dimanche 4 décembre 2016


Et dire que j'aurais pu avoir le Nobel

Ah, déceptions que nous inflige un monde cruel, par le truchement des plus sympathiques coups de mains.

J'étais convié comme vous le savez sans doute à une animation autour de Lovecraft. Y participait également un auteur qui, quand il n'écrit pas des bouquins, bosse dans la physique des particules. Comme j'ai le ciboulot qui surchauffe non stop, j'ai forcément, vous vous en doutez, tout un tas de foultitudes de théories qui me trottent dans les neurones, mais que je manque de l'équipement et, osons le dire, du niveau en maths pour valider ou infirmer. Il me fallait donc un spécialiste pour répondre à quelques questions. Comme j'en avais un sous la main (je lui avais demandé auparavant par mail si ça ne l'embêtait pas de m'éclairer, ce qu'il avait fort aimablement accepté), j'ai dévoilé mes batteries.

Bon, à moins qu'il soit fourbe et qu'il garde ma piste pour lui, je me suis fourvoyé. Les perturbations du champs scalaire de Higgs au passage des particules "massives" ne se propagent pour ce qu'on en sait qu'à des distances infinitésimales et ne sont pas cumulatives. Certes, la crème de l'élite des physiciens n'y comprend pas encore tout, mais en l'état mon bel édifice conceptuel s'effondre comme un château de cartes un jour de rhume des foins.

C'est con, parce que j'avais une idée qui aurait pu révolutionner tout un tas de trucs. Les gens auraient parlé de moi avec respect et j'aurais été en Suède toucher un Nobel.

Caramba, encore raté.

samedi 3 décembre 2016

Dessert qui tue

Il vous reste une galette pour fajitas et vous n'avez plus de bidoche et de poivrons ? Qu'à cela ne tienne, voilà un petit dessert vite fait bien fait qui vous fera péter le compte de calories et vous permettra d'adresser un gros doigt métaphorique aux docteurs Dukon et consorts.

Tartiner un peu de beurre, saupoudrez de cassonade, et mettez une barre de chocolat (ou deux).

Dans un récipient à part, délayez deux cuillers à soupe d'ovomaltine et deux cuillers à soupe de lait en poudre dans l'équivalent une cuiller à soupe d'eau bouillante.

Nappez vos barres de chocolat avec la patouille obtenue.

Repliez votre galette.

Passez trente secondes au micro-onde.

Enjoy.

Miracle de Noël

Dans la série "ça paye d'être raisonnable", je trainais mes bottes dans une librairie qui vend de l'occase et de la vieillerie, comme ça m'arrive souvent. Mon regard a été attiré par un recueil d'un illustrateur de la Belle Epoque que j'apprécie. Mais le prix du truc était dissuasif. Pas si élevé que ça, ceci dit, mais pas raisonnable en ce moment. En octobre, je l'aurais pris sans hésister, par exemple. Au prix d'un effort de volonté qui m'emplit d'une fierté sans borne, tel le pochetron qui repose une bouteille sans en dépuceler le goulot, j'ai reposé le bouquin.

Et j'ai continué à fureter.

Et dans un bac, j'ai déniché pour même pas une poignée d'Euros un exemplaire des Chants de Guerre et de Mort, de Robert E. Howard. Bouquin que je n'avais eu qu'une fois entre les mains en vingt ans, et qui est à peu près introuvable. Et que j'ai eu pour rien. (bon, c'était pas l'édition illustrée, mais même l'autre est rare)

J'aurais pris le recueil de Robida (oui, c'était du Robida, vous imaginez l'effort que ça a été de le reposer), je serais allé payer tout de suite et j'aurais pris mes cliques et mes claques. Mais là, du fait que j'ai été raisonnable, j'ai pu dénicher cette perle.

Je suis content, du coup.

vendredi 2 décembre 2016

Da Rohonczi Code

C'est sans doute assez idiot, mais je me passionne en ce moment pour l'iconographie du Codex Rohonczi. Moins connu que le Manuscrit Voynich, c'est un de ces bouquins dont le texte a longtemps résisté à toute lecture (dans les deux cas, on a proposé des traductions assez prosaïques, que les aficionados des secrets et mystères rejettent parce que comme souvent, la solution du mystère est inférieure au mystère lui-même) (c'est ce que j'appelle le "Principe de Felt", du nom du clampin médiocre entré dans l'histoire sous le nom de "Gorge Profonde").

C'est de ce truc là que je vais parler


Bref, tel quel, le Codex découvert en Hongrie est probablement une Histoire Sainte écrite dans un dialecte archaïque du roumain, avec un alphabet qui n'en est pas un (150 caractères, quand même) et date du XVIe siècle (mais est peut-être une copie d'un ouvrage plus ancien). Pour le coup, dans les illustrations à base d'auréoles, d'ailes d'anges, de mitres épiscopales et de crucifixions, on pourrait se croire face à un manuscrit lovecraftien. Et entre autres anomalies, les édifices sont souvent surplombés de croissants de lune, ce qui pourrait indiquer une occupation turque de la région où a été produit le bouquin.

Et parlons en, de ces illustrations. C'est très curieux. Elles sont d'une naïveté assez touchante, je trouve, mais demeurent quand même très expressives. Alors qu'au Moyen-Âge, les communautés de moines avaient poussé très haut l'art de l'enluminure, on sent bien que l'anonyme auteur de ces dessins avait ces modèles en tête, mais pas sous les yeux. Et qu'il n'avait peut-être pas le niveau pour transcender ses souvenirs. Son travail relevait-il d'une petite communauté sans moyens ? Il y a eu pas mal de bogomiles et autres mouvement hérétiques dans le coin, et plusieurs alphabets liturgiques dont le plus connu est le glagolitique dont certaines formes ne sont pas si éloignées que ça de ce qu'on a dans le codex.

Voilà un bouquin qui pose question, qui représente un de ces menus mystères que j'affectionne et qui a son charme, graphiquement…













jeudi 1 décembre 2016

Saturday Night Terror

Un petit générique, à chanter sur l'air de La Croisière s'Amuse :

Lovecraft, exciting and new
Come aboard. We're expecting you.
Lovecraft, fear's strangest reward.
Let it flow, it floats back to you.

The Lovecraft soon will be making another run
The Lovecraft promises madness for everyone
Set a course for insanity, your mind on a new abyss.

And Lovecraft will hurt anyone
It's an open mouth on a ghastly shore.
It's Lovecraft!
Welcome abord
It's Lovecraft!

Et tout ça pour annoncer ce samedi une grande soirée Lovecraft, à partir de 17 heures au Gibert de Barbes, 13-15 Boulevard Barbes, Paris 18.

Seront présents, outre votre serviteur, les excellents Raphael Granier de Cassagnac, Nicolas Fructus et peut-être Thomas Day, tout ça pour causer Contrées du Rêve, tentacules et indicibilités diverses (oui, il y a beaucoup d'actes d'indicibilité, chez Lovecraft).

vendredi 25 novembre 2016

Il ferait beau voir aux Portes de corne et d'ivoire…

J'ai rendu dernièrement un texte qui a été un peu compliqué à accoucher. Il s'agissait d'une nouvelle destinée à une anthologie sur le thème du rêve. Par certains côtés et pour certains passages, l'écriture en a été paradoxalement facile : si vous me lisez depuis longtemps, vous avez déjà dû tomber sur ces textes un peu absurdes où je vous raconte mes rêves, et vous savez donc qu'ils sont parfois très riches de paysages et de lieux. J'ai donc exploité sans vergogne ce fond onirique personnel, et cela a donné quelques descriptions que je crois belles et poétiques.

Le gros problème, quand on écrit le rêve, mais qu'on est également censé livrer un texte qui se tienne et qui dépasse le côté surréaliste d'une recension d'aventures  nocturnes, c'est que la logique de l'écriture et celle du rêve coïncident rarement.  D'ailleurs, étymologiquement, le mot "logique" renvoie au langage articulé. Les rêves procèdent de représentations beaucoup plus symboliques et intimes que la parole. Les mettre en mots, c'est déjà les abîmer un peu. Les coucher par écrit, en atténuer la spontanéité (enfin, je dis ça, mais je cartographie les miens) (si si, j'ai un carnet où je tente de dresser la carte des endroits qui reviennent à plusieurs reprises dans mes rêves) (mais c'est bizarre, certains ce chevauchent).

Autre souci : un texte doit avoir un début, un milieu et une fin, et ce n'est pas toujours le cas d'un rêve, qui s'embranche parfois étrangement, et dont il ne reste au réveil que des fragments flous qui ne coïncide pas toujours entre eux. Qui plus est, ma présence dans cette anthologie imposait d'autres contraintes formelles, que vous découvrirez quand le bouquin sortira. Bref, arriver à restituer ce côté fluctuant et parfois décousu du rêve tout en écrivant un texte qui se tienne, cela a représenté un défi intéressant.

En attendant, voici un petit extrait du truc :

Péristyles effondrés succédaient à des murs décrépits et à des fontaines dont seule la pluie remplissait encore parfois les vasques envahies d'herbes folles. Tout en arpentant les larges avenues rendues obscures par la nuit tombée, il s'avisa que le plan de la cité reproduisait à sa façon celui d'une ville où il avait passé plusieurs années de son enfance. Sur une impulsion irraisonnée, il s'engouffra dans une rue latérale menant à l'endroit correspondant à l'emplacement de sa maison.

Elle était là où il s'attendait à la trouver. Certes, elle était ici de marbre rongé plutôt que de bois peint, et avait le toit en terrasse commun aux édifices de la région et non les pans obliques recouverts de bardeaux dont il avait le souvenir, mais c'était bien elle, indubitablement ; il le sentait dans son ventre quand bien même il ne le voyait pas par ses yeux.


Pris d'une irrépressible envie d'entrer, de partir explorer les recoins familiers rendus nouveaux par cette forme inédite, il tendit la main vers la porte… et marqua un temps d'arrêt. 


Sinon, les Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, c'est demain ! Venez nombreux !

vendredi 18 novembre 2016

Einstürzende Mecha Nihon Go

Ça fait plusieurs jours que j'avais envie de vous asséner un texte sur la perte de légitimité des politiques, leur démonétisation foncière, en prenant comme exemple probant la mayonnaise Macron que les médias tentent de monter avec une absence de subtilité qui forcerait l'admiration si elle n'horrifiait pas par son cynisme intégral. En parallèle, la primaire RPR UMP LR signe l'incapacité à faire émerger une figure d'auctoritas (au sens latin du terme) indiscutable : Juppé est celui qui en semble le moins loin, mais ça présuppose d'oublier la façon dont il avait été sorti à coups de pompes au cul il y a une petite vingtaine d'années, sans même parler de son casier. Et à Gauche, n'en parlons même pas. La récente réponse de Cazeneuve sur le fichier nazi des gens honnêtes, dans laquelle il expliquait doctement qu'il ne pouvait pas être détourné de ses objectifs premiers par un gouvernement malintentionné, et que de toute façon les gens n'avaient qu'à bien voter a un côté complètement glaçant.

J'aurais pu gloser en comparant la situation actuelle à la fin de la République romaine (élite empêtrée dans des affaires, luttes fratricides, incapacité à gérer les marges traitées de façon condescendante, tentation des figures autoritaires), mais j'ai la flemme de développer.

Du coup, je préfère vous filer le lien d'une chaîne Youtube japonaise, celle d'un projet rigolo : transformer les PME/PMI de l'archipel nippon en art, via la musique industrielle. Une série de clips assez fascinants, quasi hypnotiques, sur une musique qui me plait bien. C'est pas Montebourg qui aurait proposé un truc pareil, tiens. Et voilà qu'on retombe dans la politique. Et merde.


lundi 14 novembre 2016

Prochainement dans les bacs



Le bouquin ne sort qu'au printemps (et d'ici là, faut que je le termine, ce serait mieux) mais les impératifs de la diffusion font qu'on me réclame toutes sortes d'infos sur lui pour le catalogue et tout le bastringue.

Donc, voilà quelques infos sur mon prochain roman. Comme ça on est dans l'officiel et je ne vous prendrai pas par surprise quand il sera en librairie.

Il s'intitulera :

L'île de Peter

Et voilà la quatrième de couverture que j'ai proposée. Je ne sais pas encore si c'est définitif, mais elle me plaît bien :

« Tout bien considéré, vous avez eu de la chance dans votre malheur. Vous avez échoué sur cette île-ci, et pas sur celle où les enfants se transforment en ânes, ni celle où les marins deviennent des cochons. Y avez-vous pensé à ça, capitaine ? »

Qui est ce vieux marin qui traîne sa dégaine dans les rues de l'East Village à la recherche d'herbes médicinales très particulières et pourquoi Joab, le caïd du quartier, cherche-t-il sa piste dans des vapeurs narcotiques ?
Ce sont ces questions auxquelles devra répondre Wednesday, policière à New York, alors qu'elle se retrouve exilée sur une île tropicale étrange et pourtant familière…

vendredi 11 novembre 2016

Nikolavitch en tournée près de chez vous

Vu que je vais pas mal bouger dans les semaines à venir, il est peut-être temps de faire un point de mes prochaines conférences et signatures.

Samedi 26 novembre, je dédicacerai Eschatôn toute la journée aux Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, c'est au SEL, sur la grande avenue.

Vendredi 2 après-midi et dimanche 4 décembre toute la journée, je signerai Les Dieux de Kirby au Salon des Ouvrages du la BD, à la Halle des Blancs Manteaux, 48 rue vieille du Temple à Paris (c'est derrière Beaubourg).

Samedi 3 à partir de 17 heures, je participe à une rencontre autour de Lovecraft au Gibert du 15 Boulevard Barbès à Paris.

Mercredi 7 décembre, il devrait y avoir une séance de signatures à la librairie La Zone du Dehors à Bordeaux (je dois y participer à une table ronde, et on va y adosser une dédicace). Y a encore des détails à régler, genre l'horaire, mais voilà, ça devrait se faire.

Dimanche 11 décembre, je serai présent avec les Moutons électriques aux Galactic Days d'Auxerres. Et y'aura Michel Chevalet.

Et fin janvier, bien entendu, je serai à Angoulème pour signer des bouquins et fort probablement pour donner une conférence au conservatoire, comme tous les ans (cette année, ça devrait être le vendredi, et mon thème sera lovecraftien, vu que c'est un peu peu le fil directeur pour moi, ces derniers mois, l'horreur indicible et tentaculaire).

jeudi 10 novembre 2016

Le problème, ce n'est pas la connerie, c'est de l'ériger en système

Je n'ai pas voulu réagir à chaud sur l'élection de Trump aux Etats-Unis. Bien sûr que je suis horrifié : mon critère le plus simple, en ces matières, c'est "est-ce que je serais capable de bosser avec un mec comme ça sans avoir envie de lui coller des pains dès la première semaine ?" Bon, Trump, c'est typiquement le genre de type qui me conduirait à tenir la première matinée, puis à filer à la DRH pour mettre immédiatement fin à la période d'essai (rigolez pas : la seule fois où j'ai tenu 5 jours avec un guignol pareil dans une boîte, c'est parce que j'avais vraiment besoin des ronds) (et là fois suivante où j'ai eu un cas dans le genre, j'ai décidé que le besoin de ronds n'excusait pas tout)(je peux bosser sans aucun problème avec des cons, pas avec des cons arrogants, fiers de leur ignorance et méprisant par principe toute interrogation sensée)(ça doit être pour ça que je suis pas ministre, tiens).

Bref. La leçon à tirer, en l'espèce, c'est qu'on était tous restés dans l'idée que, comme dirait l'autre, "les faits sont têtus". Les faits sont censés contraindre, comme en sciences, notre rapport au réel.

Sauf que nous sommes entrés depuis quelques années dans ce que certains analystes ont appelé "la réalité post-factuelle", dans laquelle les faits n'ont plus qu'une importance marginale. La présidence Sarkozy puis le gouvernement Valls nous ont démontré à l'envie que la France n'était en rien immunisée contre ces mécanismes et contre l'ignorance imbue d'elle-même érigée en système. Le référendum du Brexit, dans lequel les deux camps ont fait assaut de fantasmagorie apocalyptique en disqualifiant tout questionnement rationnel est l'exemple le plus frais dans nos mémoires (quelle que soit notre opinion du fonctionnement de l'UE, il faut reconnaître que les arguments développés des deux côtés étaient grotesques, et que même ceux qui les brandissaient le savait, puisque TOUS les chefs de file des deux camps se sont retirés dans la foulée, horrifiés du résultat). Et après l'élection de Trump, le renvoie de patates chaudes et la recherche de boucs émissaires va bon train pour maquiller une fois encore le fait basique : les laissés pour compte veulent secouer le bateau parce que les gestionnaires ne leur laissent aucun espoir pour l'avenir.

Mais surtout, il y a un point crucial à retenir dans tout ça.

Cet effet de constriction des faits sur le réel, il a un corolaire : quand on déverrouille les faits, alors tout devient possible.

Puissiez-vous vivre des temps intéressants, tout ça.

mardi 8 novembre 2016

Ils se fichent de nous

Le "fichier monstre" des papiers d'identité avance pesamment vers le réel qu'il va tenter d'enserrer dans ses griffes comme le python s'enroule autour de l'innocent agneau qui pour le coup ne s'appelle plus Pascal mais Méchoui*.

La population s'inquiète à juste titre de cette évolution, surtout qu'elle est à présent proposée par un camp politique qui s'y était opposé farouchement la dernière fois que la Bête avait pointé le bout de sa truffe immonde de gestapiste aviné au schnapps. Et, avec l'absence ostensible d'élégance et le mépris qui le caractérisent, le Sinistère de l'Intérieur balaye large toutes les critiques, même celles venant des propres rangs de son gouvernement.

Mais on finit par être habitués à ce genre de serrages de vis sécuritaires, on a eu assez d'excités des coups de menton au pouvoir ces dernières années.

Ce qui me rassure, là-dedans, c'est que la bureaucratie française est par construction incapable d'exploiter correctement un quelconque fichier. Les avanies du STIC avaient démontré les scories des fichiers policiers et l'incapacité de ceux qui l'alimentaient à redresser la barre. Quand j'étais libraire, j'ai vu le bazar qu'était parfois le fichier Electre et plus récemment, en tant qu'auteur, je vois à quoi ressemble celui de la Sofia (organisme indispensable et nécessaire, mais dont les listages d'œuvres sont… drôles).

Mais l'exemple le plus accompli de la bureaucratie française à la dérive nous vient comme de juste de l'Education Nationale. Si jamais vous êtes parents, vous voyez déjà de quoi je veux parler. Les fins et débuts d'années scolaires sont une foire à la paperasse. Tous les ans, on vous demande de remplir un dossier de réinscription pour chacun de vos enfants, et à la rentrée de remplir consciencieusement toute une série de fiches, quand bien même le gamin ne change pas d'établissement (et même s'il en changeait : depuis le temps qu'on nous bassine avec le fait que le dossier scolaire nous suit…), fiche de cantine, fiche sanitaire, fiche à cocher pour le droit à l'image et autres. Comme on ne me fera pas croire que tout cela n'est pas informatisé, ça signifie en plus qu'il faut avoir recours à du monde pour saisir les infos une fois que vous avez tout rendu, ce qui est autant de moyens pas mobilisés pour permettre à l'établissement de faire son travail, qui consiste non pas à remplir des fiches, mais à éduquer les jeunes.

Une fiche informatisée sortie une fois l'an avec toutes les infos de l'année précédente à corriger uniquement dans le cas où ça ait changé entretemps, c'est trop demander ?  En tout cas, c'est trop compliqué pour des gens dont le travail consiste normalement à développer l'intelligence de ceux qu'on leur confie.

Mais il y a encore mieux ! Imaginez à présent qu'il y ait des voyages scolaires d'organisés ? On vous redemandera de remplir une fiche complète d'indentification (avec les personnes à contacter qui sont les mêmes que sur la fiche rendue il y a deux mois) et une fiche sanitaire avec les dates des vaccins (vaccins à rappel tous les cinq ans, donc en deux mois, la probabilité brute qu'il y ait eu quelque chose de neuf n'est que de 0,03 à la louche) et la présence ou l'absence de lunettes qui demande une mention manuscrite, tant qu'à faire, plutôt qu'une case à cocher.

Ce qui ne peut signifier qu'une chose : l'administration scolaire est trop manche ou trop fainéante pour aller reprendre une information dont elle dispose déjà en X exemplaires et demande à ses usagers de faire le boulot à sa place à un nombre de reprises absolument considérable. Ce qui tendrait à démontrer que donner ces informations est dès le départ inutile et du temps perdu, puisque les gens chargés de les utiliser sont visiblement incapables de les utiliser (appeler le secrétariat du lycée pour demander une info simple est en soi une expérience que même les Frères Strougatsky et Stanislas Lem n'auraient pas osé, même pour rire, décrire dans un de leurs bouquins de peur d'avoir des suicides de lecteurs sur la conscience).

Ça devrait être inquiétant, sans doute, mais la nullité des gens chargés de gérer ce genre de bases de données est une certitude bien établie depuis des lustres. La preuve, c'est que ce truc idiot et mal foutu qu'était l'autorisation parentale de sortie de territoire pour les mineurs a enfin été supprimé… juste au moment où il pouvait devenir utile parce que des gamins partaient en Syrie. L'autre preuve, c'est le dossier médical sur la carte vitale que très peu de gens utilisent parce que personne n'a pris le temps d'y former les professionnels de santé qui auraient pu s'en servir. Une autre preuve encore, c'est qu'on peut vous interdire plein de métier avec un casier judiciaire pas vierge, mais pas celui d'homme politique. Encore une autre preuve, c'est… Sérieux, il faut vraiment qu'on continue ? On va y passer la nuit, si c'est ça !

Bref, un fichier aussi gigantesque que celui qui fait souiller son slip à Cazeneuve va très rapidement être esquinté par les gens mêmes qui auront à s'en servir. Le vrai problème qu'il pose, c'est sa sécurisation pour empêcher des gens de l'extérieur d'aller y pomper des informations (et vu la compétence de l'état dans ce domaine, là y a de quoi faire sous soi) (vous avez vraiment envie que la Mafia Russe vende vos données biométriques certifiées sur un sous-forum de TOR ?) (attendez deux ans et c'est bon).

Au pire, les solutions de brouillage du matériel d'identification biométrique existent, et dans pas mal de cas il suffit d'un maquillage astucieux (basé sur les mêmes principes que le camouflage gémométrique des bateaux pendant la Première Guerre Mondiale) ou de pastilles réfléchissantes habilement disposées pour foutre le pataquès dedans.

En fait, c'étaient eux qui avaient tout compris depuis longtemps :





*Oui, j'ai remis le nez dans Ponson du Terrail, récemment, en faisant des recherches. Ça a laissé des traces dans le tuyau