lundi 24 juillet 2017

Double jeu

Tous les quelques temps, je me retrouve à devoir traduire une BD tirée d'un jeu vidéo. Comme je ne suis pas très gamer (et que quand je joue, ce n'est pas forcément à des jeux susceptibles d'être adaptés en BD, vous imaginez une BD de Civ6* ou de Tropico, vous ?), l'expérience est souvent compliquée. Je dois apprendre un vocabulaire propre au produit qui est adapté sur le papier. Et encore faut-il parfois que je sache qu'il s'agit d'un jeu ! Je me souviens quand on m'a donné Gears of War à traduire, ce n'est qu'au bout d'une vingtaine de pages que j'ai eu un doute, que j'ai été voir sur internet, et que j'ai découvert qu'il s'agissait d'une grosse licence émergente. Accessoirement, tout le vocabulaire de SF que j'avais commencé à adapter, j'ai pu me le foutre là où je pense, puisque j'ai trouvé les forums des joueurs et qu'il a fallu que je colle aux tournures qu'ils utilisaient.

Bon, quand on m'a filé Resident Evil, ça je connaissais. Je n'y avais jamais joué (et je ne crois pas avoir tenu plus de dix minutes devant un des films), mais je voyais de quoi il s'agissait. J'ai eu vite fait de me mettre dans le bain. (tiens, ça fait partie de ces albums que l'éditeur ne m'a jamais envoyé derrière)

Un truc intéressant que je constate en traduisant ce genre de matos (un des avantages : quand on a réussi à se mettre dans le bain, c'est le genre de truc qui va souvent assez vite. Gears of War, je pouvais me faire 50 pages dans la journée sans coup férir. Pour situer, quand j'arrivais à faire plus de 10 ou 12 pages par jour du Swamp Thing de Moore, j'avais l'impression d'avoir bien mérité de la patrie), c'est qu'il y a deux sortes de comics adaptés d'un jeu vidéo.

Typiquement, les préquelles, suites ou développements de personnages. Là, on est face à une BD qui utilise le jeu comme réservoir de concepts et raconte une histoire dans le même univers. Le boulot est généralement confié à des auteurs pas forcément chevronnés, mais qui ont la pratique des codes narratifs spécifiques de la BD. Le résultat, c'est de la BD, pas forcément hyper inventive, mais qui se lit comme telle, avec un scénar raisonnablement bordé creusant un univers et des situations. C'est le même principe que tous ces comics Star Wars qui s'intercalent entre les épisodes des films.

La situation est différente quand la BD adapte le jeu lui-même. C'est un cas que j'ai eu récemment. La BD adapte très fidèlement l'épisode le plus connu d'une série de jeux d'infiltration. Et du coup, on se heurte à plusieurs problèmes :

Malgré un dessinateur très séduisant, très graphique, ça ne s'adressera qu'aux fans. Les enjeux du truc ne sont clairs que quand on connaît bien le matériau de base.

Plus gênant, les structures de récit d'un jeu vidéo ne sont pas du tout les mêmes que celles d'une BD (ou d'un roman ou d'un film) et les exigences ne sont pas les mêmes non plus. On sait bien que les pièges dans un Indiana Jones n'ont pas beaucoup de sens, mais un jeu d'action doit maintenir la sensation de danger quasi non stop, et donc empiler des péripéties ou gérer sa topographie d'une façon qui n'est pas dictée par la logique, mais par le rythme des défis lancés au joueur et par sa courbe d'apprentissage. D'où des éléments de tutoriel, des boss intermédiaires, des objets à récupérer et des obstacles absurdes qui se retrouvent dans la BD, quand un scénario conçu directement pour elle, s'il emploierait des éléments similaires, les mettrait en jeu autrement, plus discrètement. Tous ces éléments passent tout à fait dans le jeu, beaucoup moins dans la BD.

En creux, ça pose une fois encore la question de la notion d'adaptation d'un format et d'un média à un autre. Qu'est-ce qui fait partie des codes intrinsèques d'une forme (le jeu d'action à la première personne) et qu'est-ce qui semble emprunté et forcé dès que c'est porté sur le papier ou à l'écran ?

Le chef qui dit au héros de ramasser les munitions qu'il trouve ou le prisonnier qui lui file une carte d'accès au niveau suivant (carte que ses geôliers auraient dû lui prendre), ce sont les versions modernes du collant de feu Adam West. Rien n'est particulièrement ridicule dans son contexte, mais ça peut le devenir quand on le transplante ailleurs.








*Notez, ma dernière partie de Civ6 aurait fait un bon scénar. Après un développement efficace de ma civilisation (profitant opportunément de quelques guerres saintes ou d'agression lancées par mes voisins pour étendre mon territoire à leurs dépends) je me suis retrouvé dans une situation à la Bachar, à être fâché avec le monde entier, et à devoir mater des révoltes non stop. Ce qui est rigolo, c'est que j'ai quand même gagné la partie, sur des critères culturels (j'avais pillé les voisins, mes musées étaient donc bien remplis).

mercredi 19 juillet 2017

Théorie des genres

Je viens de lire Royaume de Vent et de Colères, un roman de Jean-Laurent del Socorro publié chez Actu-SF. Je ne vais pas m'étendre dessus, mon but n'étant pas d'en livrer ici une critique qualitative détaillée. Je me bornerai à dire que c'est très bien, d'autant que c'est un premier roman, et que ça préjuge d'excellentes choses pour la suite. Faut que j'aille voir son Boudicca, tiens, sorti dernièrement.

Ce qui me pousse à en parler, là, c'est quelque chose de bien plus général. Ce roman se retrouve le cul entre deux chaises. Ou plus précisément, entre deux genres.

On reconnait souvent la littérature dite "de genre" à la façon dont elle est souvent critiquée avant tout dans son rapport à son genre, et aux codes de ce genre. Un roman policier du style "whoddunnit" sera jugé en priorité sur sa capacité à poser un mystère intéressant, et une résolution de ce mystère qui fasse sens. Un roman noir, sur son ambiance. Un roman de SF, sur sa capacité à développer un univers cohérent qui, pour reprendre l'expression de Philip K. Dick, ne s'écroule pas deux jours plus tard (pour peu que le sujet ne soit pas l'effondrement de cet univers, bien sûr). Et ainsi de suite.

Or, il devient toujours plus difficile de porter ce genre de jugements quand une œuvre se situe sur la frontière entre deux genres, d'autant que la localisation de ces frontières fait rarement consensus. Royaume se situe pile à la césure entre roman historique et fantasy. Du roman historique, il a un cadre spatio-temporel bien délimité et réel, celui de la fin des guerres de religion et de l'arrivée au pouvoir d'Henry IV, vu de Marseille qui résista longtemps au roi huguenot. De la fantasy, il a un système de magie, une guilde des assassins (la Guilde des Savonniers) et un personnage de femme capitaine de mercenaires.

Du coup, comment "juger" un tel bouquin ? Il prend trop de libertés avec l'histoire (et pourtant il est très précis sur certains points) pour être recevable comme roman historique (ou sinon, il est admissible comme roman de capes et d'épées, jurisprudence Dumas oblige). Comme roman de fantasy, il n'est guère exotique et les éléments fantastiques sont très discrets. La critique "genrée" ne lui rendrait pas justice (je le répète, le bouquin est vachement bien).

Si l'on devait évoquer ce bouquin sans caler la critique sur des problématiques de genre, ça pourrait donner ça : "Une écriture efficace, sans gras, concise, qui fait que cela se lit tout seul. Des personnages qui dévoilent assez vite leur profondeur. Une construction qui sait ménager ses menus surprise et permet de développer ces profondeurs." En tant que roman tout court, il se lit vite, avec plaisir, et on en garde l'impression de quelque chose d'intelligent et bien construit. Ce qui, à l'arrivée, ne nous dit pas grand-chose.

Mais ce qui le rend tout à fait intéressant (à mes yeux, en tout cas, mais comme dirait l'autre, mon avis est l'avis de référence quand il s'agit de savoir ce que je pense), c'est justement la juxtaposition des deux genres. Plutôt que de créer un royaume imaginaire, l'auteur reprend un point historique raisonnablement connu avec des enjeux qui se passent quasiment d'explication. Tout le monde connaît la conversion d'Henry IV, la Saint Barthélémy, et les compagnies de lansquenets, même si le terme n'est pas forcément resté dans le langage courant, renvoient à des images familières de soudards mercenaires armés de piques et d'espadons. Ce que le lecteur connaît généralement moins, c'est l'histoire de la république de Marseille. Et c'est donc là-dessus que l'auteur concentre ses efforts de contextualisation, entremêlant habilement faits historiques et fiction, comme il est de règle dans ce genre d'exercice (écriture mise à part, celle de Socorro est plus concise et moins fleurie, il y a quelque chose d'Alatriste, là-dedans, mais aussi un je ne sais quoi de Gagner la Guerre).

La partie fantasy tient essentiellement à la présence de la Guilde (et là, on  est très précisément dans un code de genre) et surtout aux "artbonniers",  une caste maniant un pouvoir alchimique qu'on aimerait voir plus développé (mais l'auteur joue assez habilement de la frustration du lecteur à ce niveau) et qui pourrait facilement* faire l'objet d'un roman à elle-seule.

Tout ceci me rappelle, d'une certaine manière, Chien du Heaume, de Justine Niogret (ça me fait penser que Mordre le Bouclier est sur ma pile des à lire, et que j'en profite pour dire tout le bien que je pense de Mordred, roman pas facile, subtil, qui se mérite, mais qui est très fort). C'est également un roman à cheval sur les deux genres, mais pas au même endroit. Le moyen-âge du roman est générique, les lieux et dates n'y sont pas précisés. Il y a un côté environnement de conte de fées. L'élément fantasy est lui aussi d'une grande discrétion, et ambigu de surcroît. Comme roman historique, il est encore plus irrecevable que le Del Soccoro. Comme roman de fantasy, encore plus borderline.

Alors, si vous me connaissez un peu, vous savez que ces démarches m'intéressent, et que plein de trucs que j'ai faits se situent eux aussi à cheval sur plusieurs genres, à commencer par Crusades et Eschatôn, qui emploient des codes fantasy pour développer des univers de SF. Surcodifié, le genre peut devenir une espèce de carcan : Philip K. Dick l'a vécu comme ça pendant un temps, cherchant à écrire des romans de litt-gen' qui étaient refusés l'un après l'autre et qui n'ont été publiés, à ma connaissance, qu'après sa mort. Puis il a pris le problème dans l'autre sens, et a dynamité les limites du genre avec la Trilogie Divine. Et je pense que transcender les limites arbitraires des genres, c'est faire œuvre émancipatrice**.

Il ne s'agit pas de réfuter les étiquette de genre. C'est ce que font les auteurs de "littérature blanche" qui se commettent par exemple dans la SF, et parlent hypocritement de "fable philosophique" ou d'anticipation, ou les critiques qui, dès qu'un œuvre d'imaginaire a un réel impact, considèrent qu'elle perd son genre (1984 vient immédiatement à l'esprit). Non, il s'agit de les considérer pour ce qu'elles sont : des étiquettes, un système de classement commode à l'usage des libraires, servant à aiguiller rapidement le lecteur vers ce qu'il cherche en termes de sensations.

Dans un ordre d'idées assez parallèle, les éditeurs d'imaginaires ont lancé un mouvement pour que leurs romans soient lus et critiqués pour ce qu'il sont, et pas en fonction de leur genre, et qu'ils aient accès aux grands prix littéraires (arguant que le premier Goncourt était un roman de SF). Si je soutiens la démarche par principe, et que si jamais des auteurs que j'apprécie avaient un jour le Goncourt ou le Fémina, j'applaudirai (tout comme je félicite ceux que je connais quand ils obtiennent un prix dans notre petite chapelle de l'imaginaire), je dois reconnaître que je m'en fiche un peu. La grand-messe des prix littéraires m'ennuie à crever, presque autant que les podiums olympiques avec commentateur sportif en bande-son au ratio signal/bruit dégueulasse. La dernière fois que j'ai commenté ça, ça devait être pour le Goncourt de Houellebecq. Houellebecq qui s'était d'ailleurs pris dans la tête ce genre de "mépris de classe" quand il avait ouvertement employé des éléments d'anticipation dans l'un de ses bouquins. Ce qui montre que la démarche a sa pertinence et son intérêt. Mais je ne me sens pas top concerné, en fait (c'est sans doute très con de ma part, hein), j'aime bien le confort de notre petit ghetto qui fait mécaniquement de nous des espèces de rebelles, alors qu'en fait, on est juste conceptuellement incapables de donner dans la littérature blanche nombriliste (et misérabiliste-bourgeois) de merde.



* quand je dis "facilement", je trolle, bien entendu. Je suis payé pour savoir que ces choses n'ont jamais rien de facile et se payent de sueur, de larmes et de moments de découragement intense.

** et là, la comparaison avec l'expression "gender fluid" s'impose, même si elle doit montrer assez vite ses limites, je pense : les problématiques de "genre" qu'elle recouvre sont d'une autre importance, touchant à l'identité sociale et à l'image de soi (donc à l'identité tout court) des individus. En comparaison, nos problèmes de noircisseurs de papier sont insignifiants.

lundi 17 juillet 2017

Image of the bits

Je viens de m'apercevoir avec horreur qu'un changement des conditions d'utilisation de Photobucket, service dans lequel j'hébergeais des tas d'images depuis des lustres, a effacé plein d'illustrations de ce blog. Je vais réparer ça au fur et à mesure que je vais tomber dessus, mais comme y en a des centaines, des images concernées, ça risque d'être long. Si vous tombez sur un article ravagé de la sorte, n'hésitez pas à le signaler en commentaire !

vendredi 14 juillet 2017

Le Camelot du roi

J'avais causé ici même (et le texte avait été repris dans Geek le Mag sous une forme largement remaniée, augmentée et nettement améliorée) de ce qu'il fallait attendre, ou pas, du film de Guy Ritchie consacré au roi Arthur. Il est peut-être temps que je fasse le point et sous vos yeux ébahis, voire sous un tonnerre d'applaudissements si jamais vous êtes particulièrement bon public, de ce que j'ai pensé du film lui-même. Et quel meilleur jour pour ça que le 14 juillet, vu qu'il est question de succession royale légitime ?

Donc, King Arthur, Legend of the Sword.

C'est peu de dire que le film a déclenché des réactions épidermiques. De fait, si on le compare, par exemple, à l'Excalibur de John Boorman (un de mes films préférés de tous les temps, soit dit en passant), force est de constater qu'on est face à un bestiau d'un tout autre genre. Oubliés, les rapports complexes entre chevaliers de la table ronde, oubliée la charge hiératique et symbolique. Et à la place, on a une lutte à mort entre un usurpateur et un héritier légitime au trône. Oh, les symboles ne sont pas absents de cette version, mais leur articulation est moins subtile.

Il faut dire que "subtil" n'est de toute façon pas le mot qu'on accole généralement au cinéma de Guy Ritchie, qui fonctionne un peu comme un pendant clipesque de celui de Tarantino. Une autre comparaison qui vient par moment à l'esprit, en écoutant ces héros arthuriens qui parlent comme des charretiers, c'est le Kaamelott d'Alexandre Astier. Sauf qu'on ne les voit jamais, les ogres et koboldes, dans Kaamelott.

De fait, il y a également un côté Seigneur des Anneaux très appuyé, là-dedans. Et arrivé là, on touche à ce qui m'a le plus chiffonné dans cette version. L'esthétique clippesque, faite de cut-ups, de flash-backs et de flash-forwards donne un aspect patchwork à l'ensemble. Rien de rédhibitoire, ceci dit : le nom du réalisateur étant ce qu'il est, je savais à quoi m'attendre de ce point de vue.

Mais ce qui me frappe le plus, à la vision du film, c'est que tout ce que je disais tient. Ritchie ajoute sa pierre à l'édifice. Et il en donne son interprétation en y mettant clairement sa patte. Ce film est clairement de lui, on ne peut pas s'y tromper une seconde. Et c'est comme ça qu'il faut le prendre, je crois. Comme un film de Guy Ritchie qui s'amuse à projeter ses fixettes et ses codes narratifs sur un fond archétypal, de la même façon qu'il pourrait faire un Robin des Bois avec un résultat similaire, et pas comme une vision définitive d'Arthur ou de Perceval. Et pris comme ça, pour ce qu'il est, le film est curieusement plaisant. Oh, il abonde de raccourcis gênants : la forteresse est en aval de Londinium, mais la barque à à la dérive arrive néanmoins à la capitale. Certains points auraient gagnés à être éclaircis. Vortigern, visiblement possédé par Mordred, conserve néanmoins clairement une large part de son identité, sinon ses sacrifices n'auraient pas de valeur. Et quels sont les rapports qu'entretiennent les diverses puissances de la nature, si la Dame du Lac est aquatique, mais les démons poulpes aussi ? Et quid de Merlin, qui est là sans y être ? On a l'impression qu'il manque des bouts.

Mais on est loin du ratage annoncé. Film au scénario pas tout à fait bordé ? C'est clair. Film qui cherche à en faire trop sur le plan visuel, et se noie dans des effets numériques pas toujours utiles ? Oui, à l'évidence. Mais il n'est pas illégitime dans sa démarche, je le maintiens. Il se laisse regarder, il ne laissera probablement pas de grosses traces dans l'histoire du cinéma, mais franchement, j'ai pas passé un mauvais moment.

mercredi 12 juillet 2017

Choc des visions

Je reviens rapido sur les cuistres qui, dès qu'on sort un argument à peu près rationnel à propos d'un des sujets qui fâchent de nos jours (au hasard, la vaccination, tout ce qui touche de près ou de loin à la NASA, le réchauffement climatique, etc.), hurlent à la collusion, au scientisme (scientiste est devenu une insulte, comme intello, ça en dit long sur le niveau global), etc. Voire mettent en doute vos facultés intellectuelles. En mettant en avant des arguments d'une bêtise achevée, taillés en pièces depuis parfois des décennies.

Sur la collusion, c'est intéressant, parce que dans ce groupe d'énervés, vous avez d'un côté des religieux assumés (en vrac, des Manif pour Tous qui annoncent que la Colère de Dieu s'abattra sur la Fraaaance dans un grand krakapoum wagnérien, des universitaires turcs qui reprennent les arguments d'évangéliques américains pour démontrer que l'évolution est un complot contre la foi, et que Pokemon est un complot pour faire accepter l'évolution*, des rabbins qui voient dans Internet un moyen de pervertir les valeurs en masse, etc.) (c'est dommage que la notion d'allié "objectif" soit tellement marquée comme communiste, parce qu'on est tentée de l'appliquer à tous ces religieux qui affectent de se détester, mais mènent les mêmes combats), et aussi des gens en apparence laïcs (des écolos, par exemple, ou des identitaires) mais qui développent eux aussi un discours calé sur un absolu (que ce soit "la Nature", "la Nation", "le Bon Sens"). La "collusion" avec la vieille hydre bondieusarde (sous sa forme tradi ou sous ses formes plus récentes, mais qui se prétendent remonter à la tradition ancestrale des premiers compagnons, apôtres et autres disciples canal historique), elle est patente.

Il s'agit, en fait, du vrai gros clivage de vision du monde de notre temps. Conséquence à la fois de la paresse intellectuelle et de l'incapacité des gens à identifier correctement leurs dissonances cognitives, il oppose tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l'analyse rationnelle à des visions de plus en plus schématiques et simplifiées du réel, fondées sur une malveillance perçue (les Francs-Macs/scientistes/spécialistes/Communistes/athées veulent notre peau parce qu'ils sont jaloux de notre Vérité et complotent en conséquence) qui permet de camper sur sa propre malveillance bien réelle. On se retrouve, cent ans après la Grande Guerre, à assister à des combats de position, des échanges de tirs entre tranchées sur des terrains devenus tellement boueux et impraticables, embrumés de gaz moutarde, que toute notion de victoire perd son sens : les preuves concrètes sont rejetées d'emblée sous prétexte de "faits troublants", perceptions au doigt mouillé et refus de se pencher sur les vrais processus de peur de se souiller l'âme.

Le résultat ressemble un peu à ce que décrit Philip K. Dick dans son roman L'Oeil dans le Ciel. Il nous entraîne sur quelques pages dans l'univers mental d'un personnage de cette sorte, qui ne lit le monde qui l'entoure qu'à l'aune des interventions et miracles divins. Pour lui, les choses ne procédant que de la volonté divine, la technologie elle-même devient quelque chose de fondamentalement magique, et le distributeur automatique de friandises fonctionne sur le même principe que la multiplication des pains. On passe aussi dans l'univers subjectif de paranoïaques qui perçoivent la malveillance des choses qui les entourent, et ainsi de suite.

Le fait demeure : tous ces gens utilisent à plein toutes sortes de produits d'une science qu'ils récusent : internet, le téléphone portable, l'ordinateur, la bagnole, l'avion, le GPS, des appareils basés sur les lasers ou les micro-ondes, sans jamais se poser la question de comment cela marche réellement, tout ça. "Si ça marche en appuyant sur un bouton, ça ne peux pas être aussi compliqué que ces âneries de théories quantiques dont vous nous affirmez sans preuve qu'elle est à la base du microprocesseur, du laser ou même de la croissance des plantes**", sous entendu "un dieu dont la préoccupation principale est ce que vous mangez ou dans quoi ou qui vous trempez votre biscuit a bien autre chose à faire qu'à inventer ces trucs délirants que l'on ne peut écrire qu'avec des symboles absolument louches". Et la dialectique est, curieusement (ou pas) exactement la même que chez les poseurs de bombes.

D'ailleurs, la carte Joker de ces gens-là, c'est d'étiqueter "satanique" tout ce qu'ils ne comprennent pas (je viens de tomber sur une vidéo intitulée "nouvel ordre mondial luciférien : vaccins, l'extermination a commencé") en se fiant à des signes de plus en plus basiques (depuis quelques années, le triangle. ça c'est une trouvaille géniale, vu que des tas de structures sont fondées sur cette forme simple)(vous vous demandiez pourquoi De Lesquen voulait raser la Tour Eiffel ? maintenant, vous savez)(le triangle, via la pyramide, est l'aboutissement d'une diabolisation générale de tout ce qui a un air vaguement égyptien). La reductio ad diabolum, c'est génial, ça permet de déshumaniser l'ennemi en plaquant dessus toutes sortes de fantasmes visqueux qui nous renseignent d'ailleurs d'une façon assez dérangeante sur ce qui bouillonne dans la tête de ceux qui les profèrent.

Ça permet également aux protestants hardcore (et aux cathos sédévacantistes qui haïssent les protestants) de brocarder Rome, aux islamistes de déclarer la guerre sainte et à l'église de Satan, en perte de vitesse depuis des années, de retrouver un peu de lustre (parce que oui, désigner un ennemi, c'est lui donner une importance qu'il n'a pas toujours au départ). Distribuer ce genre de mauvais point permet également de bien se confire dans sa paresse intellectuelle : Bach était protestant ? on n'écoute plus Bach. Mozart était franc-mac ? Son Requiem devient suspect. Et je ne parle pas de la littérature, sur laquelle le tri est tout aussi vite fait entre les orduriers, les communistes, les débauchés. Lire ou écouter des auteurs de ce genre, c'est s'exposer à une contamination. C'est marrant, c'est presque le même registre qui est employé pour parler des vaccins.

Tout cela, c'est un univers basé sur la peur généralisée, qu'on contre par un entre-soi de plus en plus réducteur, une logique de petit village gaulois (ah non, on me souffle que Goscinny était juif, donc forcément insidieux), de cellule paranoïde (comme chez les communistes de l'âge héroïque), bref, de secte. Alors bien sûr, il n'y a pas que les religieux qui adoptent ces logiques d'exclusion d'emblée de la parole adverse. Mettez dans une même pièce un Insoumis, un Macroniste et un UPR (tiens, Asselineau a dit deux ou trois énormes bêtises sur les vaccins, l'autre jour et là il a loupé une belle occasion de ne pas s'en mêler)(mais je pense qu'il était acculé et que malgré ses précautions oratoires, il sait chez qui se recrutent ses quelques militants) et vous verrez le résultat. Ajoutez-y un écolo des courants les plus groupusculaires (tenez, Michèle Rivasi en est un à elle toute seule), agitez le truc, et vous aurez quatre djihads croisés pour le même prix.

C'est marrant qu'en une époque où certains s'acharnent à se dédiaboliser, la diabolisation de tout ce qui est perçu comme le camp adverse est devenue (redevenue, en fait) le seul moyen de souder les troupes. Mais très souvent, dans une secte, on a à la tête du truc des gens qui mettent ces grandes théories dans leur vitrine pour attraper le gogo, mais qui ne sont pas dupes de leur propre discours (un exemple récent, Nigel Farage qui pensait se faire une rente à vie en agitant le Brexit à chaque élection, et qui s'est chié dessus quand les gens l'ont suivi en masse).

Tout comme pour l'histoire du réchauffement et des théories anti-NASA, où l'ont sent bien le cynisme des pétroliers qui agitent ce genre d'eaux, on se doute bien que les plus efficaces propagateurs de tout ce fumier cherchent avant tout à avancer des pions idéologiques ou à anéantir l'opposition.

Mais la vraie cause profonde du succès de ces fadaises est comme de juste une combinaison de facteurs. J'en vois quelques uns, à la volée :

- l'obsession de la communication qui, en privilégiant le sensationnalisme et le glamour, a transformé pas mal de termes scientifiques en buzzwords pour l'industrie de la diététique (qui a besoin d'une caution scientifique apparente, même pour vendre des trucs nocifs) et des cosmétiques (qui a besoin régulièrement d'une nouvelle technologie dont on pourra faire croire qu'elle fera mieux que l'ancienne) voire de l'industrie pharmaceutique elle-même quand elle veut conquérir des marchés (et contrairement à ce que semblent croire les anti-vaccins, c'est très souvent que l'état et les agences de santé publique obligent l'industrie à retirer des médicaments un peu trop vite mis sur le marché, et dont les effets indésirables sont plus importants que prévu, dans des domaines, comme les anticholestérolémiants et anti-hypertenseurs, qui garantissent un revenu beaucoup plus régulier que les vaccins, pour des frais de fabrication bien inférieurs). Toute cette communication présentée comme "sérieuse" ne fait, in fine, que brouiller les cartes et saper le vocabulaire qu'elle détourne.

- la multiplication de croisades absurdes, étayées par des justifications douteuses mais enrobées dans un emballage pseudo scientifique à base de lecture biaisée de statistiques, de raisonnement de grand-mère parés d'une apparence de "bon sens" et qui ne reposent sur rien de concret (la science progresse généralement en testant les limites du "bon sens" pour dégager des principes qui s'avèrent contre-intuitifs) (c'est ça que je veux dire, quand je parle de paresse intellectuelle : la vraie connaissance se mérite). Les attaques contre le gluten, les produits laitiers, la cuisson, etc. sont un moyen de vendre des manuels de régimes soi-disants rationnels et de se tailler à peu de frais une aura d'expert. (je mets de côté les problématiques liées à l'alimentation carnée, nettement plus complexes)

- la dégradation de l'enseignement des sciences, qui maintenant que les gamins ont été formatés à les rejeter avant même d'entrer en classe, a peut-être atteint un niveau irréversible. Devenus outil de sélection, les maths jargonnantes de l'école (dont même les profs de lycée des mes mômes reconnaissent qu'elles n'ont pas grand-chose à voir avec la nature des maths) se résument à un bachotage quand, combinées à la philo, l'enseignement de la logique qu'elles permettent pourrait devenir un outil d'émancipation de l'esprit très puissant. Dans les sciences elles-mêmes, les efforts de transversalité, quoique réels, sont sans doute insuffisant. Les profs sont démotivés, et programmes et manuels sont conçus d'une manière qui les enferme plus qu'autre chose. L'absence de culture scientifique digne de ce nom chez la plupart de nos gouvernants, et la confusion savamment entretenue entre science, technique et technocratie n'aide pas (pas plus que la confusion tout aussi perverse et tout aussi savamment entretenue entre religion, croyance et spiritualité).

- la généralisation de logiques de mépris de classe, de ressentiment et de Schadenfreude (et tout cela se croise et s'autoentretient magnifiquement, vous vous en doutez), qui conduisent à vomir les signes extérieurs associés à telle catégorie comme on brûlait jadis en effigie. Pour le manipulateur malin, associer un élément quelconque (tel type de musique, tel signe distinctif, etc.) à une catégorie quelconque de population (la Rolls du truc, c'est d'arriver à l'accoler à une catégorie de population imaginaire, genre les Illuminatis, parce que le délire devient dès lors totalement irréfutable) c'est devenir l'esprit brillant seul à voir la vérité, ce qui est gratifiant et garantit de se trouver quelques suiveurs qui vous vénéreront, et entretiendront pour vous ce qui deviendra vite un excellent business (parce que c'est un business très rentable).

Bon, voilà, une note un peu foutoir, mais pas mal de gens m'ont énervé, ces derniers temps, avec dans le tas un mix de crétins fiers de leur ignorance (et maîtrisant toutes les techniques d'évitement pour ne pas avoir à accepter des faits basiques) et de gros salopards manipulateurs qui mettent de l'huile sur le feu avec ce qui semble être une gourmandise perverse.





* Et que l'inefficacité croissante des antibiotiques est un complot pour faire croire que la sélection naturelle marche, sans doute. Et à ce propos, si jamais les derniers antibiotiques nous lâchent, on aura intérêt à avoir inventé des tas de nouveaux vaccins, je dis ça, je dis rien…

** Oui, la description précise des transferts d'énergie qui permettent de convertir la lumière en réactions chimiques dans la chlorophylle est abominablement complexe. "Si le Tout-Puissant m'avait consulté pour sa Création, j'aurais recommandé quelque chose de plus simple", comme dirait l'autre.

mardi 11 juillet 2017

De nouvelles cordes à un arc (qui commence à ressembler à une harpe)

L'avantage, quand on commence à être vaguement connu (bon, si je mesure ma gloire à l'aune de mes chiffres de vente, c'est clair que je ne suis pas encore Amélie Nothomb) (note à moi-même, penser à m'acheter un chapeau genre Jamiroquai, à toutes fins utiles), c'est qu'on me contacte parfois pour faire des boulots que je n'avais jamais faits auparavant.

Me voilà consultant sur un jeu, par exemple. C'est assez cool.

Mais aussi, me voilà en train de réviser une traduction. Il s'agit de reprendre les vieilles trads d'une série et de les remettre en cohérence les unes avec les autres (parce qu'à l'époque, pour plein de raisons, y avais visiblement pas eu de concertation, ni de relecture en tenant compte de l'existant). Et si j'avais accumulé des notes là-dessus (au départ, je n'étais censé que rédiger une préface pour la réédition, mais en relisant les bouquins, j'ai repéré plein de trucs que je comptais refiler à l'éditeur justement pour nettoyer la trad), je découvre aussi la difficulté de l'exercice. Je jongle entre les fichiers texte de l'éditeur, ma vieille VF annotée et la VO qui me sert à contrôler toutes les bizarreries (je pars du principe que je fais confiance au collègue d'antan, mais quand je tombe sur un truc vraiment trop louche, je vais voir ce que c'était à la base).

J'ai déjà fait de la relecture de traductions pour d'autres, mais là, l'exercice est différent, et je ne l'avais jamais pratiqué. Tout comme dans la relecture "simple", il faut résister à la tentation de modifier l'existant au seul prétexte que "moi, j'aurais pas fait comme ça". Mais on essaie d'affiner par endroit, de débusquer les endroits ou le collègue d'époque a oublié un paragraphe, etc.

Travail un peu étrange, donc, sympa à faire (d'autant que la série en question est un truc que j'avais beaucoup aimé étant ado) (bon, à mon âge, j'en vois pas mal les défauts, maintenant, même si j'ai relu tout ça avec grand plaisir), qui me change de mes sentiers battus habituels.

samedi 8 juillet 2017

Goldorak, Go !

La publicité, ce fléau envahissant. La publicité, c'est le mal.

Et comme j'aime bien poser au génie du mal, des fois (mon nom de génie du mal, c'est Lex Lavitch, qu'on se le dise), je vais faire une grosse page de pub. Et puis comme c'est pour parler d'un bouquin, vous me pardonnerez, voilà.

Donc, l'ami Jay Wicky, traducteur émérite de plein de trucs bien, vient enfin de sortir un bouquin (le Trad Pack le tanne là-dessus depuis plus de dix ans), et c'est un bouquin sur Gô Nagai, le créateur (entre autres) de Goldorak, ce qui ne surprendra pas les gens qui connaissent Jay. J'ai commencé à le lire dans le train, c'est super bien documenté , et surtout c'est écrit avec ce ton mordant et pince sans rire qui a toujours caractérisé Jay. (c'est dans une collection où il y a déjà du Jean-Marc Lainé)

Donc voilà, maintenant, vous savez. Allez harceler votre libraire pour réserver le vôtre !


jeudi 6 juillet 2017

Moonwalk à la playa (ou : vamos à la plage arrière)

Encore un titre débile, mais c'est parce que je me suis encore énervé tout rouge. Et encore à cause de la télé. Que je ne regardais même pas, en plus.

Le fiston avait mis le Tour de France, et donc j'entendais en bruit de fond les commentaires, bossant dans la pièce à côté. Des trucs dont je ne captais que des bribes, des commentaires sur tel monument, tel coin de montagne, tel coureur qui fait ceci c'est formidable, telle écurie, etc… (je sais pas si on dit écurie pour les équipes cyclistes, mais je m'en fous, en fait)

Je sirotais mon café tout en épluchant les corrections renvoyées par un éditeur sur un de mes manuscrits, quand il m'est ressorti par les narines (le café, pas l'éditeur).

Je ne sais pas d'où la conversation des journalistes sportifs est tombé là-dessus (je n'ai même aucune idée d'où passait le Tour, aujourd'hui) (probablement un endroit qui ne faisait même pas partie de la France à l'époque dont on va parler, d'ailleurs), mais l'un d'eux a dit : "… Charles VI, qui a bradé la souveraineté française aux Anglais".

Oh putain, ça m'a énervé. J'ai dit au fiston d'arrêter d'écouter ces connards.

Bordel, je suis même pas spécialiste du sujet, là, mais y a pas besoin de l'avoir beaucoup creusé pour voir à quel point ce bout de phrase est orienté politiquement et assez fielleux.

On va la faire rapide, autant que possible (donc tous ces points que je vais évoquer mériteraient un développement plus étendu, et je serai parfois un poil schématique).

- Charles VI était pas en état de brader grand-chose. S'il a signé le traité de Troyes, il faut rappeler qu'il était dans un état psychologique complètement instable, et qu'il n'était pas du tout à même de gouverner.

- La réalité du pouvoir était détenue par sa femme, Isabelle de Bavière (Isabeau, pour ses ennemis, et ce sont eux qui ont écrit l'histoire, l'y faisant entrer sous ce nom), qui devait gérer une guerre civile (celle des Armagnacs et des Bourguignons).

- Les Anglais aussi sortaient d'une guerre civile et d'une série de révoltes, mais leur nouveau roi Henry V a trouvé le moyen de ressouder tout le monde : cogner les bouffeurs de grenouilles (la Guerre de Cent Ans avait connu une accalmie, vue que ses protagonistes principaux étaient occupés chacun de son côté à une guerre civile). Vu que l'état français a le froc en bas des jambes, Henry a vite fait de le mettre à genoux.

- Le peuple de Paris n'a pas envie de voir la guerre reprendre, et il est… majoritairement pro-anglais à l'époque (la Sorbonne, notamment, fournira quelques temps plus tard les accusateurs du procès de Jeanne d'Arc). Il faudra beau temps avant que la confiance se rétablisse entre la Capitale et les rois de France (elle ne se rétablira jamais totalement d'ailleurs, et Versailles deviendra bien plus tard le symbole le plus évident de cette défiance). C'est pour ça qu'ils passeront le plus clair du siècle suivant dans les châteaux de la Loire plutôt qu'à Paris.

Dès lors que le roi était aux abonnés absents, que ceux qui étaient chargés de le défendre pourrissaient dans la bouillasse d'Azincourt, que la régence était sous la coupe des Bourguignons, qui avaient payé très cher, quelques décennies plus tôt, les cavalcades anglaises et s'en remettaient à peine, et ont préféré lâcher du lest, il n'y avait plus de "souveraineté" à brader. Et plus grand-monde pour le faire. L'histoire a d'ailleurs prouvé que les Valois n'ont fait que reculer pour mieux sauter, et ont opéré un assez joli rétablissement à peine une dizaine d'années plus tard.

Donc dire que "Charles VI a bradé la souveraineté", sur un ton de dégoût, et en faire une sorte de traitre type auquel on sous-entend qu'il faudrait renvoyer d'autres traitres plus récents, c'est cracher des contre-vérités, ou en tout cas tordre les faits et en occulter d'autres pour orienter le tout, et ça relève d'une conception de l'histoire un peu inquiétante, très manichéenne et nationaliste (au prix d'ailleurs d'anachronismes de concepts), la renvoie à une manière de l'envisager qui était celle du XIXe siècle, et qui finit à force de vouloir lui donner des enjeux "clairs" '(mais déconnectés de la réalité du temps) par la rendre inintelligible.

lundi 3 juillet 2017

Déesse 19 ter (mais pas déesse de la ter, faut suivre, des fois)

Alors, cet article fait suite à ces deux-là, Déesse 19 et, comme on peut s'en douter, Déesse 19 bis. Ils constituent une réflexion à la volée sur le problème des mythes féminins d'initiation, suite à une questionnement sur le côté fondamentalement masculin du schéma dit "de Campbell".

Une remarque du toujours estimable JPJ, dont le regard acéré m'a déjà torpillé, au fil des ans, bien des démonstrations patiemment assemblées (il est vraiment redoutable pour mettre le doigt sur les failles) (qu'il en soit remercié, c'est aussi comme ça que j'avance) m'a fait prendre conscience que tous mes exemples d'aventures féminines avaient été écrits… par des bonshommes.

Parmi les exemples qu'il a proposés, l'un d'eux m'a frappé, parce que je ne l'avais (bêtement) jamais considéré sous l'angle initiatique : la petite Heidi, crée par Johanna Spyri à la fin du XIXe siècle et popularisée depuis par un nombre incalculable d'adaptations en dessin animé, série télévisée, long métrage, etc.

Et donc, à première vue, rien qui nous éloigne plus de notre sujet initial (le schéma de l'épopée cambpellienne) que les aventures bucoliques de cette petite fille au bon cœur. Faut se méfier de la première vue (des lunettes pour voir l'invisible en relief, quelqu'un ?).

Parce qu'analysée avec les bonnes lunettes, l'histoire d'Heidi présente des aspects tout à fait campbelliens, mais traités d'une façon très particulière.

Pour ceux qui aurait vécu sur une île déserte depuis 1880, on va résumer vite fait de quoi il s'agit.

Orpheline, la petite Adélaïde, dite "Heidi", est arrachée à son environnement natal, une petite ville, pour être envoyée par sa tante, qui ne peut pas s'occuper d'elle, chez un proche parent, son grand-père qui vit quasiment en ermite dans les Alpes. Arrivée sur place, elle doit apprivoiser son nouveau cadre, mais surtout ce vieux grincheux misanthrope de grand-père.

Rapidement, elle se crée une place dans la vie du vieux bougon, qu'elle parvient à dérider (un peu), et ce dernier lui enseigne une vie simple. L'environnement nouveau qu'était la montagne finit par lui sembler naturel, et elle s'y fait des amis.

Mais un jour, la tante vient la rechercher : elle l'a plus ou moins vendue à une riche famille de Francfort pour qu'elle devienne demoiselle de compagnie d'une jeune malade, Klara. Mais la ville ne convient plus à Heidi, et les brimades infligées par la gouvernante de la maison vont achever de lui donner le mal du pays.

Une fois rentrée, elle va inviter Klara, et le changement d'environnement fera le plus grand bien à la petite malade. Quant à la terrible gouvernante, sans tout à fait s'adoucir, elle perdra de sa superbe.

(on passera sur les trois suites françaises données aux deux romans constituant cette histoire. elles sont bien sympathiques, mais nous écartent de notre sujet)

Les éléments Campbelliens ? Déracinement (deux fois, d'ailleurs), disparition du mentor, victoire symbolique sur l'antagoniste. Et surtout, en bout de course, on assiste à l'apparition d'un pouvoir de guérison. Oh, certes, il n'a rien de thaumaturgique ni de merveilleux, pas plus que la victoire d'Heidi sur sa persécutrice n'a rien de spectaculaire ni d'épique. Mais les éléments sont là, dans le bon ordre. C'est le sens qui leur est donné qui est plus subtil qu'une simple skywalkererie.

Car si le départ puis retour est à la clé du schéma de Campbell, ce cycle a ici un sens différent. Heidi n'arrive à être elle-même que dans sa montagne. Elle refuse les codes de la ville et de la bonne société. Elle ne va pas vers l'extérieur pour accomplir son destin. Par contre, quand les autres viennent à elle ? Elle parvient à guérir Klara. Le schéma s'inverse…

Ça vaudrait le coup de vérifier si, dans des contes traditionnels, dans des mythes ou dans d'autres œuvres, on a des variantes de ce genre, des détournements du schéma…

dimanche 2 juillet 2017

Modernitude

Bon, me voilà reviendu de deux séances de dédicaces, l'une individuelle, à Gibert (merci encore à l'équipe qui a su m'accueillir malgré des événements conspirant à saboter l'affaire, entre le diffuseur qui n'a pas envoyé les bouquins, le temps, les soldes), il n'y a pas eu beaucoup de monde, mais à chaque fois ce furent des rencontres (et parfois des retrouvailles) de qualité.




Ensuite, comme convenu, j'ai fait un saut chez Central Comics, libraire situé non loin du Cour St Emilion, où avait lieu le lancement de Kirby & Me, gros bouquin (et quand je dis gros, c'est format Galactus, pour situer) hommage au King (le seul vrai King, pas le chanteur à banane et paillettes) dont les bénéfices seront reversés à un fond d'aide aux auteurs de BD US (qui n'ont pas de sécu à proprement parler, et ce n'est pas parti pour s'arranger).

Ça a été l'occasion de retrouver des copains, de rencontrer Mickaël, à l'origine de ce beau projet, et d'en signer quelques exemplaires avec une tablée de dessinateurs s'étant fendus d'une illus dans l'ouvrage. Ambiance sympa et bon enfant.

Petite curiosité en ouvrant le bouquin : chaque intervention est accompagnée d'un "QR Code", un de ces machins auxquels je ne pige pas grand-chose vu le modèle de téléphone précolombien que je me traîne. Vérification faite avec un lecteur : mon QR Code vous amène tout droit ici, sur cette page de la War Zone. Donc si vous êtes un nouveau lecteur attiré par cet étrange zigouigoui technologique, bienvenue à vous ! (c'est génial, ce truc, ça me donne l'impression d'être un mec incroyablement moderne, d'un coup. alors que tout le monde sait que je suis un vieux râleur bougon façon papy dans le Muppet Show) (mais à l'ère de la communication, il paraît que ces petits arrangements avec le réel sont véniels, donc allons-y)

jeudi 29 juin 2017

Juste répartition : à Christophe, le moine, à John, les nonnes

Ce titre énigmatique (en tout cas, énigmatique pour ceux qui n'ont pas le même sens de l'humour idiot que moi, ou qui n'aiment pas les mêmes doubleurs, ou qui ne connaissent pas les mêmes chanteurs morts) n'a comme il se doit aucune espèce de rapport avec le contenu de ma vaticination du jour.

Mon sujet, là, c'est la vengeance. Non que j'aie des comptes à régler avec qui que ce soit (en tout cas officiellement. et vous ne connaîtrez le contenu de mon petit carnet noir que quand il SERA TROP TARD HAHAHAHAHA) (hurmf) (pardon)… Non, je voulais vous parler de la vengeance en tant que motif narratif. Donc, voici un petit extrait de notes tirée de mes autres carnets secrets (ceux d'une autre couleur que le petit carnet noir)(faut suivre, des fois).

Parmi les sujets de base de la fiction et du récit (qui sont cinq, ou sept, ou onze, ou tout autre nombre du même genre selon le théoricien auquel on demande quels sont les sujets possibles), la vengeance tient une bonne place. De façon explicite ou plus discrète, elle est au cœur de nombre des grands univers et récits de fiction.

Le motif est ancien, très ancien, et l'Iliade elle-même peut se lire comme un récit de vengeances croisées devenues une machine de mort infernale et mortifère à laquelle seul Priam tente d'échapper dans une fort belle scène de conciliation, et à laquelle tous les autres participants semblent se soumettre de leur plein gré au nom de leur conception de l'honneur.

Par la suite, le Comte de Monte Cristo ou les aventures de Lagardère ont démontré que la vengeance se portait bien et fournissait des motifs faciles aux auteurs de romans populaires. Le J'aurai ta Peau de Mickey Spillane, plus récent, annonce carrément la couleur dès son titre (son titre français. le titre US, I, the Jury, est plus subtil quand il fait passer le même message).

Le motif de la femme outragée ou violée dont la vengeance est à la hauteur du crime est tellement classique (et cliché) que le rape revenge est devenu un genre en soi dans le cinéma d'exploitation. Le film Kill Bill, qui s'en veut l'héritier, exploite ce motif de la vengeance atroce d'une femme à qui on a fait subir l'une ou l'autre variation du « sort pire que la mort », l'euphémisme classique du viol dans ces cas-là, et qui fait montre de grandes prédispositions au carnage et au sadisme.

Mise à l'échelle

Pourtant, la vengeance est, je trouve, très peu intéressante dramatiquement. Elle doit pour parvenir à m’intéresser être soit démesurée, soit au contraire s’enfoncer dans la plus parfaite mesquinerie.
Trouver le juste dosage est dès lors délicat, quand il s'agit justement d'être dans un déséquilibre fondamental. La mariée vengeresse de Kill Bill (2003-04) ne s'arrête à aucun massacre pour atteindre la poignée de personnes qui lui a fait du tort : les tueries débordent largement de son objectif initial, comme le démontre la bataille rangée à la « maison des feuilles bleues », cet improbable duel d'une femme contre toute une armée. À l'inverse, la revendication du protagoniste de Payback (1999) (il s'appelle Porter, dans le film, mais le personnage est adapté du Parker de Richard Stark) porte sur une somme dérisoire au regard des enjeux financiers qu'il vient perturber, mais il en fait une affaire de principe, et va démanteler une organisation mafieuse pour récupérer ce que, selon lui, ses adversaires lui doivent.

On ignore ce qui motiva les querelles des Hatfield et des McCoy (ou de leurs descendants de papier, les O'Timmins et les O'Hara des Rivaux de Painful Gulch), mais leurs vengeances croisées ont lancé un cycle de vendetta, de vengeance ritualisée, familiale et éternelle, dont chaque participant se retrouve partie prenante qu'il le veuille ou non. La vengeance peut dès lors s'étaler dans le temps et l'espace, et seule l'extermination d'un des clans pourrait éventuellement l'arrêter.

Parmi les vengeances les plus démesurées qui soient, on retrouve celle de Paul Atreides dans Dune, abattant un empire galactique millénaire et précipitant l'univers dans un djihad pour punir ceux qui avaient comploté pour abattre sa famille. Son action dépasse le shakespearien pour toucher au cosmique, et il faudra plusieurs millénaires à ses descendants pour en payer les conséquences.

Service après-vente

L’autre problème de ce thème narratif, c’est qu’ une fois la vengeance accomplie, il reste à traiter le vrai sujet : sa vacuité. Jack Vance, à la fin de sa Geste des Prince Démons, se retrouve avec un héros qui a accompli cinq exploits considérables en détruisant cinq pirates intergalactiques qui lui avaient fait du tort (détruit son village, massacré sa famille, la routine du genre, quoi). La façon habile et ingénieuse dont Kirth Gersen, le héros, assouvit sa vengeance fait à chaque fois l'objet d'un roman. Et la fin, chez lui, justifie tous les moyens. Arrive néanmoins le moment où Gersen est arrivé au bout de sa quête revancharde, et… Et rien. Son vaisseau spatial repart vers le soleil couchant, notre héros se demande ce qu'il va devenir maintenant que sa vie n'a plus aucun sens et le récit s'achève en deux lignes. On pourrait l'imaginer se jetant dans la naine blanche la plus proche, ou avoir un tome où il réapprend à vivre (ou pas) mais Jack Vance, dans cette série, est un auteur de récits d'aventures assez pulp et un peu picaresques*. Il n'est ni dans l'introspection, ni dans le drame, et ne veut pas basculer dans un autre genre. D'où une fin trop rapide et un peu décevante. Mais qui, en creux, pose excellemment le problème de l'après.

Car une fois la vengeance accomplie, que faire ? Que devenir ? Peut-on vraiment retourner cultiver son jardin, ou ne risque-t-on pas de rester durablement marqué, un peu à la manière de William Munny dans Impitoyable (Unforgiven, 1992) ? Le Punisher, anti-héros des Marvel Comics, mais aussi Daredevil ou Batman ont trouvé une autre solution : après avoir éventuellement tiré vengeance des meurtriers de leurs proches, ils poursuivent une croisade préventive, dans l'idée d'empêcher qu'un tel drame arrive à d'autres. Ils restent des anges vengeurs, et leur vengeance est devenu plus abstraite, plus collective, elle devient un principe, et chaque voyou abattu ou mis derrière les barreaux n'est plus une fin en soi, mais un maillon d'une chaîne, de l'eau reversée au moulin des vengeances.













*La fin de son cycle de Tschaï est tout aussi expédiée, d'ailleurs, même si la vengeance n'est pas le moteur des aventures d'Adam Reith, qui tente avant tout de survivre dans un environnement étranger, mais dont l'aventure s'arrête en une page dès lors qu'il a réussi à s'enfuir.

mercredi 28 juin 2017

Le plus mal chaussé

Cette note de blog est absolument exceptionnelle. Pour une fois, elle parlera de fringues et de soldes, sujets qui, pour citer un de nos anciens présidents, m'en touche une sans faire bouger l'autre. Faut-il que la situation soit désespérée pour que j'en vienne à parler de ça ici. Et je ne parle pas de la cravate de Mélenchon et Rufin (quoique je pourrais. en fait, le dress code de l'assemblée, qui transforme la représentation nationale en armée de croque-morts, aurait été adapté pour l'enterrement en grandes pompes du code du travail. mais comme il sera jeté à la sauvette à la fosse commune, ça ne change plus grand-chose)

Contrairement à nos élites qui jugent les gens sur la façon dont ils s'habillent,  je me fous globalement pas mal de ce que j'ai sur le dos, du moment que ça me tient chaud et que mes roubignoles ne dépassent pas. Comme 80% de mon activité professionnelle se déroule dans mon bunker où personne ne rentre sauf la famille et les amis, ça n'a aucune importance (ce qui me permet même de pondre mon prochain roman ou mon prochain album en calbute quand il fait trop chaud).

Pour les chaussures, c'est pire encore. Plus c'est simple, mieux c'est, en ce qui me concerne.

Sauf que les Clark's que j'avais depuis des années sont en train de me lâcher (mon petit cordonnier, au bout de la rue, se fait fort de les sauver, c'est le docteur House des groles, mais son intervention les immobilise pour quelques temps), que mes bottes ont défuncté y a longtemps (et que c'est devenu horriblement cher, ces machins), il a fallu que je me rabatte momentanément sur une paire de chaussure de yachtman assez ridicules que j'avais acheté pour rien lors de vacances en Bretagne, y a des années, et qui me servaient depuis de savates pour les travaux. Le cuir en est couvert de mouchetures de peintures et bouffé par l'abrasion due à la manipulation de ciment et de plâtre, mais elles tiennent bon. En attendant mes Clark's, elles feront l'affaire. De toute façon, je n'ai pas le choix, c'est tout ce qui me reste dans mon placard.

Hier, je suis sorti. Il faisait beau, j'avais besoin de faire quelques courses alimentaires, je me suis dit que je passerais à la bibliothèque rendre quelques trucs, faire la causette et prendre des nouvelles, avant d'aller à la supérette qui est juste derrière. Programme simple et banal.

Sauf que, trois minutes après que je sois entré dans le temple du savoir et de la culture, crac, le temps a tourné. Et quand je dis "tourné", c'était du genre à pousser le vieux Noé à se faire hara-kiri avec un couteau à huitres. Le déluge universel, à côté de ce qui est tombé hier, c'est une petite bruine, un crachin tout au plus. Bref. J'ai tenté de traverser la rue séparant la bibliothèque de la supérette. Six mètres qui ont suffi à me tremper jusqu'aux os. Une fois dans le magasin, j'ai pris mon temps, attendant que ça se tasse. 45 minutes plus tard, il ne pleuvait plus que normalement. Couvrant mes courses, j'ai entrepris d'affronter la rue, sur le kilomètre et demi qui me séparait de chez moi.

Il me pleuvait encore dessus, mais ça, ce n'était pas le vrai problème. Le vrai problème, ça a été de traverser l'avenue en pente qui s'était transformé d'un coup en affluent torrentiel de la Seine. Quand je suis enfin arrivé de l'autre côté, mes chaussures (et mon pantalon) étaient aussi imbibés qu'un métalleux du Hellfest après trois jours de festival.

Je suis rentré, je me suis changé, j'ai mis mes chaussures à sécher. Ce matin, il a fallu que je ressorte. Oh, pour une bricole, mais en remettant mes chaussures, je me suis avisé d'un problème. Même après une nuit, elles demeuraient trempées et faisaient "schlouk-schlouk" à chaque pas. La conclusion s'impose : avant samedi (où je suis en dédicaces et me dois d'être vaguement présentable), il me faut une nouvelle paire (les Clarks seront peut-être sorties du bloc, mais Cordonnier House m'a dit que ce n'était pas sûr, ça dépendait des complications opératoires, et si ça se trouve, c'est un lupus).

Ça tombe bien, c'est le jour des soldes. J'ai un gros magasin de chaussure à deux-cents mètres. J'y fais un saut. Je vais pouvoir me rééquiper à peu de frais (oui, parce que si je peux mettre des sommes folles dans des bouquins, dépenser plus de quarante balles dans des croquenots, ça me file des ulcères).

Et là, c'est le drame.

Ça me fait le coup à chaque fois, vous remarquerez. Quand je commence à fouiner dans les rayons de ce genre de boutique, j'ai l'impression d'être chez les gars chargés d'équiper l'armée de Khazad-Dum. Au-delà de la taille 45, les chaussures, on n'en trouve pas. Donc pour un gars de mon format généreux, auquel il faut du 47 (ou à la rigueur un 46 qui taille grand), ça peut poser problème.

Mais comme je suis un mec trop têtu pour mon propre bien, je fouille. Je trouve des trucs très élégants en 46, mais que je n'arrive même pas à enfiler. Je fouille encore.

Et là, c'est un festival. Parce qu'à force d'obstination butée quasiment vallsienne, du 47, j'en trouve.

Alors, il y avait :
-De ces trucs à bout pointu que portent les encravatés, de nos jours, qu'ils trouvent cool mais qui à moi (parce que j'ai plus de culture qu'eux, sans doute, ce qui n'a rien d'un exploit vu le niveau général. vous avez déjà tenté de discuter avec un agent immobilier ?) évoquent les poulaines ridicules que portaient les bellâtres de la cour des Valois. Au temps pour la "modernité" dont se targuent de nos jours les encravatés. (spoiler : la Modernité, elle a justement été inventée après que le dernier Valois soit mort en se défonçant lui-même le crâne quand il a voulu passer une porte à cheval parce qu'il trouvait ça badass)

-Des sandales qu'on ne voit qu'aux pieds des psychiatres soixante-huitards et des mères de famille qui font le pèlerinage de Chartres, quand ils n'ont pas peur d'avoir l'air complètement caricatural.

-Des trucs de vieux. Mais quand je dix vieux, c'est vraiment pour vieux qui ont des épines calcanéennes, des rhumatismes et qui ne peuvent mettre rien d'autre que des machins descriptibles par l'expression "pantoufles pour aller dehors".

-Des écrase-merde de randonneur, qui me seraient utiles si j'avais du fumier à rentrer, mais depuis que je ne suis plus libraire, je ne m'occupe plus de la rentrée littéraire.

Bref, j'ai cru mourir.

J'ai fini par trouver des trucs tolérables, planqués tout en bas (en général, ce ne sont pas les gens d'1m40 qui portent du 46-47, donc le 38, vous devriez le mettre en bas, madame du magasin de chaussures, et le 47 en haut des étagères ET PAS L'INVERSE, CORNECUL DE BORDEL A CHIOTTE !), mais ça a été de haute lutte. Pour ne pas qu'une telle aventure déplorable ne se répète dans un avenir mesurable, j'ai même pris deux paires.

Putain, 35 minutes dans un magasin de chaussures, ça doit être un record absolu pour moi. En cumulé sur deux ans, je n'y passe pas autant de temps, normalement. Ils m'ont encore énervé, ces cons-là.