren Ellis emploie des concepts de physique des particules ou d'astronomie, il sait de quoi il parle. Et quand il écrit une histoire, il la peuple de gens qui ont très mauvais fond. Inutile de dire que je m'éclate quand je bosse sur ce genre de matériel.

Ça devrait sortir en mars-avril prochain chez Panini. Ça s'appelle (au risque de me répéter) Ocean. Et si vous aimez la vraie SF, c'est un indispensable.

Capitaine Richard Francis Burton





"Enfin ! Une fois de plus, mes destinées me font échapper à la prison de l'Europe civilisée."

(Richard F. Burton, 1821-1890)

Il est essentiel de ne pas confondre Richard Burton, le capitaine, et Richard Burton, l'acteur. Le premier étant, paraît-il, l'arrière grand-oncle du second. Soldat efficace, espion polyglotte, explorateur de l'extrême et traducteur en roue libre, l'homme pourrait être un personnage de roman (et il l'a d'ailleurs été, sous la plume de Philip José Farmer).

Ce découvreur des sources du Nil, premier occidental à pénétrer dans la Kaaba à La Mecque (il s'était déguisé en derviche afghan, et s'était circoncis lui-même pour l'occasion, histoire de passer inaperçu, parce qu'il courait le risque de se faire couper d'autres morceaux par les gardiens des Lieux Saints), ce traducteur d'une version notoirement licencieuse des Mille et Une Nuits était un homme hors du commun, et du coup bien moins considéré en Angleterre que des explorateurs plus présentables comme le Docteur Livingstone.

Mais Burton ne serait sans doute jamais devenu explorateur en Afrique sans une sombre affaire ayant eu lieu au Sind, dans l'actuel Pakistan. À l'époque, Richard Burton (pas l'acteur) était sous les ordres de Charles Napier (pas l'acteur) et faisait régulièrement équipe avec Walter Scott (pas l'écrivain, le neveu de l'écrivain). Burton avait créé un personnage de négociant persan, Mirza Abdullah, qui avait sans mal infiltré la bonne société de Karachi. Il faut dire que notre héros avec un don pour les langues et le déguisement qui lui permettait de se faire facilement passer pour n'importe quoi. Vint, en 1845, le moment où Napier l'interrogea sur ces bordels de Karachi où officiaient des eunuques et de jeunes garçons. Sous son déguisement, Burton infiltra les dits établissements, et livra un rapport très circonstancié décrivant par le menu tout ce qui s'y passait, et tout ce qui s'y disait. Napier rangea le document dans ses archives secrètes, histoire d'éviter tout scandale. C'est quand il fut remplacé que son successeur (ou l'un de ses subordonnés), découvrant le rapport, l'envoya à Bombay, accompagné d'une note demandant le renvoi immédiat de Burton (le rapport a depuis été perdu, dans les méandres de l'administration et de la décolonisation). On pense généralement que le coupable de cette indélicatesse était le colonel Corsellis, avec lequel Burton avait eu précédemment quelque querelle.

Toujours est-il que Burton ne fut pas renvoyé. Cherchant à se faire oublier, Burton demanda à être affecté à une unité combattante dans le cadre de la guerre contre les Sikhs. Mais une maladie l'incapacita et il fut écarté. Il regagna alors l'Europe, où il ne se plaisait guère, mais où il prit le temps d'écrire des études sur l'Inde et sur la Fauconnerie, ainsi qu'un traité très novateur sur l'utilisation de la baïonnette. Il y rencontra aussi sa future femme.

Puis il partit pour La Mecque, entamant une carrière d'explorateur récidiviste qui le rendit célèbre.

lundi 23 novembre 2009

Edmond Moore Hamilton, dit Brett Sterling




"Toutes les choses grandioses pour lesquelles vous aurez combattu tomberont en poussière et sombreront dans le néant. (...) Ce qui compte, c'est la manière dont vous menez cette lutte."

(Edmond Hamilton, 1904-1977)

La génération des trentenaires nostalgiques, dite aussi "génération gloubiboulga", n'aime généralement rien tant que se trémousser sur le générique français de la série animée Capitaine Flam, signé Jean-Jacques Debout, faisant au passage l'impasse sur les très belles compositions disco-jazzy de Yuji Ohno, qui étaient pourtant pour beaucoup dans l'identité sonore si particulière du dit dessin animé.

Les représentants de cette même génération vénèrent aussi, en général, la vieille trilogie Star Wars, celle avec ces brushings si caractéristiques de leur époque qu'ils font qu'on ne devrait jamais s'abaisser à regretter les années 70.

Généralement, le seul rapport que ces gens-là trouvent entre Star Wars et Capitaine Flam, c'est l'époque et le fait que ce soit de la science-fiction. Et pourtant…

Il faut savoir que le Capitaine Flam, en version originale, le Captain Future, était une création d'Edmond Hamilton, vénérable auteur de SF de l'âge d'or, qui anima le personnage entre 1940 et 1951 dans le magazine éponyme, puis dans Startling Stories. Flam n'est qu'un des nombreux personnages héroïques créés par ce prolifique auteur de space opera à l'ancienne, héritier des pulps d'aventure façon Doc Savage. On mentionnera John Gordon, et surtout Morgan Chane, le Loup des Étoiles. Chane, un pirate de l'espace poursuivi par ses anciens collègues, qui refait sa vie en intégrant une équipe de mercenaires au grand cœur, est le modèle direct de Han Solo, un des héros emblématiques de Star Wars. D'ailleurs, l'épisode V de la série, l'Empire Contre-Attaque, a été co-écrit par rien moins que Leigh Brackett, qui avait déjà officié au cinéma en co-scénarisant Rio Bravo et Le Grand Sommeil, et il faut savoir que Leigh Brackett, écrivain de science-fiction, était aussi à la ville madame Hamilton.

De nos jours, c'est un auteur un peu oublié, sa littérature tenant quand même beaucoup de la SF à grand-papa (avec tous ses défauts, mais aussi son charme fou) et les amateurs de space opera se rabattent assez souvent sur un autre Hamilton, Peter, sans doute plus moderne, sans lien de parenté connu avec son illustre homonyme.

dimanche 22 novembre 2009

Ça va très mal

Dans mon rêve de cette nuit, je débarquais dans une sorte de café concert tenu par Bernard Blier, censé me devoir du fric parce que son nouveau spectacle était tiré d'un truc que j'avais écrit. J'arrivais accompagné de Pierre Richard déguisé en berger landais et de Lino Ventura, d'assez mauvais poil. Micheline Dax faisait la meneuse de revue, déguisée de façon peu convaincante en Mireille Darc (ou alors c'était l'inverse). Ça a dégénéré, mais j'ai réussi à avoir mon fric (Blier avait tenté de s'échapper en mettant une perruque et un combiné lunette-faux nez-moustache façon Groucho Marx, mais on ne me la fait pas).

Depuis que je me suis réveillé, la question me taraude, lancinante. Pourquoi Pierre Richard sur des échasses de berger landais ???

Pourquoi ???

samedi 21 novembre 2009

Je rêve...

Hop, en faisant ma pause entre deux pages de traductions, je viens de remettre le nez dans les stats google du blog.

Je suis atterré. D'ailleurs, vous êtes atterrants.

"Patate Plus" fait son grand retour en tête de classement. Je comprends juste pas.

"Crusades Humanos" se maintient, ça c'est sympa.

"Fulchibar" fait une entrée remarquée. Ça peut se comprendre, mais ça en dit long.

"Dracula", "Vlad Tepes" et "le Volcan" font de la figuration (mais divers détails me donnent l'impression que le volcan, c'était un gamin qui cherchait des trucs pour un exposé).

et en queue de liste, un "j'arrive pas à bander", dont je vois même pas le rapport avec le site, vu que je n'ai pas encore parlé de spam. Incroyable qu'une phrase soit formulée comme ça dans google (les gens n'ont toujours pas compris la notion de mots clés, depuis le temps ?), et surtout qu'elle donne la War Zone dans les résultats.

C'est mystérieux, quand même, toutes ces conneries.

Merde, quoi, Fulchibar, je veux bien. Mais Patate Plus ? Grands dieux...

vendredi 20 novembre 2009

Général Jean-Joseph-Amable Humbert


"- Mais que comptiez-vous faire avec si peu de monde?

-Aller à Dublin et libérer une nation qui souffre sous votre joug.

- Voilà bien une idée qui ne pouvait germer que dans une tête française.
"

(Général Jean-Joseph-Amable Humbert, 1767-1823, dialogue avec le général Lake)

Il y a des gens qui ont la poisse. Ils accomplissent des exploits incroyables, et sont néanmoins disgraciés et oubliés. Le général Humbert est de cette sorte : héros des Révolutions Française et Irlandaise, de la défense de la Louisiane et de la flibuste, il est mort en exil, renié par sa patrie.

Avant de devenir général, l'homme avait été tanneur de peau de lapin. La Patrie étant en danger, il fut promu capitaine de la garde nationale de Lyon, participa au siège de Mayence puis à la guerre en Vendée, et fut nommé général de brigade à 26 ans. Devenu second de Lazare Hoche, il l'accompagna lors de la première opération (ratée) de soutien à la révolution en Irlande.

Après une deuxième tentative, Humbert prit le commandement d'une dernière expédition et débarqua en 1798 à Killala avec 1030 hommes. Son sens tactique et l'appui de volontaires irlandais lui permirent de défaire 6000 anglais à Castelbar, et de proclamer l'éphémère République du Connaught. Après deux autres victoires sur les troupes anglaises, Humbert fut contraint à se rendre au général Lake à Ballinamuck.

Humbert fut traité avec beaucoup d'égard par ses adversaires, qui avaient apprécié le côté sportif de son expédition. Les volontaires irlandais qui l'avaient soutenus furent pour la plupart pendus, parce que l'amour du sport des Britanniques a quand même ses limites.

Humbert participa ensuite à l'expédition de Saint Domingue, mais fâché avec le général Leclerc (pas celui de la 2ème DB), il fut disgracié par Napoléon.

Par la suite, il recommença à combattre les Anglais, mais en Louisiane cette fois-ci, avec le général Andrew Jackson, futur président des USA. Il se battit aussi aux côtés des flibustiers Dominique You et Jean Laffitte, ce qui lui permit de devenir gouverneur militaire de la république de Campeche (dernière place forte des pirates des Caraïbes), puis s'impliqua dans la guerre d'indépendance du Mexique.

Il faillit être pendu pour piraterie par les Américains, seules ses relations avec Jackson lui évitant la corde. Assigné à résidence à la Nouvelle-Orléans, il continua de toucher sa solde, qu'il mettait un point d'honneur à aller chercher en uniforme de général de la République, mais la Restauration le priva de cette dernière ressource. Il vécut alors en paria parmi d'anciens esclaves et pirates, voire des prêtresses Vaudou comme la célèbre Marie Laveau.

Le général Humbert repose toujours en Louisiane, dans un parfait anonymat. De nos jours, seuls les Irlandais se souviennent encore de ce vaillant soldat. La France, elle, l'a oublié, on voit le résultat.

jeudi 19 novembre 2009

Philip Kindred Dick

Photobucket

"La réalité, c'est tout ce qui ne disparaît pas quand on cesse d'y croire."

(Philip K. Dick, 1938-1982)

On a coutume de penser que les écrivains sont généralement un peu fous. Et que les grands écrivains le sont beaucoup. À ce tarif-là, Philip K. Dick était un grand écrivain. En tout cas, fou, il l'était probablement.

Il l'a dit lui-même : "De tout temps, les hommes ont parlé à Dieu. Et les ennuis ont commencé quand Dieu s'est mis en tête de répondre." Pour Dick (qui a de toute façon eu une existence agitée) les vrais ennuis ont commencé en 1974, quand Dieu (ou une entité extraterrestre supérieure, ou un effet secondaire d'une anesthésie dentaire un peu violente) lui est apparu sous la forme d'un rayon de lumière rose.

La vie de Dick en fut bouleversée, et il devint encore plus paranoïaque qu'il ne l'était avant, comme en témoigne sa réaction quand ses papiers personnels furent fouillés par la police : "Dieu merci ! Ça prouve que je ne suis pas paranoïaque", a-t-il confié à l'époque. Il voyait des complots partout, et Nixon comme la réincarnation de la puissance conquérante et persécutrice de Rome. Ses romans ultérieurs, comme SIVA ou l'Invasion Divine se ressentent de cette expérience mystique à laquelle il ne croyait lui-même qu'à moitié. Manque de chance, c'est à peu près vers cette époque que la célébrité internationale lui vint. Inutile de dire que ceux qui l'ont entendu donner à Metz sa célèbre conférence Si ce monde vous déplait, vous devriez en essayer quelques autres furent surpris de voir l'auteur vaguement gauchiste de Ubik ou du Dieu venu du Centaure leur parler d'épiphanie et de réalités parallèles peuplées de Chrétiens originels. Cerise sur le gâteau, Dick était à présent doté de superpouvoirs : il pouvait tuer les puces par imposition des mains. Le crucifix en sautoir, blindé de café et sans doute d'amphétamines (une drogue dont il faisait une importante consommation quand il écrivait un roman en trois semaines), le Californien illuminé avait de quoi faire peur.

Heureusement pour les marchands du temple, cet inquiétant et pourtant très sympathique personnage finit par s'éteindre, sans doute suite à ses abus médicamenteux. De nos jours, même Spielberg et John Woo peuvent s'attaquer à l'adaptation de ses nouvelles sans crainte de passer pour des thuriféraires d'une version non homicide de Charles Manson, Dick étant entré au panthéon de la culture populaire par des moyens moins radicaux.

Profitons en pour tordre le cou à une légende tenace : Dick ne détestait pas l'adaptation filmée de son roman Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Électriques, sortie sur les écrans sous un titre emprunté à Burroughs (William, pas Edgar Rice), Blade Runner. Si Dick n'aimait pas trop la voix off (encore une autre légende : la voix off y était dès le départ, quoi qu'ait pu en dire par la suite ce révisionniste de Ridley Scott), il adorait l'ambiance du film, (qu'il avait vu dans un prémontage peu de temps avant sa mort) et son aspect visuel, comme en témoigne une de ses dernières interviews.

Le plus drôle, dans tout ça, c'est que si Dick adorait la science-fiction, il ne supportait pas d'y être confiné. Il écrivit plusieurs romans de "littérature blanche", qui ne furent publiés qu'après sa mort, à l'exception notable des Confessions d'un Barjo. Rassurez-vous, ils étaient aussi barrés que ses histoires de SF.

mercredi 18 novembre 2009

Le début de la gloire



Tiens, en jetant un oeil aux stats du blog, je note que les gens commencent à taper "Crusades Humanos" dans Google pour se renseigner. C'est peut-être le début d'un buzz, c'est bien.

J'en profite donc pour donner quelques news.

La date de sortie n'est toujours pas fixée avec précision, mais c'est du début janvier (les premiers exemplaires ne devraient pas tarder à sortir de chez l'imprimeur).

Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Crusades est une nouvelle série signée Zhang Xiaoyu, Izu et Alex Nikolavitch (ça, c'est moi), qui renverra le Da Vinci Code 600 ans en arrière.

Le tome 1 fera près de 140 pages, histoire de bien installer le récit.

Le tome 2 est déjà écrit pour un quart, et j'ai eu une réunion hier avec Izu, le co-scénariste et initiateur du projet, pour nous répartir le travail sur le reste.

Et attention, il est possible que Zhan Xiaoyu passe par Angoulème fin janvier. Mais là aussi, je vous tiens au courant à mesure que les infos tomberont (et tout dépend de la tenue ou pas du festival, vu qu'il y a un feuilleton en cours à ce niveau, comme souvent).

Stay tuned !

mardi 17 novembre 2009

Le mot du jour

"Fulchibar"

Non, moi non plus, je ne sais pas. Vous vous démerdez avec Mantichore.

Werner Heisenberg




"L'univers n'est pas seulement plus étrange que nous le pensons, il est aussi plus étrange que nous pouvons le penser."

(Werner Heisenberg, 1901-1976)

Heisenberg, en faisant avancer la science, lui porta aussi un bien mauvais coup. En effet, il formula le célèbre principe d'incertitude (dit aussi principe d'indétermination) qui porte son nom, et qui consomma le divorce entre le sens commun et la science de haut niveau, jetant les bases de la physique quantique. Après Heisenberg, la physique devint relativement inaccessible même à la vulgarisation, brassant des concepts difficiles à exprimer sans un solide bagage mathématique, et dont la formulation verbale était obligée de passer par des métaphores hardies comme celle du Chat de Shö… Shü… Shreude… Schrödinger, putain, voilà, j'ai réussi à l'écrire, à la fois mort et pas mort, un état que l'on ne retrouve guère dans le monde à échelle humaine que chez les papes en fin de règne et les dictateurs soviétiques dont la date de péremption est dépassée.

Mais Werner Heisenberg aurait pu aussi devenir le père de la bombe atomique nazie, un cauchemar qui ne s'est heureusement pas réalisé. Quand il fut interrogé par les Alliés, il prétendit avoir fait de la résistance passive, se refusant à livrer au Reich une arme qui l'aurait rendu tout puissant. Les Anglais avaient néanmoins quelques doutes sur le bonhomme et son équipe, qui furent donc mis en résidence surveillée dans une petite maison tout à fait charmante, dûment truffée de micros. L'analyse des conversations en Allemand des scientifiques était tout à fait surprenante : ils semblaient s'étonner de cette obsession des Alliés pour l'arme nucléaire.

Et puis la vérité éclata un certain jour d'août 1945, quand les Anglais donnèrent à leurs invités le journal annonçant en première page le bombardement d'Hiroshima. La réaction d'Heisenberg fut édifiante. Pour lui, c'était de la pure propagande, un canular subtil et tordu : la bombe atomique, il le savait, il l'avait prouvé par calcul, c'était une vue de l'esprit, ça ne pouvait pas marcher, c'était impossible.

Aurait-il cru à la Bombe, peut-être Heisenberg aurait-il résisté aux demandes pressantes du régime nazi. Ou pas. Peut-être est-ce tout simplement son scepticisme qui a sauvé notre civilisation…

dimanche 15 novembre 2009

Go East (Wood)

On peut ne pas aimer le nain psychop... Le président de ce pays, force est de reconnaître que le voir décorer ce grand homme qu'est Clint Eastwood fait plaisir (d'autant plus grand homme que Clint doit faire deux têtes de plus que son décorateur) (pour situer, Clint est à peine plus petit que moi, il doit se cogner la tête tout pareil en montant dans le métro) (sauf qu'il ne se cogne pas, lui, parce que c'est Clint. Alors que moi, pas).

Donc, au lieu de pendre des gens à un croc de boucher, l'autre jour, le Président a pendu un insigne de commandeur de la Légion d'Honneur au Clint. C'est la classe.

Et le Président, tout content, a ajouté, je cite : "Le type qui a fait La Route de Madison, c'est énorme." Ça ne s'invente pas. Bon, pourquoi pas, après tout ? Mais bon, j'aurais peut-être, pour ma part, plutôt cité Bird, ou Impitoyable, ou Josey Wales Hors-la-Loi. Non que je n'apprécie pas Sur la Route de Madison, qui est un beau film. Mais... "Enorme" ?

C'est curieux. On dirait qu'il assène les goûts de Carla avec ses mots à lui (note à moi-même, arrêter de dire "c'est énorme", ça vient de se ringardiser assez gravement), et forcément, ça donne un truc bizarre à l'arrivée. Et puis, venant d'un type dont tout le discours tend à démontrer qu'il a toujours pris l'Inspecteur Harry au premier degré, ça fait un peu tache. Ou alors c'est que, contre toute attente, il a vraiment changé*.








* Je sais, je n'y crois pas une seconde moi non plus, mais bon...

vendredi 13 novembre 2009

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades.

C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin.

Mais quand même.

ça donne envie.

Et c'est ici.

Vendredi 13, jour de poisson

Et, bien entendu, aucun rapport entre ce titre et ce que j'ai à dire ce matin.

D'ailleurs, je n'ai rien à dire, ce matin.

J'ai du boulot.

jeudi 12 novembre 2009

Rusticiano (ou Rustigielo, ou Rustichello) di Pisa , dit Rusta de Pise, dit Rusticien

Le roman de chevalerie a eu, au Moyen Âge, ses grands. On mentionnera bien entendu en tête de liste des gens comme Wolfram von Eschenbach, Chrétien de Troyes ou Thomas Mallory, dont les textes arthuriens font encore référence aujourd'hui.

Rusta le Pisan est sans doute moins connu. Son nom n'évoque plus grand-chose de nos jours. Pourtant, il était à l'époque un auteur renommé, écrivant en Français, et dont les ouvrages se retrouvaient jusque dans la bibliothèque d'Henry III d'Angleterre. On peut mentionner dans sa riche production un Tristan, un Palamède, un Merlin, un Saint Graal, un Lancelot et un Guiron le Courtois, oubliés de nos jours, mais fort lus à l'époque. Gageons d'ailleurs (je n'ai pas été vérifier) que quelques uns de ses textes faisaient partie de la bibliothèque de certain hidalgo de la Manche.

Toujours est-il que le Grand-Œuvre de Rusta n'a pas été publié sous son nom. Pourtant, c'est un livre qui a changé le monde. Certes, Rusta n'en fut que l'adaptateur, le nègre, prenant en note les souvenirs de voyage d'un autre. Mais ces souvenirs, il les compila, les embellit, les embrouilla, parfois, leur donna une tournure à la poésie caractéristique, ses erreurs d'interprétation ajoutant à la force d'évocation d'un ouvrage qui fit date.

Il faut dire que celui qui dicta ses mémoires à notre nègre Pisan était un Vénitien d'origine dalmate, un certain Marco Polo, et que le Devisement du Monde, ou Livre des Merveilles, fut deux siècles plus tard le livre de chevet d'un Génois présumé (encore que d'aucuns le croient Portuguais) naviguant sous pavillon espagnol, un dénommé Christophe Colomb.

On ignore si Rusta était, comme Polo, en résidence surveillée à Gènes quand il recueillit les confessions du voyageur (certains auteurs l'ont affirmé, pour ma part, je n'y crois pas). C'était surtout, à mon sens, un badaud, un type qui passait par là et qui, flairant la belle source d'inspiration, attiré par la renommée de "Messer Millioni", est allé l'écouter. Pour notre plus grand bonheur (et indirectement le plus grand malheur des Indiens d'Amérique, mais c'est une autre histoire), puisque les mémoires du Vénitien, qui ne voyait pas l'intérêt d'écrire le récit de ses aventures, ont pu ainsi nous parvenir presque intactes. Presque, parce que les vocables chinois (ou asiatiques, mais rendus en Mandarin ou en Mongol par les interlocuteurs de Polo), restitués par un Vénitien à un Pisan qui les retranscrivait en Français, en deviennent illisibles, même s'ils sont en retour chargés d'un mystère et d'une magie certains.

mercredi 11 novembre 2009

la barbe

Bon, comme aujourd'hui, c'est le 11 Novembre, et que le 11 Novembre est le jour des Poilus, j'ai décidé de ne pas me raser.



Hein ?

Quoi ?


Oui, bon, d'accord, ça ne change pas grand-chose par rapport aux autres jours.

mardi 10 novembre 2009

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, dit le Diable Boiteux




"Il y a trois savoirs : le savoir proprement dit, le savoir-vivre, et le savoir-faire, les deux derniers dispensant généralement du premier."
(Talleyrand, 1754-1838)


Il y a beaucoup à dire sur Monsieur de Talleyrand. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui ont beaucoup dit ou beaucoup écrit sur lui. D'aucuns passent des pages et des pages à creuser les motivations de ce grand homme d'état qui servit un certain nombre de régimes et de maîtres, avec une constance dans l'infidélité qui force l'admiration. Mais sans doute est-ce parce que Charles-Maurice, Prince-Duc de Talleyrand, Comte de Périgord, Prince de Bénévent, Prince de Chalais, Marquis d'Excideuil, Comte de Grignols, Évêque d'Autun, Duc de Dino et Vice-Grand-Électeur a tout fait pour rester une énigme. Boiteux, pas forcément beau, capable d'une grande force d'inertie, jouant la montre quand les ordres lui déplaisaient, c'était aussi un diplomate-né, un homme de spectacle et d'apparences, un fin louvoyeur à la réputation de traître bien établie, mais le genre de traître qui restait indispensable, même à ceux qui se méfiaient de lui. Soyez proche de vos amis, et plus proche de vos ennemis, dit-on. (Sur les quatre derniers rois de France, le seul à avoir achevé paisiblement son règne était celui qui l'a pris comme ministre, ce n'est peut-être pas une coïncidence).

Une histoire restée célèbre donne la mesure du sens du spectacle du bonhomme. Au cours d'une période de pénurie de saumon, il réussit à s'en procurer deux, énormes, à prix d'or, qu'il se fit livrer par courrier spécial depuis le Rhin. Puis il convia à dîner chez lui la meilleure société parisienne. Au cours du repas, deux serviteurs apportèrent le plat d'argent sur lequel reposait un des deux poissons, artistement préparé par le cuisinier Carême (un homme qui ne méritait pas son nom). Soudain, l'un des serviteurs trébuche, se prenant les pieds dans le tapis. Le saumon tombe par terre, sous les yeux horrifiés de l'assistance. Sans se démonter, Talleyrand ordonne : "Qu'on en apporte un autre !". Ce qui fut fait. Inutile de dire que l'assemblée en resta médusée, et qu'on en parla dans tout Paris (et qu'on en reparle encore aujourd'hui, c'est dire).

Mais il était aussi l'homme qui, à l'approche des troupes alliées, fit croire qu'il partait avec l'impératrice, pour rester à Paris (après avoir organisé lui-même l'émeute qui l'empêcha de quitter la capitale) afin de complaire à la fois aux bonapartistes et aux royalistes, l'homme qui sauva la France au congrès de Vienne rien qu'en déstabilisant les diplomates sur des points de détail de protocole et de formulation, et qui pleura à chaudes larmes le jour de la mort de l'amant de sa femme, car il considérait qu'il avait sur elle une saine influence...

Un bonsoir en passant

Moins de War Zone ces jours-ci, vous l'aurez peut-être remarqué...

Il se trouve que la famille s'est agrandie hier (bon, c'est pas exactement une surprise, hein*) et donc que les heureux parents (moi et madame) sont très occupés.

Donc moins de vaticinations Warzonesques dans l'immédiat.

Je vais essayer de fouiller mes sauvegardes pour vous gratifier ce soir d'un bout de l'Encyclopédie des Connaissances Inutiles, quand même.








* la surprise, ce sont les conditions du truc. la clinique était en train de déménager. Je vous ferais bien un topo des opérations, mais vous n'y croiriez juste pas. C'est resté très bon enfant grâce au professionnalisme de tout le monde là-bas, mais, c'était du genre "tiens, y pas de lavabo dans cette salle ?" "non, il n'a pas encore été livré" ou la noria de chirurgiens en tenue qui poussaient des brancards chargés de cartons (je vous jure devant Dieu, je les vu de mes yeux et j'étais à jeun). Mais bon, ça s'est très bien passé.

dimanche 8 novembre 2009

Bande de patates

Alors Blogmachin, là, la plateforme sur laquelle je déverse mes éructations, propose des outils de gestion du blog. Je viens de mettre un peu le nez dedans, pour voir.

Et il y a entre autre un listing des mots clés tapés dans Google qui vous auront amenés ici.

"Nikolavitch War Zone" arrive en bonne position. Ce qui est assez flatteur.

Mais cette position n'est que la quatrième.

Et en première position (9 personnes, quand même) (vous 9, je ne veux même pas savoir qui vous êtes. vous me faites PEUR d'emblée), vient l'énigmatique expression "patate plus".

Non, franchement, je veux même pas savoir.

samedi 7 novembre 2009

Vlad Tepes, dit Dracula



"Vous allez vous manger entre vous. Ou bien partir lutter contre les Turcs."

(Dracula, 1430 -1476)


Dracula... Le surnom du prince des Valaques est devenu au fil du temps synonyme d'horreur et de canines pointues, principalement sous l'impulsion d'un écrivain irlandais, Bram Stoker, qui le dégrada d'ailleurs au point de le faire passer pour un comte, un bien triste destin pour un voïévode qui fit trembler l'empire qui faisait trembler l'Europe chrétienne.


Tout se serait pourtant bien passé s'il n'avait pas été élevé à la cour du Sultan, comme cela se pratiquait à l'époque. En effet, il fut avec son demi-frère Radu otage des Turcs, afin de garantir la coopération de la famille, son père Vlad Dracul étant devenu par la force des choses le fantoche de l'envahisseur (le père se révolta pourtant et y laissa la vie. Mircea, le grand-frère, tenta le coup à son tour avec le même résultat. il est intéressant de noter que les otages ne furent pourtant pas exécutés).


Dès qu'il fut en mesure de prendre le pouvoir en Valachie, Vlad se retourna contre les Turcs et leur mena une guerre impitoyable, faite de coups de mains audacieux, d'intimidations et de trahisons dans les deux sens. C'est son goût pour les exécutions spectaculaires au moyen du pal qui lui valut son surnom de Tepes, l'Empaleur.


Ce qui est très intéressant, quand on se plonge dans les chroniques de l'époque, c'est de voir la machine propagandiste se mettre en route. Vlad lui-même en usa et en abusa : son surnom de Dracula signifiait en Roumain le "petit dragon", ou bien le "petit diable". Partant de ce constat, il se para d'une aura de massacreur diabolique, estimant que les gens y regarderaient à deux fois avant d'aller affronter le diable en personne. Cette approche lui valu quelques retentissants succès (mais n'impressionna pas son petit frère Radu le Bel, passé dans le camp Turc, qui fut un de ses adversaires les plus redoutables).


Mais dans le genre propagande, les chroniques en langue allemande concernant notre voïévode sont tout à fait édifiantes. Diverses factions en Autriche et en Hongrie lorgnaient sur ses territoires, et afin de justifier son annexion, dressèrent un portrait au vitriol du personnage, alignant des pages et des pages de descriptions horrifiques des sévices qu'il faisait endurer à son peuple, à ses ennemis, aux ambassadeurs qui lui déplaisaient, faisant de lui un monstre maléfique qu'il devenait urgent de chasser du trône, tel le Saddam Hussein moyen.


Il est d'autant plus amusant de les comparer avec les chroniques en vieux Slavon, qui racontent les mêmes exactions, mais en font à chaque fois une illustration de la haute moralité de Vlad, et de la mise à l'épreuve de la moralité des autres qu'elle supposait, faisant du tout une variante des contes moraux folkloriques, et de leur héros une sorte de souverain retors mais plein d'un humour guilleret quoique un peu noir. La seule chose que les chroniqueurs russes reprochent sérieusement à Dracula, c'est de s'être converti au catholicisme sur la fin, défection papiste qui, pour eux, s'apparentait à de la trahison. Comme quoi tout est toujours relatif…